LA PRÉDICATION DES NOVATEURS RELIGIEUX A WITTENBERG
Charles de Bodmann exprimait la crainte qu'il ne se mariât, ne transformât l'archevêché de Mayence en principauté temporelle, et n'y laissât librement pénétrer l'évangile de Luther. Carlstadt annonce à ses lecteurs à la fin d'un de ses ouvrages < une heureuse nouvelle : Il sait, à n'en pouvoir douter », que l'archevêque de Mayence est favorable à la vérité évangélique, qu'on n'est pas sans espoir de voir d'autres évêques rejeter comme lui le joug romain et, sans plus se soucier de l'investiture et de la confirmation du Pape, commencer enfin à régner par eux-mêmes '. » De son côté, Capito, en 1523, vantait en pleine chaire la tolérance d'Albert, énumérant les prédicants luthériens qui, dans ses villes et domaines, avaient toute liberté de prêcher ouvertement « l'Évangile1 ».
Cependant, à Wittemberg comme à Erfurt, des troubles ne tardèrent pas à se produire. Le 6 octobre 1521, Gabriel Zwilling, surnommé Didyme, moine auguslin, haranguant les étudiants rassemblés dans le cloitre, leur démontre que l'adoration du vSaint Sacrement est une idolâtrie, et que personne ne doit plus assister au culte idolâtrique de la messe, parce que le Corps et le Sang de Jésus- Christ ne constituent pas un sacrifice, et ne sont que le symbole de la rémission des péchés. « Nous ne savons encore ce qui arrivera, mais ce qui est certain », écrivait à un ami un jeune étudiant comme une curieuse nouveauté de la ville très-chrétienne de Wittemberg » (18 octobre 1521), « c'est que nous communierons bientôt sous les deux espèces, dussent le Pape et toute sa bande en crever de dépit! A moins que Mélanchthon n'ait menti, en disant ouvertement dans la salle des cours : < Je crois que nous introduirons bientôt l'usage de « la communion sous les deux espèces3. » Aujourd'hui, 23 octobre », écrit un autre étudiant, « les Augustius ont aboli la messe. Carlstadt a organisé, séance tenante, une dispute publique. 11 eut souhaité que l'on prêchât d'abord contre l'abus de la messe, et qu'ensuite toute la ville de Wittemberg se rassemblât pour en sanctionner l'abolition; il craignait que, sans cette mesure préalable, la concorde chré-
p. 112-115, el la réponse pleine de soumission d'Albert (21 décembre 1521), dans VYvlch, Luther's Werke, t. XIX, p. 661. — Voy. Hennés, Albrecht von Brandenburg, p. 156-1 59.
1 Voy. JAGER, CarUtadt, p. 235-23Ü.
* lettre de Capito, du 30 juillet 1524, dans Baum, p. 74. Le 20 novembre 1524, le duc Jean de Saxe écrivait à son frère l'électeur Frédéric que l'archevêque de Mayence lui avait confié qu'au fond de son cœur il voulait du bien à Luther, parce que celui-ci prêchait et écrivait selon la vérité : - Il me dit encore : Lorsqu'on arrête les prêtres (ceux qui étaient attachés à la doctrine de Luther et qu'on me les amène, cela arrive sans mon ordre et je ne le vois pas d'un bon œil ; niais je suis obligé d'avoir égard au Pape et a lEmpereur > — Voy. Kolde, Friedrich der Weise, p. 56.
* Albert Burrer à Beatus Rhenanus ; voy. Baum, p. 65-66.