PROGRES DES TURCS
bien justes raisons de nous soustraire au devoir d'aider au refoulement des Turcs; d'autant plus que précédemment nous nous sommes déclarés prêts à employer à cet effet les secours qui nous avaient été accordés a la Diète de Worms pour l'expédition romaine. Mais afin de prouvera tous que nous n'avons jamais formé de vœu plus sincère et plus ardent que celui de mettre notre puissance au service de la chrétienté, nous avons résolu, en notre qualité de premier prince chrétien, de protecteur et défenseur de notre sainte foi et de l'Église, de procurer la délivrance de Rhodes par tous nos efforts, par l'emploi de toutes les ressources dont nous pouvons disposer. » Charles-Quint écrit dans le même sens au roi d'Angleterre, aux ducs de Savoie et de Lorraine, à ses alliés d'Italie et au Pape. « Plût à Dieu », disait-il, faisant allusion à François Ier, « que les Turcs ne fussent pas excités et encouragés parles vrais auteurs de tout le mal, par ceux qui conduisent la chrétienté à sa perte ' ! »
François Ier, en effet, exploitait au profit de son ambition l'extrême péril de l'Europe. Lorsque le Pape, en septembre 1522, fait équiper deux caraques à Gênes pour aller au secours de Rhodes, les Français s'en emparent. Des gentilshommes espagnols s'étant rendus à Gênes dans le dessein de s'embarquer pour Rhodes, les » Turcs français n capturent le vaisseau qui devait les y conduire. Les Vénitiens, eux aussi, se montraient de « parfaits musulmans ». Ayant cinquante galères à leur disposition, il leur eût été bien facile d'attaquer la flotte turque pendant que celle-ci se trouvait dans le port de Rhodes; séparant ensuite l'armée ennemie de la terre ferme, ils eussent aisément pu mettre fin d'un seul coupa l'invasion turque; mais bien loin d'agir ainsi, ils laissèrent la flotte ottomane prendre position devant Candie, et se bornèrent à engager les Turcs à rester dans l'inaction. Ils exilèrent même deux Vénitiens qui avaient osé demander en plein Conseil que Rhodes fût secourue*.
1 Lanz, Correspondent, t. I, p. 66-G7. Sur l'ardent désir qu'avait Charles-Quint d'entreprendre la guerre contre les Turcs, voy. aussi le rapport de l'ambassadeur vénitien contarini. Albeiu, t. II, p. Gl-66. — Contarini s'exprime très-favorablement sur le compte de l'Empereur. > È uomo religiosissimo, molto giusto, privo d'ogni vizio, nienle dedito alla volultà, aile quali sogliono esser dediti li giovanni, ne si diletta di spasso alcuno, etc. °
s Voyez ces documents dans Höfler, Carl V und Adrian VI, p. 35-36. A propos de l'étroite alliance contractée plus tard avec les Turcs par François I'r, le moine bénédictin Nicolas Kllenbog, d'Ottenbeuren, écrivait : .le ne puis assez m'étonner de la déloyauté et de l'impiété du roi de France. Il porte le nom de Roi Très-Chrétien, mais en vérité c'est plutôt roi très-impie qu'il devrait s'appeler, car il a conclu une alliance avec les Turcs, ennemis jurés de la chrétienté. J'espère que Dieu finira par châtier la déloyauté des rois de France, déloyauté dont ils ont donné jadis tant de preuves dans leurs rapports avec l'empereur Maximilien. Car enfin, une alliance avec les infidèles ne devrait-elle pas être bien éloignée de la pensée d'un prince chrétien, puisqu'elle conduit nécessairement
328 ADRIEN VI, MÉDIATEUR ENTRE FRANÇOIS I°r ET CHARLES-QUINT. 1522.
Adrien VI fut le seul à agir. 11 envoya aux assiégés tout l'argent qu'il put recueillir. Le secours de l'Empereur arriva trop tard; en dépit de l'héroïque résistance des chevaliers de Saint-.Jean, Rhodes tomba au pouvoir des infidèles. Soliman conquit ensuite les iles attenantes, ouvrit aux flottes musulmanes le passage, jusque-là fermé, qui relie Constantinople à Alexandrie, et se vit ainsi en possession de tous les avant-postes de l'Asie Mineure. Les Vénitiens, après avoir abandonné Rhodes, durent songer à la défense des iles de Chypre et de Candie.
Rien avant le désastre de Rhodes, Adrien VI avait tout tenté pour amener une réconciliation entre Charles - Quint et François Ier. 11 avait écrit à l'Empereur (septembre 1522) que la première chose à faire dans l'intérêt de la chrétienté, c'était de conclure la paix avec le roi de France. Charles-Quint lui avait répondu que, pour sa part, il était tout disposé, soit à la paix, soit à un armistice, pourvu que François lui proposât des conditions acceptables, ajoutant que la plus sûre manière d'obtenir ces conditions serait, pour le Pape, de consentir d'abord à s'allier avec lui et le roi d'Angleterre contre la France. Mais Adrien répugnait à la guerre à moins d'y voir une nécessité urgente, et il continua ses infatigables efforts pour amener la réconciliation entre les deux souverains. Il suppliait Henri VIII et son miuistre le cardinal Wolsey de s'y employer activement, car la reddition de Rhodes constituait pour la chrétienté un péril des plus menaçants. Au moins pourrait-on commencer par conclure un armistice de quelques années; le mieux serait de le signer à Rome, et de permettre au Pape d'en être l'intermédiaire. Si l'Empereur et le roi d'Angleterre consentaient à l'armistice et s'engageaient à le respecter trois ans, les places fortes appartenant à l'un ou à l'autre souverain resteraient pendant cet intervalle sous la tutelle du Pape. Mais François Ier répondit aux ouvertures d'Adrien qu'il ne pouvait songer à écouter ses [conseils tant que Milan, qui était son légitime héritage, ne lui aurait pas été restituée. Un armistice ne conduirait à rien. Quanta la campagne contre les Turcs, il lui était absolument impossible de rien promettre.
Rien éloigné de songer sérieusement à la paix, François cherchait à attiser en tous lieux le feu de la discorde. Grâce à sa complicité, les Ecossais, alors en guerre avec les Anglais, pénétrèrent en Angleterre.
à la ruine et à l'oppression du nom chrétien ? • « Quid detestabilius rege mendace •, continue-t-il, • qui promissa literis et sigillis conhrmata non pili facit? Toile hdein, quid in omni republica remanebit integrum? Nihil pestilentius socielali humana:. quam promissa non servare, pactis nonstare.» Geiger, Nieoluut ElUnbog, p. 19-20.