DIÈTE DE NUREMBERG, LES PRINCES CONTRE LES VILLES
prenaient de telles proportions que « nulle vie, nulle propriété n'était plus en sécurité», ce qui paralysait entièrement l'essor du commerce. Contrairement à tous les règlements établis pour le maintien de la paix publique et de l'ordre, « les bourgeois, parents ou amis des délégués » étaient continuellement exposés aux plus grands dangers sur les routes; leur bien était pillé, ou même brûlé en plein champ, et les individus mutilés, lamentablement assassinés, roués de coups, dévalisés, (rainés au cachot. On voyait se commettre de tels actes « qu'on n'en pourrait eutendre le récit sans stupeur, même si les Turcs en étaient les auteurs »■, Cependant les coupables, quelque féroces et monstrueux qu'ils fussent, non-seulement restaient pour la plupart impunis, mais encore étaient ostensiblement accueillis et ménagés par les plus grands personnages. Si l'on ne mettait ordre à un pareil scandale, il fallait s'attendre à la ruine complète de la nation. De plus, il était absolument impossible de tolérer plus longtemps les nouveaux règlements de douanes établis et autorisés par les princes. Le peuple allemand, plus que tout autre, était surchargé détaxes écrasantes et multiples, de frais d'escorte, de servitudes sans nombre. « Il était contraire aux lois divines et humaines qu'un pouvoir ou un Ordre, au détriment de tant d'autres, pût s'enrichir ainsi à lui tout seul des sueurs, du sang et de la détresse des pauvres. » On savait assez la tournure séditieuse que prenaient de tous cotés les événements; aussi importait-il grandement de ne pas écraser l'homme qui n'avait que peu de ressources de charges de plus en plus onéreuses. Les villes exprimaient encore leur mécontentement également motivé à propos des tribunaux ecclésiastiques, des abus de la cour romaine et du système monétaire. Une quantité de pièces dont la valeur avait baissé, et même de fausses monnaies, étaient introduites habilement dans l'Empire, tandis que la bonne monnaie était emportée dans les pays welches, aussi bien par les chrétiens que par les Juifs, et cela dans des proportions énormes1.
Le 23 janvier 1Ô23, les électeurs, princes et autres Ordres firent connaître leur réponse aux délégués des villes. Pour ce qui regardait leur rang à la Diète, ils ne pouvaient se plaindre d'avoir été lésés en aucune façon, car jamais ils n'avaient eu voix délibératîve au Conseil. De temps en temps, il est vrai, ils avaient été admis dans les comités, mais jamais en raison d'un droit acquis, et seulement par faveur exceptionnelle. Quant à la lente exécution de la justice, les villes en étaient les premières responsables. Elles n'étaient
1 Supplikation der Stctt. — Archives de Francfort, Beiclutagtacten, t. XXXVII, fol. 27-38. En tout dix doléances, dont les plus importantes viennent d être citées.