GEORGES DE SAXE SUR L'ETAT MORAL DU CLERGE
mal ne vienne à envahir toute la main. De même si, dans un cloître, il s'est trouvé un ou deux moines indignes de leur saint état, il ne s'ensuit pas qu'on doive chasser tous les religieux. Si ces choses et d'autres encore étaient mieux comprises, on pourrait espérer le retour à Dieu de plus d'une âme. »
« Mais il n'est jamais question de réforme; on ne parle que du renversement total de lout ce qui existe; les princes, les comtes, les autorités des villes peuvent blasphémer impunément le Saint Sacrement, le fouler aux pieds, détruire les abbayes, prendre et dévorer le fruit des aumônes, chasser du couvent les vierges consacrées à Dieu ou les en arracher de force. Toute obéissance est anéantie, de sorte qu'il est à craindre que le sort de l'empire grec ne soit réservé à l'empire allemand. Luther et son Évangile ont si bien fait, qu'il est rare que, dans une maison, on rencontre entre les membres d'une même famille quelque conformité de sentiment. De plus, Luther a rejeté tout droit écrit, et soutient que la loi est dans la conscience, et non dans les codes. On peut donc aisément en conclure que, s'il en est ainsi, il n'y a point de droit du tout. Aussi tout homme accusé de quelque méfait s'absout devant sa conscience et crie à l'injustice s'il est poursuivi. En détruisant l'Église, son unité, sa hiérarchie, on a donné à l'individu la liberté de se faire une morale à lui, et personne n'a plus confiance qu'en son propre jugement. Ainsi les esprits sont divisés, et il y a plus de sectes et d'hérésies que la loi chrétienne n'a d'articles '.
1 Actenstiicke aus dem Dresdener Staatsarchiv, dans HÖFLER, Denkwürdigkeiten der Charitas I'irk/uimer, LVIII-LXXIV, que Uöfler ran^e avec raison - parmi les sources les plus importantes de l'histoire de la reforme ■. Voy. aussi l'instruction du duc Georges pour ilans de Schönberg. CVII-CXII.