LES DOUZE ARTICLES PRINCIPAUX DES INSURGÉS
Les « douze équitables articles » présentés par les paysans et vassaux des souverains spirituels et temporels, rédigés dans la haute Souabe et propagés ensuite dans tout l'Empire, se fondaient tous sur L'Évangile, sur la • parole de Dieu1 ».
Nous lisons dans l'avertissement qui les précède : « Des écrits impies et criminels ont attribué au saint Évangile la responsabilité de l'insurrection qui éclate. Mais sachez que l'Évangile n'engendre que l'amour, que la paix, que la patience; les paysans ne sont point des révoltés ; leurs articles ne réclament qu'une chose : le droit de faire prêcher l'Évangile littéral et d'y conformer leur vie. Nous prenons pour notre loi suprême et fondamentale le sens littéral de l'Évangile, nous et tous ceux que nous avons chargés de définir le « droit divin » contenu dans le saint livre. »
Le premier article revendiquait pour chaque commune le droit et le pouvoir d'élire son pasteur, ou de le déposer dans le cas où il deviendrait infidèle à son mandat. Le pasteur élu ne devait prêcher que l'Évangile tout pur, sans mélange de doctrine ou de prescriptions humaines, et sans y rien ajouter qui fût de l'invention des hommes. 11 ne devait enseigner que la vraie foi.
Dans les articles concernant le droit civil, les paysans posaient les réclamations suivantes, uniquement fondées, disaient-ils, sur le « droit divin » :
L'Ancien Testament avait établi les dîmes, mais le Nouveau affranchissait le chrétien de toute obligation semblable. Cependant les paysans consentaient à payer encore la dime du blé, qui servirait désormais à l'entretien du curé élu par la communauté, au soulagement des nécessiteux et à la diminution des charges. Mais toute
devenus envieux, ils ont refusé de se soumettre à la noblesse, et se sont laissé mener par des misérables, des fous, des envieux, des moines échappés de leurs couvents, des prêtres apostats. Aussi ont-ils été réduits à endurer des traitements qui leur étaient absolument inconnus dans le passé, ce que nous pouvons attester, ayant sur ces questions de sûrs renseignements. Ces mauvais conseillers sont donc responsables des maux que le peuple a soufferts dans son corps, son honneur et ses biens, et aussi de tout le tort fait à son âme. Tout le mal est venu du jugement privé et de l'abandon de l'unité chrétienne, et parce que chacun a voulu expliquer l'Evangile à sa fantaisie, refusant de s'en l'émettre au sentiment et à la loi de l'Église chrétienne. » Instruction de Georges dans IIöfler, Denkwürdigkeiten der Charitas Pirkheimer, LXXIII.
1 Sur la question si controversée des origines et des auteurs des douze articles, voy. le travail de Stern {Die zwölf Artikel der Bauern, etc.). Stern pense que le prédicant de Waldshut, Balthasar llubmaier, en est l'auteur. Voy. aussi le travail de Baumailll (Die oberschwäbischen Bauern, etc.). Voy. Stern dans les Forschungen zur deutschen Geschichte, t. XII, p. 477-513. Il est d'avis qu'une complète certitude sur cette question n'est pas encore possible. Il reste sur ce point des obscurités que je ne puis dissiper », dit-il. Dans l'appendice, p. 513-519, Stern a donné le fac-similé du plus ancien exemplaire connu des douze articles. — Voy. de plus complètes indications sur l'origine des articles, dans B.vumann, Acten, p. 285-287, note.