‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 570 sur 630 · INSURRECTION A ROTHENBOURG SUR LA TAUBER · texte numérisé non relu

INSURRECTION A ROTHENBOURG SUR LA TAUBER

conque. « Aussi le peuple était-il de plus en plus irrité contre l'autorité, et goûtait-il de plus eu plus les sermons de Deuschlin. Les bourgeois se rassemblaient dans la maison de ce dernier. » Carlstadt, chassé de Saxe et de retour à Rolhenbourg, était, avec ces deux hommes, « la cheville ouvrière et le principal moteur de la révolution ». La doctrine de la charité fraternelle et évangélique, qui prescrit la communauté de biens et condamne tout pouvoir humain, « séduisait extrêmement l'homme du peuple des villes et des campagnes ». Il voulait qu'à l'avenir nul ne pût posséder une fortune plus élevée que celle de ses frères, et qu'on fût obligé de prêter à qui était dans le besoin, sans que personne pût jamais exiger le remboursement de ce qu'il avait avancé. Peu à peu, comme cela s'était déjà vu ailleurs, un parti puissant, composé de prolétaires, de bourgeois ruinés, de petits hobereaux des environs et d'« intrigants de villages », se forma dans la ville. Tous prétendaient n'avoir en vue que l'établissement de l'Évangile et l'abolition de ce qui était contraire au texte littéral de la parole de Dieu, car « toute plante que le Père céleste n'avait pas plantée devait être déracinée . Beaucoup de bourgeois pactisaient ouvertement avec les paysans révoltés, et promettaient de les faire pénétrer dans la ville, pour piller et massacrer avec eux les conseillers et les riches.

Ktienne de Menzingen, autrefois au service d'Ulrich de >Vurtemberg, jeune noble plein de capacité et d'énergie, élait l'un des chefs du mouvement. Il avait le don de la parole, mais son caractère était « double et faux1 ». C'est à son instigation que, vers la fin de mars 1525, l'aucien gouvernement de la ville fut renversé, et bientôt après le culte catholique aboli. « Le 24 mars », dit une relation du temps, on a brisé dans le cimetière la tête et les bras du grand crucifix. Le vendredi saint, tous les offices ont été supprimés. Jean Deuschlin seul a prêché; il a accablé d'injures l'Empereur, les rois, les princes et les seigneurs, les accusant de mettre obstacle à la parole de Dieu. Le moine aveugle a parlé ensuite. Il a dit que le Saint Sacrement était une idolâtrie. Le saint jour de Pâques, on n'a ni chaulé ni prêché à l'église; le lendemain, Carlstadt a parlé contre le Sacrement*. Quelques jours auparavant, il avait iuvité le peuple à briser les images; le lundi de Pâques, quelques meuniers et gar çons meuniers se réunirent dans la vallée de la Tauber, proche de la ville, entrèrent en tumulte dans la belle église de Notre-Dame, à Kobenzell, brisèrent les verrières, profanèrent les autels el commirent d'ignobles sacrilèges. Les missels, les tableaux, œuvres en

1 Sur Menzingen, voy la chronique de Zweifel. Voy. aussi ses aveux dans Bau- HA.NN, Quellen aus Rotenburg, p. 542-545.

- Voy. BlCMANN, Quellen aus iiotenburg, p. 596-598

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