LUTHER A WITT EM BERG
la sainte Écriture. Quant à lui, nulle menace de mort ne le séparerait jamais de celte base très-sûre. 11 resterait toujours loyalement attaché au sens litiéral de la parole divine, sans se laisser égarer par ce que pourraient enseigner les autres. D'ailleurs, il n'y avait que les mauvais chrétiens qui pussent se scandaliser de ses sermons. A l'exemple des prophètes de Zwickau, Carlstadt déclarait la guerre aux études scientifiques, réclamait la fermeture des écoles et l'abolition des grades de docteur; laïques et ouvriers étaient appelés à prêcher le nouvel évangile, les étudiants exhortés à ne plus perdre leur temps à n'importe quel travail scientifique et à apprendre un métier, ou la pratique d'un art. Tous les jours le nombre de ses adhérents grossissait, et le parti révolutionnaire triomphait à Wittemberg comme à Erfurt. Là aussi, l'Université se changeait en désert. « Les plus savants, les plus éclairés d'entre nous sont dans la désolation », écrivait Spalatin. « Les nouveaux évangélistesont chacun une méthode différente. » -- Ils embrouillent tellement toutes les questions, ils ont de si étranges fantaisies », maude-f-il à Frédéric, « que fous les jours on voit de nouvelles sectes se produire. 11 en résulte que chacun est troublé dans sa conscience, et que uul ne sait plus qui est cuisinier, qui est cellerier1. »
C'est au milieu d'un pareil étal de choses que Luther, qui dans sa solitude de la Warlbourg avait été soigneusement informé de tout ce qui se passait, apparut tout à coup à Wittemberg. Il y prêcha huit sermons consécutif«, (mars 1522). 11 attribua les actes de violence récemment commis à « uuc fausse manière d'entendre la liberté chrétienne ». En présence dc^ faits abominables qui venaient de se produire, il tirade plusieurs textes bibliques, entre autres de l'épitre de saint Jacques (auparavant rejetée par lui), le principe « que la foi sans la charité est sans aucune efficacité, qu'elle n'est plus même la foi, mais une ombre de foi ». Ce qui avait eu lieu s'était fait sans ordre, au grand scandale du prochain : « Avant d'agir, vous auriez dû prier du fond de votre cœur, puis marcher avec le concours de l'autorité; alors on aurait su que la chose venait de Dieu. » Il était profondément affligé qu'on eût agi sans son ordre et sa coopération. « Suivez-moi », s'écria-t-il, s'auto lisant de la mission directe qu'il assurait avoir reçue de Dieu; je suis le premier auquel le Seigneur ait révélé ses desseins, e'e^t moi auquel Dieu a donné la première inspiration de vous prêcher et de vous annoncer sa parole.
1 Voy. ces lettres d.uis le Corp. Reform., t. I, p. 541, 545, 554, 560, 561. Jager, Carhtadt, p. 277-287. On voit, p;ir une lettre de Fröschel citée par .Ia;;er (Carlttadt, p. 282, Combien les devoirs les plus sacrés de la charité étaient mis en oubli dans ces tristes querelles.