‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 421 sur 630 · LUTHER EN ROUTE POUR WORMS · texte numérisé non relu

LUTHER EN ROUTE POUR WORMS

ecclésiastiques. Les rapports d'Aléandre témoignent de la perpétuelle anxiété où Ton vivait à Worms. Chacun se croyait à la veille de quelque hardi coup de main; on craignait que le parti de la révolution n'envahit le lieu des séances de la diète. Une tentative de ce genre était d'autant plus à redouter que l'Empereur était sans défense, sans armée pour le protéger. « Au fond », écrit Aléandre, >< Sickingen est maintenant le véritale maître de l'Allemagne, car il a des hommes d'armes quand et comme il veut, et l'Empereur n'en a point. » « Les princes restent inactifs, les prélats tremblent, et se laissent circonvenir comme des lapins. » « La noblesse appauvrie, mais forte en nombre, est aux ordres de Sickingen, et prête à le seconder dans toutes ses entreprises. En vérité, dans les circonstances actuelles, Sickingen est l'effroi de toute l'Allemagne. Tous semblent impuissants, et sont comme paralysés à son aspect. »

C'est dans un tel état de choses que Luther était attendu à Worms1.

Luther avait quitté Wittemberg le 2 avril. Quatre jours plus tard, il était reçu « comme un triomphateur »par le parti des humanistes, qui lui était entièrement dévoué. « Réjouis-toi, noble cité d'Erfurt, couronne-toi comme aux jours de fête! » s'écriait Eoban Hessus à la nouvelle de son arrivée; « car regarde, le voici, celui qui vient te délivrer de l'opprobre sous lequel tu as gémi trop longtemps, celui qui, le premier, saisissant le hoyau de fer, a détruit l'ivraie empoisonnée qui envahissait le champ du Christ! » Eoban fait intervenir la Gera pour célébrer Luther; le fleuve apporte ses hommages à l'At-

1 Dépêche d'Aléandre dans Friedrich, p. 126, 127, 128 — Ralan, p. 160.— Brieger, p. 125, 134. — Glapion et le chambellan impérial Paul Armerstorff furent députés au château d'Ebernbourg. Ce dernier avait mission d'offrir à Hütten de la part de l'Empereur une pension de 400 florins d'or, pourvu qu'il consentît à se taire à l'avenir. Il était aussi chargé de faire une dernière tentative de conciliation vis-à-vis de Luther. Sickingen envoya donc au-devant de Luther Martin Bucer, le moine apostat; Luther s'était déjà mis en route et s'était arrêté à Oppenheim; Bucer l'invita à venir à Ebernbourg, où Glapion l'attendait. Mais Luther déclina l'invitation. — Voy. Ulmann, p. 179-181. — Mauren- BRECHER, Studien, und Skizzen, p. 267-268, et Katholische Reformation, t. I, p. 192-193, 397. — Luther lui-même a rapporté la réponse qu'il fit à Martin Bucer : « Si le confesseur de l'Kmpereur a quelque chose à me dire, il peut tout aussi bien venir me trouver à Worms. » Sämmtl. Werke, t. LXIV, p. 368. Aléandre, ainsi que le prouvent ses dépêches, ignorait le véritable but de la mission de Glapion et d'Armerstorff au château d'Ebernbourg.

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