‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 497 sur 630 · DIÈTE DE NUREMBERG · texte numérisé non relu

DIÈTE DE NUREMBERG

détaillée sur les questions qu'il importait de traiter avec le Conseil et les Ordres durant la Diète.

Cette instruct ion se rapportait aux quatre points suivants : la douane de frontière, la campagne contre les Turcs, le monopole, la question luthérienne.

Ouant à l'impôt, l'Empereur avait appris « que les villes s'y étaient sérieusement et énergiquement opposées », de sorte qu'en l'exigeant on aurait à craindre de leur part un mauvais vouloir trèsaccentué, l'insoumission et la révolte; et comme, en ces temps périlleux, l'Empereur souhaitait avant tout voir régner la concorde entre tous les Ordres, Hannart était chargé, avec les cités et les États, de travailler à l'adoption de moyens et de voies acceptables à tous, et grâce auxquels la Régence et la Chambre impériale pussent être entretenues.

Pour l'impôt projeté à la Diète précédente dans le but de couvrir les frais d'une expédition contre les Turcs, les villes l'avaient également déclaré inacceptable; elles s'étaient offertes «à payer plutôt le denier commun « ; mais comme l'organisation d'un pareil impôt était inséparable d'énormes difficultés, et que les progrès des Turcs réclamaient une prompte répression, Charles-Ouint insistait de nouveau pour que les subsides qui lui avaient été accordés à Worms pour l'expédition romaine fussent immédiatement affectés à la guerre contre les infidèles.

Dans la question du monopole et des monnaies, Hannart devait s'entendre avec les États.

L'Empereur se montrait fort mécontent de ce que l'édit de Worms, publié sur le conseil de tous les électeurs, des princes et autres Ordres, n'eût pas encore reçu son exécution. Il insistait sur sa mise en vigueur de la manière la plus pressante1.

La Diète, qui avait été convoquée pour le commencement de novembre 1523, ne put s'ouvrir que le 11 janvier 1524. Cependant à la fin du mois « nulle question importante n'avait encore été débattue ». Entre les électeurs de Mayence et de Saxe, l'ancienne dissension à propos du mode des votes s'était ravivée 2, et le vieux refrain : « Nous sommes paresseux, querelleurs, et nous ne nous comprenons en rien »»aurait pu, cette fois encore, être chanté à l'unisson par les Ordres3. « Je crains bien que les choses n'aillent tout de travers », écrivait à Francfort, dès le début de la Diète, Hamann de Holzhausen, député de cette ville'.

1 ' Instruction impériale datée de Valladolid, 23 août 1523, lleichsiagsacten, I XXXIX, p. 231-230.

8 Voy. le rapport d'Ilannart à l'Empereur, 13 mars 1524, Lanz, Correspondent, t. I, p. 102. ■ ...L'on a perdu trois sepmaines de temps, avant que l'on ait sceu accorder en cery les parties. •

' ' Clément Kndres, dans la lettre citée, p. 334, note 1.

* * Lettre du 18 janvier 1521, Keichstagsacten, t. XL, fol. 3.

Charles-Ouint avait insisté « pour qu'on prit de sérieuses mesures touchant l'entretien du Conseil de régence et de la Chambre impériale; mais aucun résultat ne sortit des pourparlers entamés à ce sujet. Au sein même de la Diète, d'unanimes et graves récriminations contre le Conseil s'élevaient de tous côtés, et personne ne voulait plus rien avoir à faire avec les conseillers1. ••

Les princes alliés de Trêves, du Palatinat et de la Hesse avaient été les premiers « à soulever l'orage », indignés qu'ils étaient d'un jugement rendu par le Conseil et portant que les possessions enlevées par Philippe de Hesse à Frowin de Hütten seraient restituées à ce dernier 2. Le Conseil, déclara au nom des princes le docteur Venninger, savant légiste en droit romain, n'avait mis aucun zèle à s'opposer aux agissements révolutionnaires de Sickingen. Loin de le combattre, il avait pris ses partisans sous sa protection. Frowin de Hutlen, en faveur duquel le Conseil, de sa propre autorité et sans réclamer l'opinion de la Chambre impériale, avait prononcé ce jugement plein de partialité3, était publiquement connu pour le complice avoué de Sickingen; ce fait ressortait clairement des lettres qu'il avait écrites tant à ce dernier qu'à Nickel de Mînckwitz; toutes les affaires secrètes traitées au Conseil et dans les Diètes précédentes, Frowin en avait été instruit, de sorte « que le Palatinat, Trêves et leurs délégués avaient été moins bien informés que Sickingen de tout ce qui se passait au Conseil ou à la Diète ». « Or de quel carquois étaient sorties ces flèches? Il était plus prudent de le laire que de le dire. » C'était à tort qu'on reprochait aux princes alliés d'avoir eu le dessein d'opprimer la chevalerie et la noblesse; l'injustice de ce reproche était manifeste. « Leurs Grâces n'en éprouvent pas une petite surprise, car la vérité est que les plus honorables de la noblesse se sont bieu conduits; sans eux, il eut peut-être fallu s'en remettre uniquement à la miséricorde divine. » Ce que les princes alliés avaient tenté pour châtier les perturbateurs de la paix, ils ne lavaient fait que dans l'intérêt de l'Empire, car les complots de Sickingen avaient été si bien ourdis que s'ils avaient réussi, il fût devenu impossible de savoir .< qui était roi, empereur, prince, comte, commune, ou n'importe quoi ». Attaquer ou amoindrir la majesté de l'Empereur n'était jamais venu à la pensée des princes alliés : « Ne savaient-ils pas bien », disait Venninger, s'in-

1 Voy la note 4, p. 336.

* Voy. I'i.mvnn, p. 396.

'Nulle part les lois de l'Empire ■ ne donnent au Conseil de régence le pouvoir d'instruire les causes et de prononcer des jugements. Ce droit était réservé à la Chambre imperiale. »

Page 1