LE NOUVEL EVANGILE DANS LES VILLES LIBRES
aussi des abus de la justice ecclésiastique et laïque, voyaient avec la plus vive satisfaction « qu'enfin l'on commençait à savoir ce qu'il fallait penser du clergé, à comprendre qu'en toutes choses il devait obéissance au pouvoir temporel, à se dire que les biens qu'il possédait et dont il jouissait contrairement à toute équité, devaient être remis en de meilleures mains ». Sans être aucunement inquiétés, souvent même appelés par les conseils des villes, les prédicants avaient libre accès dans les cités; la plupart étaient d'anciens religieux; ne mettant pas le moindre ménagement dans leurs procédés, ils déblatéraient contre « le culte idolâtrique de la messe », les prêtres,
vraies idoles ointes, les biens injustement acquis des ecclésiastiques, le jeûne, la confession, les pratiques de pénitence, etc. ». Ils élevaient si haut « la liberté évangélique », que sous l'impulsion de leur parole, la foule, ainsi que cela s'était déjà vu à Erfurt et à Wittemberg eu IÔ22, se croyait parfois autorisée aux actes de violence les plus iniques. Au reste, les prédicants, loin de s'accorder, étaient animés les uns envers les autres de dispositions» agressives, haineuses, qui faisaient le plus grand tort à la cause de l'Évangile épuré ».
Pour remédier à ces graves inconvénients, les délégués des villes réunirent à Spire les États des cités (juillet 1524). Comme à ce moment ledit impérial interdisant l'assemblée de Spire n'avait pas encore été publié, on eût pu s'attendre à ce que les villes, au lieu de prendre l'initiative, s'abstiendraient d'anticiper sur les décisions de cette espèce de concile laïque, qui devait si prochainement se réunir. Au lieu de cela, elles-mêmes, de leur propre autorité, s'arrogèrent le pouvoir de décider en matière de foi, et rédigèrent à Spire une déclaration qui, dans la suite, devait avoir les plus graves conséquences pour l'organisation du nouveau système religieux.
« Le saint Évangile et la parole de Dieu », dit le procès-verbal des États de Spire (18 juillet!, s'étant répandus dans les villes libres de l'Empire pour le salut des âmes et le progrès de la charité fraternelle ■■■, un fâcheux désaccord s'était mis daus les esprits par la faute de prédicants ignorants, et ce malentendu pouvant porter un grave préjudice à la foi du peuple fidèle, il était urgent que chaque ville prit à cœur la situation actuelle. Toute cité avait le devoir, autaut que la chose lui sérail possible, de se renseigner auprès de ses prêtres et prédicants, et de faire en sorte qu'à l'avenir le saint Evangile seul, dans toute son intégrité et pureté, conforme en tout aux saints livres apostoliques et bibliques1, fut prêché et expliqué; toute doctrine jugée susceptible d'exciter les émeutes et les querelles devait être rigoureusement interdite.
I non plus « d'après l'interprétation (tes docteurs approuvés par l'Église universelle . comme portait encore le recez de Nuremberg.