‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 403 sur 630 · BULLE CONTRE LUTHER · texte numérisé non relu

BULLE CONTRE LUTHER

et à renoncer à ses erreurs. » « Au nom de la miséricorde insondable de Dieu, au nom du sang de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus- Christ, répandu sur la croix pour la rédemption de l'humanité et l'établissement de la sainte Église, nous exhortons, nous conjurons le Frère Martin et tous ses adhérents et partisans de cesser de troubler dorénavant la paix, la concorde et la sainteté de cette Église, pour laquelle le Sauveur a si ardemment prié, et de renoncer à leurs pernicieuses erreurs '. »

Jean Eck, l'ancien adversaire de Luther à Leipzig, fut chargé de faire publier la bulle dans un grand nombre de diocèses allemands, et de veiller à ce qu'elle fût obéie. Ce choix était une lourde faute 2 au point de vue des partisans des nouvelles doctrines. A Leipzig, où la bulle devait être placardée, les étudiants de Wittemberg mirent en danger la vie du docteur. A Erfurt, la faculté de théologie s'oublia jusqu'à déchaîner contre lui le ressentiment passionné de la jeunesse universitaire, qui défendit la < parole de Dieu » à coups de poing et à coups de pied contre son soi-disant accusateur 3.

Quant à Luther, il était fort indifférent à la question de savoir qui avait était chargé de la publication de la bulle. Depuis un an, il était résolu à rompre entièrement avec le Pape et l'Église catholique. Dans son traité sur la Captivité babylonienne de l'Eglise*, il reconnaissait de nouveau dans le Pontife romain tous les traits de l'Antéchrist, rejetait plusieurs sacrements, ôtait à la messe son caractère de sacrifice, et par une nouvelle doctrine sur le mariage touchait aux fondements, inattaqués jusque-là, de la famille chrétienne. Nonseulement il dépouillait le mariage de son caractère sacramentel, mais il prenait sur lui de lever l'interdiction des unions contractées entre chrétiens et infidèles 5, et émettait sur les devoirs mutuels des époux des principes que l'Europe chrétienne6 n'avait pas encore entendus.

1 Raynaldi Annales Eccl. ad annum 1520, n°51. Sur les objections faites alors à la bulle, voy. Brischah, Beurlhcilung der Controversen Sarpi's und Pallavicinïs, dans la Geschichte des Trienler Concils (Tubingen, 1844), t. I, p. 51. Rohrbacher-Schulte, t. XXIV, p 69-70.

s Voy. Pallavicini, Hut, Conc. Tridentini apparatus,ca\). xx.

3 Pour plus de détails, voy. Kampschulte, t. II, p. 37-10. Sur le mauvais accueil fait à la bulle par quelques évéques du sud de l'Allemagne, voy. ce que dit V. Druffel et les documents communiqués par lui dans les Sitzungsberichten der bayer. Académie der Wissenschaften, Histor. Klasset 1880, p. 571-597.

* De captivitale Babylonica Ecclesiœ, Op. latina, t. V, p. 13"-118.

* Il appelle même 1'« impedimentum criminis » et celui de « publicae honestatis • une tyrannie humaine. « idem rigor stultitiae, immo impietatis est impedimentum criminis, scilicet, ubi quis duxerit prius pollutam adulterio, aut machinatus fuerit in mortem alterius conjugis, quo cum superstite contrahere possit. » « jfcque commentum est impedimentum illud publicae honestatis, quo dirimuntur contracta. » (P. 95-97.)

6 Voy. surtout p. 98-100. « Videamus itaque de impotentia. Quaero casum ejusmodi, si mulier impotenti nupta viro nec possit nec velit forte tot testimonii*

Page 1