‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 419 sur 630 · AGITATION RÉVOLUTIONNAIRE · texte numérisé non relu

AGITATION RÉVOLUTIONNAIRE

Quant à l'Empereur, « il se montrait plus préoccupé de la réforme des abus, plus soucieux de mettre fin aux scandales qui se produisaient dans l'Église que pas un de ses sujets », et nul ne pouvait mettre en doute le zèle ardent dont était animé Adrien VI, élevé depuis un an sur le trône pontifical. A aucune période de l'histoire d'Allemagne, une véritable réforme de l'Église, dans son chef comme dans ses membres, n'eût eu plus de chance de réussir, si elle avait pu s'effectuer sans trouble et sans violence, dans une heureuse communauté d'action avec les pouvoirs spirituels et temporels, et dans cette union de toutes les classes de la nation, si souvent recommandée par l'Église.

Mais, dès la diète de Worms, tout annonce la révolte et la guerre. Dans la ville même, tout est dérèglement et anarchie. « Il n'y a pas de nuit », écrivait de Worms, le 7 mars, Dietrich Butzbach, « où trois ou quatre hommes ne soient assassinés. Le prévôt de l'Empereur a déjà fait noyer, pendre ou décapiter plus de cent hommes. » « Les jeûnes ne sont pas observés ; on se bat, on se livre à la débauche, on mange de la viande, des gigots fins, des poulets, des pigeons, des œufs, du lait, du fromage; enfin, on mène une telle vie qu'on se croirait dans la montagne de Vénus. » « Sachez aussi que beaucoup de seigneurs et d'étrangers succombent à la suite d'excès de boisson1. »

Depuis son discours du 13 février, la vie d'Aléandre n'était plus en sûreté. Il ne pouvait se montrer dans les rues sans être injurié par la populace et poursuivi de menaces de mort. Pour Luther, il était partout célébré comme un nouveau Moïse, comme un second saint Paul. Un de ses partisans disait en plein marché, devant la foule assemblée, que, nouveau Père de l'Église, il était plus grand que saint Augustin. Ce dernier avait gravement péché, il avait pu se tromper, et il s'était effectivement trompé; Luther, au contraire, étant sans péché, n'avait jamais erré. On vendait publiquement ces feuilles, déjà répandues depuis longtemps, où Luther était représenté la tête couronnée d'une auréole, et le Saint-Esprit planant audessus de sa tête sous la forme d'une colombe 2. On propageait les portraits de Luther et de Hütten, « ces communs champions de la liberté chrétienne3 ». Les luthériens avaient établi à Worms une imprimerie uniquement destinée à reproduire des pamphlets contre

1 Worms, 1521 (jeudi après Oculi, 7 mars), dans Goldast, Politische Reichshändel, p. 940-941.

* Voy. plus haut, p. 120, note 1 .

* « ...Et lo vendano et basciano et portano net palazzo... non è più quella Cattolica Germania che olim era, purch non vediamo peggio, quod Deus avertat. » Dépêche d'Aléandre, dans Friedrich, p. 99. — Balan, p. 40. — Brieger. p. 40-41.

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