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APPEL A LA GUERRE DE RELIGION

forces' », cette armée se mit en devoir d'envahir les possessions de l'archevêque. Eitelfritz de Zollern, Guillaume et Frédéric de Fiirstemberg, Guillaume de Laufen, les chevaliers Ulrich de Hulten, Hans Thomas de Rosenberg, Louis de Spät et .lean Milchen de Lorch en dirigeaient les divers corps. Dès la fin d'août, Sickingen passait ses troupes en revue dans le voisinage de Strasbourg. Sur les manches de ses soldats, il avait fait broder ce cri de guerre : « Seigneur, que ta volonté s'accomplisse! Dans un manifeste composé par Henri de Ketteubach2, ex-rnoine franciscain, les lansquenets de Sickingcn étaient appelés « les chevaliers du Christ », et les évêques et les préires « les ennemis de l'évangile ». La devise : « Toute victoire de Dieu », que les Turcs portaient écrite sur leurs manches, y était commentée par des exemples empruntés à la Bible. C'était avec Dieu qu'on entrait en campagne, car Sickingen était pur de toute pensée intéressée; il ne songeait à acquérir ni or, ni gens, ni domaine; son unique désir était d'exposer tous ses biens pour la gloire du Christ; son seul but, de renverser les papes et les évêques, « ces ennemis, ces exterminateurs de la vérité évangélique ». Des prédicants fanatiques accompagnaient l'armée.

C'est ainsi que, pour la première fois, la guerre de religion fut allumée sur le sol allemand, et que la religion servit de prétexte à une campagne de pillage, dont la politique était le véritable motif.

Invoquant d'insignifiants griefs ', Sickingen jeta le défi « à Richard, archevêque de Trêves, coupable de haute trahison envers Dieu, envers Sa Majesté Impériale et les lois de l'Empire » (27 août 1522). Quelques jours après, il envahissait le pays de Trêves à la tête de quelques bandes armées. 11 attendait de nouveaux renforts, et se flattait de s'emparer de Trêves avant que Richard n'eût eu le temps de recevoir les secours promis par ses alliés, le landgrave Philippe de Hesse et le comte palatin Louis *. Après cette capture, il se pro-

1 Écrit Harmuth de cronberg dans la lettre citée noie précédente. On lit dans les OEuvre* posthume* de Spalatin (p. 173) : - Et comme il (iekingen) voulait tout de suite entrer en campagne, Harlinutli de Cronberg m'écrivit que Franz de Sickingen commençait la guerre contre l'archevêque de Trêves pour faire une trouée à l'évangile. - Le 16 septembre 1522, llartmuth, écrivant au Conseil de régence siégeant à Nuremberg, assure qu'il se ferait volontiers éearteler tout vif pourvu que par une telle mort il pût espérer voir l'Allemagne adopter » l'évangile -. — Sf.ckfndorf, i. I. p. 226.

' Ain Verwaltung Junker Fr uni zen iwn Sickingen zu seynem hör als er wollt ziehen wider den Bischof von Trier auss hytlichir nach und reitzung, etc. Sans indication de lieu, 1523.

3 ■ Le prétexte de la déclaration de guerre était tout à fait dans le goût des guerres privées du temps, c'est-à-dire absolument futile », dit Strauss, t. II,

4 » ...l'ro more serius Treviro auxilia missurôs, priusque ad deditionem Treverim urbem venturum, quam ullum advenire posse praesidium : qua dedita,

posait de marcher contre la liesse : « Nous avons la nouvelle, l'annonce et la preuve », mandait au comte Michel de Wertheim le landgrave Philippe (2 septembre 1522), » que Sickingen, dès qu'il aura fait sa volonté de Trêves, viendra immédiatement nous attaquer '. •

