MURNER : LA DETRESSE DE LA FOI
néants? N'a-t-il pas restitué les biens du clergé en partie aux héritiers des bienfaiteurs', en partie à l'État? N'a-t-il pas fermé son pays aux entreprises romaines, aux extorsions des papes? N'a-il pas noblement vengé la déplorable mort du saint prophète Jean Huss? Et, parmi tant de grandes actions, il n'a jamais cherché son intérêt personnel ni l'accroissement de sa fortune! » Ici un second paysan l'interrompt pour lui dire qu'il a entendu raconter que Ziska s'était souillé de beaucoup de crimes abominables; mais Sickingen lui répond que punir des malfaiteurs n'est point un crime; que prendre à des hommes orgueilleux, cupides, insolents, débauchés et lâches un bien injustement acquis, les chasser de la patrie où leur grand nombre cause renchérissement des denrées, n'a rien de répréhensible. « Pourquoi n'imiterais-je pas l'exemple de Ziska? » dit-il en terminant.
Bien qu'il recherchât l'appui de Charles-Quint, Hütten était trèsdécidé à s'en passer au besoin; « car, en vérité », assure-l-il, « il est des cas où ne pas obéir est la véritable obéissance ». « L'Empereur souffre que des hommes pervers se servent de lui pour des choses futiles. » « S'il est dans sa destinée », dit Ulrich à plusieurs reprises, « de suivre si promptement les mauvais conseils, je crois qu'une prompte ruine sera aussi dans sa destinée. Entouré d'une troupe de fidèles serviteurs, Charles devait songer à restreindre le pouvoir excessi. des évèques, abattre la superstition, rapprendre au peuple la vraie religion, la remettre en lumière, et restaurer la liberté de l'Allemagne. 11 ne devait pas avoir égard aux rêveries de quelquesuns, mais à la volonté de Dieu, car la vérité et la religion sont ici en jeu. Que si l'Empereur refuse de se mettre à notre tête, et que nous ne puissions espérer lui voir embrasser de lui-même la cause de la patrie, j'ai résolu de tenter quelque chose à mes risques et périls. Le sort en est jeté ! Advienne que pourra 2! »
Le parti de la révolution politique et religieuse faisait à une grande partie de l'Allemagne une situation que déplore, dans sa Complainte sur la détresse de la foi chrétienne 3, Thomas Murner , moine franciscain.
Personne, dit-il, n'a jamais prétendu nier les abus qui se sont
1 En Allemagne, selon les vues de Hütten, ces biens devaient revenir à la
noblesse.
- Monitor secundus.
3 ihland's Volkslieder, t. II, p. 906-917. Voy. 1039, n« 349.