‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 450 sur 630 · LES CHEVALIERS BRIGANDS · texte numérisé non relu

LES CHEVALIERS BRIGANDS

qui avaient toujours été d'avis que l'un des privilèges de la noblesse consistait à dépouiller le plus possible ceux qui possédaient.

Dans beaucoup de territoires impériaux, les chevaliers brigands avaient conquis une position « véritablement redoutable ». Eu dépit de toutes les lois édictées pour le maintien de la paix publique, ils continuaient à considérer leurs vols à main armée comme une« occupation honorable ». Un jour, un Carme déchaussé ayant osé dire en chaire qu'on devrait suspendre en plein jour à la potence et faire mourir de malemort, tout botiés, tout éperonnés, si la nécessité le réclamait, les brigands de grandes routes; plusieurs nobles de Franconie, mêlés à l'assistance, se montrèrent fort irrités du discours du moine; « car ils tenaient pour certain », dit la Chronique de Zimmer, « qu'un ancien privilège leur concédait le droit de voler impunément sur les chemins, et de dépouiller les passants ». L'un d'eux, l'échanson Ernest de Tautenberg, menaça le religieux, et témoigna le désir de « l'accommoder de bonne sorte ' ». Jusque dans les environs de Nuremberg, siège du Conseil de régence, la population vivait dans un perpétuel effroi, toujours sous le coup des agressions d'un des principaux chefs des chevaliers brigands, Hans Thomas d'Absberg, lequel, secondé par ses nombreux compagnons de rapine, torturait et rançonnait jusqu'à de pauvres manœuvres sans ressource. En juillet 1522, Absberg avait lui-même coupé la main droite d'un tonnelier de Nuremberg. En vain ce pauvre homme lavait-il supplié â genoux de couper plutôt la main gauche : Absberg s'était montré inflexible. Le 5 août de la même année, lui et sa bande sanguinaire surprirent près de Baireuth un coutelier et un pelletier de Nuremberg. L'un des chevaliers brigands demanda un dissak (courte épée de Bohême, sans poignée, très en usage dans le pays); il éprouvait, disait-il, le désir de travailler un peu par lui-même, étant resté trop longtemps dans l'inaction. On fit au pelletier cinq cruelles blessures, enfin on lui coupa la main droite. Le coulelier eut aussi la main coupée. Hans Thomas envoya les membres coupés au bourgmestre de Nuremberg, en lui faisant savoir que son épée avait encore un pommeau, et qu'il le lui ferait si bien mordre que les dents lui tomberaient de la bouche et que le feu lui jaillirait des yeux. Son intention était d'agir de même envers tous les habitants de Nuremberg, et il chargea le pelletier de bien avertir le bourgmestre que c'était

1 « Retourner les poches des marchands, passe encore ■, disait le margrave Frédéric de Brandebourg à ses gentilshommes {Zimmerische Chronik, t. II, p. 434-435 , « mais il vous est interdit d'attenter à leur vie. • - In Franconia nobiies depraedabanlur mercatores etiam salvum conductum prin ipum habentes, volentes eliain proprium ligim erigere contra regnum Romanorum et ligam suevicam », écrit Jean Nibling d'Ebrach. — Voy. Höfler, Fränkische Studien, t. VIII, p. 254.

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