Sickingen était si sûr de la victoire, qu'après avoir capture la petite ville fortifiée de St-Wendel, il s'ouvrit de tous ses plans aux gentilshommes faits prisonniers pendant le combat. Il comptait être un jour m électeur de Trêves, et mieux encore ». « Vous êtes prisonniers, vous avez perdu vos chevaux et vos bagages, mais votre électeur, quelque chose qu'il lui advienne, est en état de payer pour vous une forte rançon. Quand Franz de Sickingen sera électeur à son tour, comme la chose est fort possible et comme vous le verrez de vos yeux (et non-seulement électeur, mais plus encore), il vous fêtera de son mieux, vous qui aurez été ses prisonniers *. » Ce n'était donc pas à tort qu'on avait attribué à Sickingen l'ambitieux dessein de devenir un jour roi du Rheingau et duc de Fr;inconie :i. « Au nom de l'Empereur », il exigea le serment d'hommage de la principauté de Schaumbourg, puis il pénétra plus avant dans le pays, ravageant, brûlant plus d'un village sur sa route 4. Le 8 septembre, il était devant Trêves. Dans les lettres qu'il fit remettre au conseil de la ville, il sommait la bourgeoisie de lui ouvrir les portes, promettant que les habitants seraient protégés dans leurs personnes, leurs vies et leurs biens, parce qu'il n'en voulait qu'aux trésors de l'archevêque, aux clercs et aux religieux du diocèse!

« Sickingen est aux portes de Trêves », écrivait le chanoine Charles de Bodmann; « un jeu terrible est engagé. Il a beaucoup d'amis et de partisans qui ne révent que de chasser et d'humilier les princes ecclésiastiques, convoitent les biens de l'Église, et, tout laïques qu'ils sont, prétendent exercer le pouvoir spirituel et soumettre à leur autorité les curés et autres supérieurs ecclésiastiques. Si la chance

facile cetera expugnari posse videbantur, atque inde brevissima in Hassiam via pateret. - Hub. Leodius, p. 301.

1 Lettre de Philippe, du mardi après Egidii (2 septembre 1522), dans les Fürsil.

Löwenstein- IV erthcim sehen gemeinschaftl. Archiv, Grafen-Tages-Sachen, n° 20. Il se préparait tous les jours à entrer en campagne, écrivait-il à Philippe, et demandait au comte d'envoyer à Darmstadt, le lundi après l'Exaltation de la sainte Croix (15 septembre), autant de cavaliers qu'il lui serait possible d'en rassembler en toute hAte.

* I lmann, p. 287.

3 Voy. le rapport de Jean Nibling d'Ebrach, dans Höfler, Fränkische Studien, t VIII, p. 255.

* • ..Ceux de Schaumbourg ont été convoqués, et ont juré au nom de l'Empereur; ce qui ne les a pas empochés (les troupes de sickingen) d'incendier plus d'une localité. ■ Relation extraite des Archives de Strasbourg, dans Mone, Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, t, XVI, p. 81.

favorise Sickingen, nous assisterons, dans beaucoup de territoires de l'Empire, à une transformation radicale de L'organisation ecclésiastique. On cherche de mille façons à soulever l'homme du peuple, et celui-ci, espérant tirer profit de la révolution qui se prépare, s'apprête aveejoie à secouer le joug que font peser depuis longtemps sur lui les seigneurs laïques et spirituels. Sous prétexte de liberté évangélique, les amis de Sickingen agitent le peuple, et vont prêchant partout le meurtre et le pillage '..

« Sickingen est perdu s'il ne remporte sur l'archevêque une victoire éclatante », écrivait au duc Guillaume le chancelier de Bavière Léonard d'Eck (S sept. 1522). « S'il est vaincu, il perdra aussitôt toute confiance en son étoile. 11 sait trop ce qui lui adviendrait en cas de non-réussite; il sait que le cor de chasse sonnerait bientôt le lancer, que le ban d'empire le frapperait, ou bien que les princes du Rhin le cerneraient de telle sorte qu'il ne pourrait échapper, et serait promptement désarçonné. Or il ne peut accepter la pensée d'une telle honte et d'un pareil échec; cette humiliation lui serait trop amère, devant Dieu, devant les hommes, devant son propre honneur. Aussi met-il tout en œuvre pour soulever la populace. Ses agents y travaillent de leur côté, et tous les jours arrivent des nouvelles qui font pressentir un prochain Bundschuh. En effet, le cercle des amis de Sickingen venait de faire paraitre un dialogue intitulé : le Xouvcau Karsthans, où le peuple élait chaudement invité à faire cause commune avec la noblesse'. « Si donc > , continue Eck, « le Bundschuh éclate et que le peuple prenne le dessus, les princes du Rhin payeront le déjeuner, Votre Grâce et les autres princes le souper, la petite noblesse le coup du soir, et tous iront au diable de compagnie! Au reste, si les princes et les grands chefs doivent être châtiés, ce sera sans doute par la permission divine, car c'est, eu vérité, chose étrange que de voir de ses yeux des princes, des gens de guerre honorables, faciliter, par le secours qu'ils apportent, l'envahissement d'un territoire électoral3! »

