‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 420 sur 630 · ANXIÉTÉ DES ESPRITS A WORMS · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ DES ESPRITS A WORMS

l'Église '. Un manifeste de Hütten, ainsi que d'innombrables libelles remplis de sarcasmes et de mépris pour les adversaires de Luther, couraient de main en main. De son château d'Ebernbourg, Hütten adressait aux légats des lettres grossières et menaçantes; il les désignait à la haine populaire comme les plus féroces brigands, comme les imposteurs les plus éhontés. « Je mettrai tout mon zèle », écrivait-il à Aléandre, «je ferai tous mes efforts, j'emploierai toute mon énergie pour que bientôt tu ne sois plus qu'un cadavre, et pour qu'on pousse bientôt dehors ta dépouille sans vie, car tu es venu vers nous plein de rage, de délire et d'iniquité*! » Il accable des plus violents outrages les princes de l'Église, les hauts dignitaires ecclésiastiques présents à la diète. 11 les appelle les mauvais génies de l'Empereur, et les déclare souillés de tous les crimes imaginables. « Tenez-vous loin des sources limpides, pourceaux impurs! sortez du sanctuaire, marchands pervers! Ne sentez-vous pas le souffle de la liberté qui passe? ne voyez -vous pas que les hommes, las de l'état de choses actuel, cherchent à en établir un nouveau? Je pousserai, j'aiguillonnerai, j'éperonnerai, j'entraînerai vers la liberté! » «Il est impossible qu'un homme possédant une ombre de courage », dit-il ailleurs, « puisse désormais contenir son indignation! Tous vont s'élancer vers l'ennemi commun pour l'assaillir avec violence, tous vont lui préparer la ruine et la mort »! » Hütten va même jusqu'à proférer des menaces contre l'Empereur : « Nous espérions », dit-il dans une adresse à Charles-Quint, «que tu nous délivrerais du joug romain, que lu détruirais la tyrannie du Pape. Fassent les dieux que quelque chose de meilleur que tes commencements vienne bientôt nous consoler! Mais si l'Empereur laissait se consommer la honte de l'Allemagne, les Allemands sauraient agir, au risque de l'offenser momentanément *. »

Une effrayante agitation ne tarda pas à s'emparer des esprits. De tous côtés on répétait qu'un grand coup allait être porté au clergé, et que les chevaliers allaient mettre la main sur tous les biens

1 - ...rtiam in aula Csesarù », écrit Aléandre, « chè chi e cosa stupeuda corne sono uniti et trovano in cuinnlo danari. ■ ' * BÖCKING, Ulr. Hutieni Op. II, p. 12-21.

3 - ...Quis vel mediocriter forlium potest continere se, quin impetu, vi et violentia invadat vobisque cadem et evitium moliatur. » — Bocking, t. II, p. 21-34. Hütten termine sa lettre pair la menace suivante : « Certe profecto innocentis viri i Luther) damnationi capita vestra consecrata sciatis. » Il est clair que Luther éprouvait une vive satisfaction de la publication de ces lettres ■ ad pileos istos et {jaleritas upupas ». — Vov. de Wette, t. II, p. 9.

fBöcKiNO, t. II, p. 38-1G. — Stiuuss, t. II, p. 178-180. L'ambassadeur anglais Tonst ail écrit de Worms à Henri VIII que Luther a offert a l'Lmpereur, dans le cas où celui-ci consentirait a man her contre Rome, de mettre sur pied une armée de cent mille hommes. — Fides, Life of Il'oUcy, 2e édit., p. 231. — Voy. Waltz, p. 32.

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