‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 569 sur 630 · INSURRECTION A ROTHENBOURG SUR LA TAUBER · texte numérisé non relu

INSURRECTION A ROTHENBOURG SUR LA TAUBER

regarder faire, et les laissait libres d'agir à leur fantaisie et de se réunir les uns aux autres, les paysans accoururent de toutes parts, et la horde devint tous les jours plus redoutable. L'audace des révoltés allait aussi en augmentant. Dès qu'ils avaient établi leur camp dans un eodroit, les couvents étaient envahis, les presbytères pillés, les coffres et les caves vidés, et l'on faisait ripaille avec tout ce qu'on trouvait à boire ou à manger. Cette nouvelle manière de comprendre la fraternité plaisait extrêmement aux paysans, car pour la pratiquer il ne s'agissait que de bien se soûler, de manger, de boire et de ne plus payer d'impôt. On a rarement vu une réunion de gens plus grossiers, plus goulus, plus ivrognes. S'ils n'avaient commis plus d'un assassinat et mis le feu aux châteaux, je me demanderais si leur conduite ne doit pas plus justement s'appeler farce de carnaval que guerre; les paysans, comme chacun sait, sont portés à faire du tapage, à se livrer à la licence et à la folie pendant les jours du carnaval. C'était bien plutôt une échauffourée de rustres, une bataille d'ivrognes, qu'une guerre proprement dite. Pour abréger, personne ne sut se défendre. Les paysans apportaient avec eux leur capital. Ce qu'ils trouvaient en plus était bénéfice net1. »

Rothenbourg était le foyer de l'émeute; de nombreux prédicants, missionnaires ambulants ou résidant dans la ville, y prêchaient la « liberté évangélique ». Un paysan des bords du Ries parlait « en maint endroit, mais principalement dans la plaine où était établi le tir à l'arquebuse, et le peuple se pressait autour de lui ». « D'autres orateurs prêchaient sur la place du marché, dans les rues, dans les cimetières, faisant part à leurs auditeurs de ce qu'ils avaient trouvé dans leurs livres concernant les idées nouvelles. » « Tout ce qui, dans leurs discours, accusait les autorités était avidement recueilli par la foule. Les ouvriers interrompaient de temps en temps l'orateur pour faire valoir leurs griefs personnels, avec grande abondance de paroles et force imprécations séditieuses. Tout cela se passait au grand jour, personne ne songeait à s'y opposer2. » Parmi les prêtres apostats, le Carme aveugle Hans Schmid, surnommé « le renard », et le prédicant de la chapelle Sainte-Marie, Jean Deuschlin, le même qui avail poussé le peuple à assaillir la synagogue et à tomber sur les .Juifs, se faisaient surtout remarquer. Ces deux exaltés attaquaient avec violence les pouvoirs spirituels et temporels, et soutenaient que personne n'était obligé de payer au clergé une redevance quel-

' Laurent Fuies, 9-10, 22-23, 30. — Voy. 6f-65.

* Thomas Zweifel, dans BaDMaNN, Quellen aus Rotenburg, p. 11-12.

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