Parmi les princes qui, non-seulement toléraient, mais allaient jusqu'à favoriser les actes de violence de Sickingen, l'archevêque de Mayence, Albert de Brandebourg, était au premier rang. On le soupçonnait, dans le cas où Sickingen réussirait dans son entreprise, de vouloir réaliser un plan qui lui était cher depuis longtemps, et de transformer l'archevêché de Mayence en principauté

1 Voy. plus haut, p. 1G2, note 5.

» Voy. plus haut, p. 199.

3 Dans Jonc, p. 64.

252 SICKINGEN CONTRE l/ARCHEVÈQUE DE TRÊVES. 1522.

temporelle '. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il refusa constamment d'envoyer des secours à Richard, fit une réponse évasive au Conseil de régence lorsqu'il le somma de s'armer contre les perlurbateurs de la paix publique, et laissa tranquillement passer le Rhin aux troupes de Sickingen, en marche vers Trêves. Le grand maître Frowin de Hütten et le maréchal Gaspard Lerch de Dirnstein, les plus hauts dignitaires de la cour de Mayence, étaient alliés de Sickingen, et ce furent eux qui conseillèrent à son général, Nickel de Minkwitz, d'opérer une jonction avec les troupes du chevalier, audessus de Cologne '.

Si le chancelier Eck augurait mal pour les princes de l'entreprise de Sickingen, il ne fondait pas beaucoup plus d'espérance sur la résistance du Conseil de régence : « Le Conseil est faible et bien malade», écrivait-il; « il est entre les mains de Dieu3! »

Du moins le Conseil, dès le 1er septembre, avait-il appelé aux armes plusieurs princes du Rhin et quelques villes libres, les sommant de s'opposera Sickingen, « coupable d'exciter dans l'Empire le trouble, la guerre et la révolte. » Si l'on ne s'opposait prompfement et énergiquement au perturbateur de la paix, il était à craindre, leur écrivait-il, « que cette guerre ne fût pas seulement funeste à l'archevêché de Trêves, mais que, grandissant en peu de temps, elle ne causât un irrémédiable dommage, d'abord aux grands Ordres, puis à tout l'Empire *. » Le 9 septembre, jour qui suivit l'investissement de Trêves, un délégué du Conseil se présenta devant le camp de Sickingen et lui intima l'ordre de renoncer à son entreprise, sous peine d'encourir le ban d'empire et de payer une amende de deux mille marcs d'argent. « Mais Sickingen se comporta avec la dernière insolence envers le représentant du pouvoir suprême. » « Voici le

1 Voy. plus liant, p. 218.

' Voy. Bucholtz, t. II, p. 99-100. — HENNES, Albrechl von Brandenburg, p. 107-170. — Ulmann, p. 292, 309. « Albert n'entretenait aucun rapport coupable et secret avec sickingen», suppose Ulmann (p. 288), « mais il n'osait prendre parti contre lui aussi longtemps que sa cause semblait avoir quelque chance de succès. » — Sur les mesures prises par l'archevêque de Trêves et ses alliés contre Albert, voy. p. 310-312.

