G BORGES DE SAXE SU 15 L' É T AT MORAL DU C L B R GÉ. 3G
nue si naturelle, qu'il semble que non-; voulions aller bien vile en enfer par ce chemin; il s'ensuit que les brebis suivent les pasteurs, et encourent avec eux les châtiments de Dieu, comme malheureusement nous ne le voyons que trop
b Secondement, nous autres princes laïques, auxquels Dieu a remis la puissance (et Dieu veuille qu'il n'en soit pas ainsi parmi les princes ecclésiastiques!), voici comment nous agissons : Comme nous avons entre nos mains les biens des couvents et des abbayes, la cupidité nous tourmente au sujet de ces mêmes biens, de sorte que trop souvent nous sommes beaucoup plus préoccupés de savoir à qui appartient telle ou telle abbaye, pour nous efforcer de l'accaparer et pour être en état de maintenir notre rang, que de nous informer si l'on y mène une vie chrétienne, si la règle y est observée. L'ambition qui nous dévore, si elle ;i grossi les revenus des gouvernants, a nui grandement, pendant ces temps de désordre, à plus d'une communauté. Dans ces questions nous avons entièrement perdu de vue la charité envers Dieu et envers le prochain, et nous ne nous sommes pas demandé si notre conduite n'entraînait pas nos frères dans un crime damnable; nous n'avons eu souci que des moyens de soutenir notre train fastueux. > Georges ajoutait que ceux qui se plaignaient le plus du clergé ne parlaient jamais des abus bien autrement graves dont ils étaient eux-mêmes les auteurs. « Autrefois une coutume salutaire et louable voulait que parmi nous ceux qui manifestement avaient forfait à Dieu et à l'honneur, ne fussent plus soufferts ni tolérés dans la société des gentilshommes qui se piquaient d'être honnêtes; chacun les évitait, comme on fuit les sources empoisonnées. Les usuriers, les adultères, les déserteurs, les traîtres, les parjures, tous les gens souillés de vices notoires étaient exclus de notre compagnie. .Maintenant cette honnête manière d'agir est abandonnée, ce qui n'est pas une des moindres causes des scandales qui se produisent, n Pourquoi ne porte-t-on pas plainte contre les moines et les religieuses qui ont déserté leur couvent? .N'ont-ils pas failli à l'honneur, oublié le serment qu'ils avaient prêté devant Dieu et devant les hommes? Par conséquent ne sont-ils pas parjures? ne doivent-ils pas être traités comme tels? » « Tous les jours », poursuit le duc, « des épures calomniatrices et des livres pernicieux se répandent, et prônent l'Évangile luthérien; les chrétiens restés fermement attachés à l'Église chrétienne sont honnis. Les prédicanls ne cessent d'exhorter les moines et les religieuses à abandonner leurs monastères; s'ils ne le font, ils les menacent des peines éternelles; s'ils renoncent à leurs vœux , ils leur promettent le bonheur et les plaisirs de la chair. Puis, aussitôt que les moines les ont écoutés, on les entretient, ou les aide dans les principautés envi-