INSTRUCTION CHRETIENNE
de Weeze parak considérable si on le compare, soit à celui de l'architecte de la cathédrale de Francfort, qui recevait annuellement de 10 à 20 florins ', soit à celui du premier chambellan de la mère du prince Philippe, électeur palatin, qui ne dépassait pas 30 florins 9.
« Les autorités constituées et les instituteurs de la jeunesse ont droit au même respect, à la même estime », dit le Guide de l'âme. « Les maîtres d'école ont bien du mal et du travail pour élever et maintenir les enfants dans Tordre et la discipline chrétienne. S'ils le font, tu dois les respecter, les aimer et chercher à leur être agréable3.»
En quoi consistaient cet ordre et cette discipline chrétienne? Albert Dürer nous en donne quelque idée dans les vers placés par lui au bas d'une de ses gravures, datée de 1510. Celte gravure représente un instituteur qui tient un bâton dans sa main droite, et dont la main gauche repose sur un livre ouvert. Devant lui, assis sur des escabeaux, sont rangés des écoliers qui paraissent écouter avidement la leçon. Un encrier est suspendu à leur ceinture. Voici ce qu'on lit, entre autres choses, dans la leçon qui leur est dictée :
« Que celui qui veut devenir sage et prudent en demande la grâce à Dieu pendant toute sa vie. Évite soigneusement toute mauvaise médisauce, afin d'en être un jour récompensé. Empêche aussi les autres d'interpréter en mal tout ce que fait le prochain, tu préserveras ainsi ton cœur de toute amertume; l'envie et la haine en seront bannies, et ceux qui t'écouteront apprendront à te juger favorablement. Dis ton opinion avec simplicité et droiture. Reste vrai, ne mens pas. Ne cherche jamais par ruse et finesse à paraître autre que tu n'es au fond de ton cœur \ »
Toute éducation chrétienne devait commencer dans la famille. Tel était le désir formel de l'Église. La maison chrétienne devait être la première école de l'enfant. « Les enfants sont tout particulièrement l'espoir de l'Église », lit-on dans le Guide de l'âme. « Il faut donc com-
1 Voy. GWINXBR, Kunst und Künstler in Francfurt, 6-7.
2 Voy. ÜADTZ, Urkundliche Geschichte der Stipendien und Stiftungen am Lyceum sa Heidelberg (Heidelberg, 1856).
1 P. 17. Vérifier les citations dans Meistrr, p. 26-27.
* HELLER, p. 683-685. — Thansing, Durers Briefe, p. 155-157. Le revers de médaille du système scolaire de ce temps, c'est le changement trop fréquent des instituteurs et la conduite de ceux qu'on appelait les « écoliers de passage, bacchants et arquebusiers •. Voy. Netteshf.im, p. 113, 131.
mencerpar bien exhorter les parents, afin qu'ils élèvent leurs enfants dans la discipline chrétienne et le respect de la religion. La maison doit être, pour les enfants, dès l'âge le plus tendre, la première école et la première église. Mère chrétienne, lorsque tu tiens sur tes genoux ton enfant qui est l'image de Dieu, fais le signe de la sainte croix sur son front, sur ses lèvres et sur sa poitrine. Prie avec lui dès qu'il pourra parler, afin qu'il répète, après toi, ta prière. Tu dots bénir ton enfant, lui enseigner la foi, le conduire de bonne heure à confesse, et lui apprendre comment il faut faire pour bien se confesser. » « Les pères et mères doivent donner à leurs enfants l'exemple d'une bonne et honorable conduite, les mener à la grand'messe, au sermon et aux vêpres les dimanches et jours de fête; outre cela, il est bon de les conduire à la messe de la semaine de temps en temps. Les parents doivent les punir aussi souvent que cela est nécessaire. » « Les parents sont obligés », dit le catéchisme de Dederich Coelde (chap. xxxvn) « d'apprendre à leurs enfants, eu langue allemande, le Notre Père, Y Ave Maria, le Credo et différents points de doctrine contenus dans ce livre. Item : on doit encore leur enseigner à honorer Marie, mère de Dieu, leur ange gardien et tous les saints de Dieu; le soir et le matin, les parents doivent bénir leurs enfants, et le soir les faire agenouiller devant leur lit pour remercier Dieu. Item : il faut que les enfants soient instruits dans la religion dès leur jeunesse, car dans l'âge mûr ils ne sont plus flexibles, et ne veulent ni ne peuvent plus bien faire. Les parents doivent apprendre à leurs enfants le Bénédicité, les Grâces, et à louer Dieu. Les enfants doivent être formés à la modération dans le boire et le manger, et à marcher modestement dans les rues. Item : il faut les habiller simplement et non d'une façon mondaine, et les conduire à l'église pour entendre la messe, les vêpres et le sermon. On doit encore leur enseigner à servir la messe. Les parents doivent inspirer à leurs enfants le respect pour les supérieurs, les tenir éloignés des mauvaises compagnies, les punir avec modération, mais, lorsque cela est nécessaire, leur faire sentir fortement la verge. De la mauvaise éducation dans la famille, est-il dit au commencement de ce chapitre, viennent la plupart des maux de ce monde. Le salut de l'enfant dépend d'une discipline sévère. Les parents qui laissent grandir leurs enfants dans l'exercice de leur propre volonté se préparent à eux-mêmes la verge. Hue la maison chrétienne soit un temple chrétien, mais surlout les dimanches et autres saints jours, quand tous, père, mère, enfants, serviteurs et servantes, jeunes et vieux, sont réunis, pour louer Dieu, prier et lire. Ils pourront aussi chanter, jouer et se réjouir. » — « C'est surlout en ces saints jours que les parents doivent donner à leurs enfants l'aliment de la doctrine chrétienne; qu'ils fassent donc