3 Dans Jörg, p. 65.

* * Das Schreiben des Regimentes an Frankfurt, im Frank/. Archiv, Iieichstagsaclen, t. XXXVI, fol. 56. Sur les missives du même genre adressées à quelques membres des états, voy. Ulmann, p. 292, note 1. Dans un autre manifeste, Francfort est sommée d'envoyer le 12 octobre à Gelnhausen quinze reîtres et cent quinze hominis de pied par ordre de ■ la Régence d'Empire ».Maislescon.ieillersde la ville déclarèrent qu'ils entendaient ne se mêler de l'affaire que lorsque tout l'Empire y prendrait part. De là une lettre de plaintes du Conseil de régence, datée du 17 septembre 1Ô22. Voy. Iieichstagsaclen, t. XXXVI, fol. 51. Strasbourg non plus ne voulut s'enga.jer à fournir des secours à l'archevêque de Trêves que dans le cas où tous les Étuis de l'Empire se joindraient à elle. Lettre du conseil de Strasbourg, 27 septembre 1522, dans Virck, t. I. p. 58, n° 101.

vieux violon de la Régence », dit-il à ceux qui l'entouraient, au moment où la volonté du Conseil lui était signifiée; « malheureusement, les danseurs manquent! Ce ne sont pas les ordres qui font défaut, mais les obéissants! » Puis, s'adressant. au délégué du Conseil, il lui fit une réponse insultante, en son nom et au nom de tous les siens. Il lui ordonna daller rapporter au lieutenant impérial et aux seigneurs du Conseil qu'ils feraient bien d'y aller plus doucement; qu'il était fout aussi bien qu'eux dévoué à l'Empereur et ne songeait nullement à agir contre les intérêts de Sa Majesté. Il n'en voulait qu'à l'archevêque, et savait parfaitement que l'Empereur ne se courroucerait point s'il châtiait quelque peu ce prêtre insolent, et reprenait quelque chose des florins d'or que jadis il avait reçus de la France. Son dessein était de mettre la justice sur un fout autre pied; le Conseil de régence n'avait jusqu'à présent remédié à rien, mais lui, Sickingen, saurait obtenir de bien autres résultats. Quant à la Chambre impériale de Nuremberg, devant laquelle le Conseil le citaif, il complait la laisser en repos; il n'en avait que foire, car il avait chez lui un tribunal ambulant qui décidait les questions de droit avec des arquebuses et des canons. Quant à son projet de séculariser les principautés ecclésiastiques, il déclara que pourvu qu'on consentit à le suivre, il saurait agir de telle sorte que l'Empereur, à son refour, trouverait plus de terres et d'argent dans son royaume qu'il n'en allait maintenant chercher bien loin de chez lui. 11 complait couler des jours paisibles, lorsqu'une fois il serait archevêque de Trêves, et ne verrait alors nul inconvénient à ce que Richard lût chevalier à sa place. C'était pour mener à bien ce grand projet qu'il s'était établi dans les environs de Trêves. On rapporte encore que Sickingen, expliquant une autre fois ses intenlions au délégué du Conseil, lui aurait dit <• qu'il avait commencé la campagne pour lui, cl la continuerait pour lui, en dépit môme de l'Empereur1 ». « Ou je me trompe fort », écrivait Spalatin, « ou ce fauteur de guerre civile peut devenir un autre .Iules César*. »

Mais les plans ambitieux du chevalier devaient échouer devant Trêves. L'archevêque, « homme énergique, sachant agir et s'aider, et fort habile capitaine3 », sut venir à bout de tous les obstacles, grâce à sa résolu'ion, à sa prudence, à son sang-froid; la bourgeoisie resta fidèle à son seigneur, malgré toutes les horreurs d'un siège. Metz et Cologne envoyèrent de la poudre et des armes*. Les troupes de

1 Voy. Ulmann, p. 297-299, 306.

» Duoysin, 2b 107-108.

s l.'est ainsi que le dépeint la Chronique Je FUrsheim, p. 71. * Écrivait de Nuremberg Hamann de llolzhausen au bourgmestre Jean de Claubourf;, octobre 1522. Frankfurter Archiv, Reiehttagsaeten, t. XXXVI, fol 66.

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