FORFAITS DES REBELLES
Le 19 mars, sept mille révoltés organisaient dans la vallée de Mindel et de Kamlach les trop célèbres « bandes rouges ». Le 26, les habitants de l'Algau et de Ballringen commençaient à piller et à détruire églises, couvents et châteaux.
Quelques emprunts faits aux récits du temps pourront nous donner une idée de la férocité brutale de ces hordes dévastatrices.
Nous lisons sur le pillage du couvent et de l'église collégiale de Kempten : Les tenanciers de l'abbaye et les paysans de l'Algau se rendirent en tumulte au monastère, et s'emparèrent de tout ce qui s'y trouvait. Ils se gorgèrent de viande et se soûlèrent au delà de toute mesure, sans remords, sans nulle crainte de Dieu. Ensuite ils commencèrent le pillage de la sainte maison; ils saccagèrent tout, et ne laissèrent pas un seul clou dans les murailles. Tout ce qui décorait l'église fut brisé, les autels, les tableaux mis en pièces. Ils firent main basse sur les tentures de carême, les ornements des prêtres, les missels, les livres d'heures. Ils brisèrent ou emportèrent les calices, et tout ce qui sert au culte. Ils assommèrent les bestiaux, les moutons, pour suffire à leurs ripailles. Us firent vendre le blé à la ville, brisèrent ou emportèrent tous les meubles sans exception, brisèrent les verrières de l'église, se conduisant outre cela comme des brutes et comme des impies. Le vendredi saint (14 avril), en ce jour sacré entre tous, il semblait que le diable se fût complètement emparé d'eux; ils démolirent la chapelle du Saint-Rosaire avec sa voûte, jetèrent bas les tableaux, et abattirent la tète de la statue de Notre-Dame. Beaucoup de gens désœuvrés de Kempten étaient accourus au couvent, bien qu'on le leur eût défendu, et y faisaient peut-être plus de mal encore que les paysans1. « Ces furieux brisèrent la tète de toutes les statues de notre Rédempteur et de sa Mère bénie; l'Enfant Jésus, que la Madone tenait entre ses bras, fut brisé en deux morceaux; les statues des chers saints furent mises en pièces, lancées violemment sur le sol, profanées et jetées au loin. Ils ont été assez impies pour répandre par terre l'eau baptismale; ils ont brisé la cuve des fonts et en ont emporté les débris. Le tabernacle, dont l'ornementation avait coûté si cher, a été démonté, brisé. Le Saint Sacrement a été retiré du saint ciboire, et ces sacrilèges l'eussent jeté à terre, si un prêtre ne se fût trouvé là pour s'y opposer i. »
volte. — Voy. Seidemann, Thomas Mûnzer, p. loi, note 2. [Le conseil de Meminingen ordonna de jeter en prison toutes les paysannes convaincues d'avoir parlé de poison ou d'incendie. Voy. Baumann, Acten, p. 15.
1 Chronik des Stiftes Kempten, dans BAUMANN, Quellen, p. 382-383.
- Kappori du prince-a!>l>é de Kempten, dans Baumann, Uten, p. 331-332.