‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 445 sur 630 · ÉTAT RELIGIEUX DE L'ÉLECTOIIAT DE SAXE · texte numérisé non relu

ÉTAT RELIGIEUX DE L'ÉLECTOIIAT DE SAXE

de la tyrannie papale, et que le Pape et les évoques étaient les vicaires et les messagers du diable ». Enfiu, à la tôte d'une bande d'émeutiers, il se mit à l'œuvre : les autels et les croix furent abattus les images des saints brisées, les prêtres qui passaient dans la rue assaillis à coups de pierres, et le cloître des Carmes déchaussés menacé d'un assaut.

Le duc Georges de Saxe, se tournant alors vers ses cousins, I déric et Jean de Saxe, les avertit des événements qui venaient de se passer (16 novembre 1521). il leur représenta que les choses prenaient exactement en Saxe la même tournure que l'hérésie du siècle précédent en Bohême, cette hérésie à laquelle leurs pères avaient opposé une si énergique résistance, versant leur sang, offrant leurs vies pour la défense de la religion! Déjà dans les États de l'Électeur, beaucoup avaient complètement perdu la foi, et allaient jusqu'à nier l'immortalité de l'âme. Luther avait causé tout ce mal. Le duc Georges ne pouvait assez déplorer qu'à YVitlemberg, la première ville do l'électorat, des émeutes comme celles qui venaient de se produire aient pu avoir lieu. Il conjurait le duc Jean d'employer le crédit qu'il avait sur son frère, et d'obtenir que Frédéric se décidât enfin à sévir contre les novateurs; Georges le suppliait de se déclarer du moins nettement contre eux. Quant à lui, il était prêt à agir, il était tout disposé à mettre au service de la vérité les conseils de son expérience. « Nous voici parvenus tous trois », disait-il, « audernier quartier de notre vie; nos cheveux et nos barbes blanchis nous en avertissent assez-, il est temps de prendre en main la défense de la bonne cause. » A diverses reprises, Georges, dans ses lettres, rappelle aux princes 1 hérésie de Bohême. En Bohème aussi, les églises et les couvents avaient été pillés, et les princes pouvaient considérer l'état où la religion se trouvait actuellement réduite en ce pays. Le clergé y était tombé dans la dernière misère; il y était méprisé à tel point que l'on se voyait iorcé d'attirer à l'état ecclésiastique jusqu'à des bourreaux et des bouchers. Partout de nombreuses sectes divisaient les chrétiens, la loi était presque entièrement éteinte et tombée au niveau d'un conte de vieille femme. Frédéric était invité à réfléchir sérieusement à ce qui se passait dans son propre pays : à Wittemberg, ou venait d'introduire un nouveau rite; à Eilenbourg, la maison du curé avait été assaillie; un homme assis sur un âne était même entré dans l'église; les autels et les images avaient été brisés; les moines se sauvaient de leurs couvents, les prêtres se mariaient, et Georges avouait ne savoir plus comment défendre Frédéric contre ceux qui lui imputaient la responsabilité de tous ces événements. < Songez », lui disait-il, que celui qui n'empêche pas

is.

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le malest aussi coupable que celui qui l'exécute, * Dieu a accordé de grands trésors à la maison de Saxe; mais depuis que Luther a commencé sa funeste entreprise, les mines semblent avoir perdu de leur fécondité ', et le niveau moral baisse. « Vainement on se flattait d'avoir retrouvé l'Évangile. Georges l'étudiait depuis plus de quarante ans, et restait convaincu que l'Évangile de sa jeunesse valait beaucoup mieux que celui qu'on prêchait actuellement *.

A Eilenbourg, Gabriel Zwilling agitait la population. « Le moine défroqué de Willemberg », rapporte à son sujet un contemporain,

mous a fait aujourd'hui un sermon; il a endossé un habit d'étudiant, et mis par-dessus une chemise bordée de noir; il s'est affublé d'un bonnet de fourrure, et dans cet accoutrement nous a parlé de la messe avec le dernier mépris. Il a aussi rejeté les bonnes œuvres, disant que deux chemins s'offraient à nous : l'un étroit et conduisant au ciel, c'est celui de la foi; l'autre large et menant droit à l'enfer, c'est celui des bonnes œuvres. 11 a rejeté messe, jeûne, prière, aumône, discipline. Nous sommes, selon lui, au-dessus de toute loi. Personne n'est plus obligé ni à la confession ni au baptême. » Après ce sermon, la Cène avait été célébrée dans l'église du château, située sur la montagne. Comme Zwilling avait persuadé à ses auditeurs qu'il n'était nullement nécessaire de se confesser avant de se présenter à la sainte table et qu'on pouvait fort bien communier après avoir mangé, « les assistants », continue le même narrateur, « s'avancèrent presque en riant pour recevoir l'Eucharistie, et ceux-là mêmes qui avaient passé la nuit précédente dans la débauche et l'ivrognerie, reçurent le Sacrement, comme j'en ai été moi-même témoin3 ».

.Mais dans tout ce qu'ils faisaient, les nouveaux évangêlistes s'imaginaient obéira la loi de Dieu : » Lorsque Frédéric charge un délégué de faire des représentations à l'iconoclaste Carlstadt, celui-ci, absolument comme Luther l'avait fait avant lui, allègue aussilôt la mission surnaturelle qu'il a reçue de Dieu. «La parole -, dit-il, « m'a été donnée en grande abondance; malheur à moi, si je ne préchais pas! » La désunion ne venait que de ce que tous n'obéissaient pas textuellement à

1 Le prince Joachim d'Anhalt mande à son frère que le duc Georges lui a dit : • Si nous restons fidèles à l'Église, tout nous réussira; m;iis si nous nous en luissons détacher, au lieu de notre prospérité actuelle, nous verrons bientôt îles revers nous atteindre J'ai remarqué que tous ceux qui sont attachés à la nouvelle doctrine ne réussissent à rien, mais tombent dans la ruine et la misère.Dieu les a-t-il châtiés, ou bien sont-ils tombés par leur propre imprévoyance, c'est ce que je n'enireprendrais pas de décider. • Prince Georges d'Anhalt, Predigten

und Schriften, p. 325.

' Sbckendorf, t. I, p. 217; voyez l'article sur le duc Georges dans les : ffittor.polil. Iil., t. XL VI, p. 451-463.

3 Seidemann, Erläuterungen zur Reformationsgeseh., p. 37.

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