DOCTRINE DE LUTHER SUR LE MARIAGE
Dès lors, il professait les mêmes opiuions qu'il devait plus tard développer dans son sermon sur le mariage : < Sache bien », écritil, « que le mariage est un acte tout extérieur, et ne diffère en rien de toute autre occupation temporelle. De même donc qu'il m'est permis de manger, de boire, de dormir, de me promener à pied ou à cheval, d'acheter, de parler et d'agir avec un païen, je puis tout aussi bien m'unir à lui par le mariage, et demeurer en paix dans cet état. IVajoute pas foi aux discours des insensés qui te représentent cette conduite comme criminelle. Beaucoup de chrétiens sont plus mauvais et plus incroyants au fond de leur cœur que la plupart des Juifs, des païens, des Turcs ou des hérétiques. Un païen est aussi bien homme ou femme qu'un chrétien, et tout aussi bien la créature de Dieu que saint Pierre, saint Paul ou sainte Lucie, à plus forte raison qu'un méchant et faux chrétien '. »
Aussitôt la publication de la bulle (17 novembre 1520), Luther en appela de nouveau « des jugements d'un pape hérétique, apostat, obstiné, endurci, et condamné comme tel par l'Écriture > , à la sentence d'un concile général. 11 pressait l'Empereur, les princes, les populations des villes libres, de s'opposer au dessein autichrétien, au délire furieux de Léon X. Celui qui obéissait au Pape, il le citait, lui, Martin Luther, devant le tribunal de Dieu*. « Jamais > , écrit-il le 4 novembre à Spalatin, « jamais Satan n'avait osé proférer de pires blasphèmes que ceux que renferme cette bulle; il est impossible d'être sauvé, si
et strepitibus, quot jura exigunt, judicialiter impolentiam viri probare, velit tarnen prolem habere, autnon possit conlinere, et ego consuluissem, ut divortium a viro impelret ad nubendum alteri, contenta, quod ipsius et mariti conscientia et experientia abunde testes sunt impotentiae illius, vir autem nolit, tum ego ultra consulam, ut cum consensu viri (cum jam non sit maritus, sed Simplex et solutus cohabitator) misceatur alteri vel fratri mariti, occulto tarnen matrimonio, et proies imputetur putativo (ut dicunt) patri. » « Ulterius, si vir nollet consentire nee di vidi vellet, antequam permitterem eam uri aut adulterari, consulerem ut contrario cum alio matrimonio aufugeret in locum ignotum et remotum. » Voy. l'édition de Iéna et de Witteraberg, OEuvres de Luther, p. 100, note, et d'autres passages du même genre, laissés de côté évidemment à dessein. « De divortio etiam versatur questio, an liritum sit? Kgo quidem detestor divortium, ut bigamium malim quam divortium, sed an liceat, ipse non audeo definire. > (P- 100.)
iSämmtl. Werke, t. XX, p. 65. - Luther envisageait le mariage », dit Ilagen (Literarund religiöse Verhältnisse, t. II, p. 233-234), comme une union purement extérieure et physique, n'ayant au fond absolument rien à faire avec la religion et l'Église. » Il a été jusqu'à permettre à une des parties contractantes (voy. la citation précédente) de recouvrer son indépendance au cas où le mariage n'aurait pu avoir son effet, et pour donner satisfaction à la nature, à laquelle on ne peut résister. On voit que celte manière de considérer le mariage est presque la même que celle des anciens; plus tard, la Révolution française tenta de la remettre en honneur.
» Sammll. Werke, t. XIV, p. 28-34.