‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 560 sur 630 · INSUCCES D'ULRICH · texte numérisé non relu

INSUCCES D'ULRICH

nant à sa suite cent cinquante hommes de pied. Ils donnent pour raison de leur défection que le duc Ulrich, après leur avoir beaucoup promis, ne leur donne point d'argent et n'en a pas davantage1. »

Cependant Ulrich avait réussi à surprendre quelques villes et s'avançait vers Stuttgard; mais bientôt une nouvelle fatale à ses intérêts vint arrêter tous ses projets. Son protecteur et bienfaiteur, François Ier, venait d'être vaincu et fait prisonnier par les Impériaux à la bataille de Pavie(24 février 1525)*. Le 10 février, François écrivait encore à Ulrich qu'il espérait avoir bientôt « de bonnes nouvelles à lui mander », et voilà qu'il se voyait lui-même réduit à la plus triste extrémité. La diète suisse, dès qu'elle eut appris l'événement, se hàfa de rappeler ses hommes d'armes, leur enjoignant d'obéir sans délai, sous peine de ban ou de rigoureux châtiments; mais avant même d'être informés de cet ordre, plusieurs milliers de Suisses s'étaient débandés, mécontents de n'avoir pas reçu leur paye jusquelà, et se conduisant, selon l'expression d'Ulrich, « comme de misérables parjures et des déserteurs infâmes ». Cet exemple influença le reste de l'armée; tous les jours, les rangs s'éclaircissaient, si bien que le duc se vit enfin contraint de chercher son salut dans la fuite 3. Le 17 mars, il était de retour à Hohentwiel. « Que toute l'affaire aille aux cinq cents diables! » disait-il. La ligue souabe, commandée par le sénéchal Georges de Waldbourg, avait eu vraiment peu de peine à mettre à la raison ce fou dangereux, et sa retraite lui fut très-avantageuse, car elle eut ainsi la main libre, et put concentrer toutes ses forces contre les paysans de la haute Souabe. « Mais la révolte d'Ulrich avait coûté la vie à des centaines de pauvres gens, et ses secrètes intelligences avec la plus vile populace laissaient encore redouter bien des maux4. »

« Je ne cacherai pas à Votre Grâce », écrivait d'Ulm à l'évêque de Wurzbourg le docteur Nicolas Geys, conseiller du prélat, « que, bien que le duc de Wurtemberg, ses lansquenets et ses Suisses se soient retirés, les uns en Suisse, les autres à Hohentwiel, les paysans

1 Voy. SCHREIBEN, t. II, p. 15-16.

2 Le 10 mars 1525, l'archiduc Ferdinand écrivait au sénéchal Georges « qu'il se confiait en Dieu, et que, puisqu'il avait vain u les principaux appuis du duc, les Français et les Suisses, et que les intrigues du roi de France, si nuisibles à lui et à la maison d'Autriche, venaient d'êire déjouées, la victoire sur de moindres ennemis serait sans doute la conséquence d'un si heureux début. » — Baumann, Aden, p. 1ii)-150.

3 Ulrich, > au désespoir et versant des larmes, promit aux soldats qu'ils pourraient retenir en caution les terres qu'ils allaient conquérir. Tout fut inutile. » — Ketzlkk, Sabbala, t. I, p. 365.

* Voy. Stalin, t IV, p. 263-268. Rapport d'un agent de l'archevêque Richard de Trêves; voy. plus haul, p. ü)5

de Souabe ne se calment point; ils sont toujours en nombre, ils vont même se fortifiant tous les jours. Depuis Augsbourg, entre les montagnes et le Danube, jusqu'à Ulm, et de là entre lesdites montagnes et la principauté du Wurtemberg jusqu'au lac de Constance, les paysans et vassaux sont tous exaspérés contre leurs seigneurs. On prétend que le Wurtemberg va se soulever à son tour. Les bourgeois d'Àugsbourg sortent de la ville, tambours et clairons en tête, pour se joindre aux paysans. Il y a là un conseiller qui, soutenu par certains riches bourgeois, ne se donne pas peu de mal. Nous avons reçu la nouvelle que les paysans du Ries se soulèvent. Ils se sont réunis sur une montagne, et l'on dit que ceux de Bade doivent avant peu les rejoindre. D'ici jusqu'à Ulm, on entend maudire les moines et les prêtres comme autrefois on maudissait les Juifs. Ce qu'il en adviendra, je ne saurais le dire à Votre Grâce. Les événements sont pénibles et rapides, et la ligue semble encore impuissante1. »

Depuis l'organisation de 1' « Union chrétienne » , les révoltés souabes étaient devenus de plus en plus mutins et hâbleurs. Les « douze articles » propagés par les paysans de la haute Souabe avaient été reçus avec empressement par ceux du sud de l'Allemagne. Imprimés, distribués dans tous les territoires comme le « véritable Évangile populaire », ils avaient pénétré jusqu'en Livonie et en Esthonie. La gravure du frontispice représentait une bande d'insurgés armés de piques, commandés par un chevalier coiffé d'un haut chapeau à panache, portant une bannière où était peint un agneau pascal, et monté sur un cheval de bataille.

Le parti modéré des paysans ne tarda pas à être débordé par le parti radical, et bientôt de nombreuses voix s'écrièrent : « 11 nous faut un empereur! « Sur les rives du Danube, dans le Burgau, Leipheim était le centre du mouvement. En 1524, on ne sait quels rustres ignorants, prêtres ou simples chrétiens, s'étaient mis à exercer dans la cité les fonctions de pasteurs. Le curé de Leipheim, Hans Wehe, avait pris l'initiative de la destruction des images. « 11 souhaitait fort voir la messe abolie; s'il n'eût craint de pécher contre la charité fraternelle, il eût voulu massacrer autant d'hommes qu'il avait dit de messes en sa vie. » On assurait qu'il encourageait les paysans à bannir toute crainte; combattant pour le saint Évangile, ils pouvaient être certains que rien ne pourrait leur nuire, et qu'ils resteraient invulnérables au milieu des balles et des piques2.

1 Voy. Laurent Fries, p. 7-8.

* Voy. ces passades dans Baum ,v\n, Quellen, p. 59-60, 252. A Leipheim, les femmes surtout étaient ardentes; c'étaient elles qui entraînaient leurs maris à la ré-

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