RESPONSABILITÉ DES PRINCES DANS LÀ DEMORALISATION DU CLERGE
les abbayes », lit-on dans une adresse des Étals bavarois à leurs ducs, adresse où sont rapportées les justes plaintes du pays sur les chasseurs, fauconniers et leur suite; « non- seulement il faut leur donner à manger et à boire jour et nuit, mais encore leur servir tout ce qu il y a de meilleur, à eux et à tous ceux qu'ils amènent avec eux, sans aucuue nécessité. Parfois, il est vrai, les princes publient des édits interdisant ces excès, mais de si faibles mesures n'obtiennent que fort peu de résultats '. »
Le droit de spoliation, qui s'exerçait à la mort des prieurs et des curés, était également regardé parles princes comme k un très-légitime exercice du pouvoir souverain », et souvent leurs intendants se conduisaient alors avec une teile brutalité, ■ que cela était vraiment scandaleux et lamentable à voir ». On lit dans un écrit du temps qui mentionne ces abus comme étant de notoriété publique : « Dès qu'un curé est sur son lit de mort, les avocats faméliques, les valets de la justice laïque envahissent sa maison; ce sont les chasseurs d'argent, les pêcheurs de biens d'Église! Ils s'établissent sur le bien du curé, et vivent de ses revenus, dévorant tout ce qui se trouve dans sa maison, en usant comme si c'était leur propriété légitime; et lorsque arrive enfin la mort du pasteur, il ne reste plus même de quoi payer ses dettes ä. » « Nous avons de trop justes plaintes à formuler », écrivent un peu plus tard plusieurs clercs du diocèse de Passau; « dès qu'un curé vient à mourir, souvent même avant son décès, la cure est envahie par les huissiers des tribunaux laïques, et les jours se passent en excès de mangeaillc, en banquets; il semble que ce soit la fête patronale, et l'héritage du défunt se trouve tellement diminué par ces bombances, que souvent c'est à peine si l'ordinaire peut obtenir la portion de cauonicat qui lui revient, et que les créanciers ne parviennent pas à se faire payer. De plus, ces gens de justice ont 1 effronterie de montrer ouvertement leur allégresse aux pauvres curés sur le point de mourir; ils ne leur cachent point qu'ils se flattent de mener bientôt chez lui un joyeux train. La
1 Voy. les documents fournis par Sugenheim, p. 261-206. Plus tard tes choses n'allèrent pas en s'améliorant. Sugenheim a publié un mémoire inédit du nonce du Pape 1519), où il est ilil à propos du clergé bavarois : « Veuatores monasteria et parochias, ibidem ad libitum victitando. praeter motum fréquentant ac molestant, in quibus etiam imperiose versantur, et qua* voluni potius immoderate extorquent quam pétant. Quae res personarum rej;ulariuni non solum bonis, sed etiam iustitulo et profession, plurimutn obest, maxime guod per conduit veuatores eliam midieres aliguando introducunlur. -
* Clag eines ein/eltig Klosterbruders, Bl. A'". I il;' bulle du pape Sixte IV adressée à
l'évêque de Passau (1477) dit à propos des ■ advocati, precones et alii ofliciales Kculares ■ : ■ Vacantes pra-terea ecclesias et illarum domus ac bona sub gravissimis et inutilibus expensis in crapulis et commessationibus aliisque scandalosis actibus custodire contendunt... » Mon. Boicv, 31b, p. 558.
3tî2 GEORGES II E SAXE SUR L'ÉTAT MORAL DU CLERGÉ.
conséquence de tout cela, c'est que le peuple perd tout respect, toute obéissance envers le clergé. » Les États de Bavière font entendre à plusieurs reprises les mêmes plaintes : « S'il arrive qu'un curé ou autre ecclésiastique ait quelque chose à laisser après lui, les autorités laïques accaparent aussitôt son héritage, et les créanciers, les héritiers réclament vainement ce qui leur est dû. Pour toute réponse «à leurs réclamations, on leur assigne des délais sans fin, et pour raisons, des frais de justice onéreux. La cause est si longtemps en suspens que bien souvent, avant qu'elle soit jugée, l'héritage s'en est allé en fumée '. »
< En somme », comme le disent fort bien les Plaintes d'un simple moine, « les laïques, princes et nobles veulent être les maîtres dans l'Église, disposer des meilleurs emplois, et remplir peu ou point les obligations que le devoir de leur charge leur impose. Ils ne songent qu'à établir des clercs qui leur soient dévoués dans les charges dont ils disposent, pour se faire ensuite payer ce bon office. Ils troublent l'ordre et la paix des cloîtres et des abbayes, et mènent une vie de débauches, dont les biens d'Église font tous les frais; puis ils se posent en censeurs intègres et s'écrient hypocritement : « 0 la corruption du clergé! » 0 pharisiens, sans doute Dieu se sert de vous pour châtier sévèrement son peuple ! »
Cette conduite « pharisaïque » des princes laïques, personne ne l'a mieux caractérisée que l'un des plus nobles d'entre eux, le duc Georges de Saxe. Voici comment il s'exprime dans une instruction rédigée pour ses chargés d'affaires, et écrite de sa propre main : « On nous parle beaucoup des nombreux abus qui existent; mais les plus regrel tables, ceux dont le monde entier est maintenant et surtout scandalisé, on les passe sous silence ; or ceux-là viennent de nous. L'origine de l'hérésie que Dieu a permise parmi nous, c'est très-évidemment la manière défectueuse dont les prélats sont élus, car Dieu a dit : Celui qui n'entre pas dans la bergerie par la porte, celui-là n'est pas le vrai pasteur. Malheureusement, et ce n'est pas actuellement le moindre scandale de la Chrétienté, nous autres Ordres laïques, grands et petits, nous ne faisons aucune attention à cette divine parole. Nous briguons pour nos enfants, nos frères et nos amis les dignités épiscopales et les honneurs de l'Église, et sans nous préoccuper de la porte, nous ne pensons qu'à la manière d'y faire pénétrer les nôtres; que ce soit par le seuil ou par le toit, peu nous importe, Cette manière d'agir nous est deve-
1 Voy. Sugenheim, p. 266-271. Dans le même ouvrage on trouvera un ;;iand nombre de documents relatifs à cet abus, que les synodes combattaient en vain.