EMEUTE A BAMBERG
partie de Michel Wohlgemufh, le maître d'Albert Dürer, les images saintes en bois sculpté, tout fut jeté dans le fleuve. Le jour suivant, 18 avril, de nouveaux attentats furent commis dans la cathédrale. Tandis que Carlstadt tonnait contre le Saint Sacrement, quelques hommes du peuple coururent à l'autel pour briser les images. « Ce que les pieux chrétiens d'autrefois avaient tant vénéré, ils l'ont brutalement jeté hors de l'église. Ouelques-uns ayant voulu s'opposer à ces profanations, les couteaux brillèrent. Le jeudi d'après Pâques, des femmes armées de fourches et de piques couraient débraillées et furieuses sur le port, faisant grande rumeur, et disant qu'elles allaient envahir et piller toutes les maisons de prêtres. Les insurgés commirent des actes sauvages : l'un d'eux, nommé Laurent Knobloch, ami de Menzingen et élu chef des insurgés, fut mis en pièces par ses compagnons au moment où il allait commettre un viol sur une jeune fille. Les émeutiers se jetèrent les uns aux autres ses membres mutilés; enfin ils lui tranchèrent la tète et la scièrent en deux1. »
A Bamberg comme à Rothenbourg, ce fut un prédicaut du nouvel Evangile, un certain Schwanhäuser, qui contribua le plus à déchaîner le peuple contre les prêtres : « Nos pères spirituels, nos docteurs très-saints et très-éclairés, » disait-il à son auditoire, « persuadent au pauvre peuple, malgré le témoignage exprès de toute l'Écriture, que la volonté de l'homme est libre, qu'il peut comme il lui plaît faire le bien ou le mal, et que son salut est entre ses mains. 0 malheur, ô colère, ô châtiment de Dieu sur nous! Quels peuvent être les fruits d'une telle doctrine? Elle ne saurait former que des hypocrites, des cagots, des faux dieux, qui iront ensuite frapper à la porte du paradis avec leurs bonnes œuvres ! » « Nos guides aveugles nous disent, nous prêchent que la Passion de Jésus-Christ eût suffi pour racheter plusieurs mondes, et d'autre part ils enseignent qu'elle ne suffit pas au salut d'une seule âme, et qu'il faut que l'homme mette encore ses œuvres dans la balance. Ils ne rejettent pas la grâce, mais ils y ajoutent les œuvres. O Dieu du ciel, quel blasphème est ceci! Que fait cette paille dans le noble froment, que fait cette eau dans le vin, la scorie
1 Voy. BAUMANN, Quellen aus Rotenburg, p. 599-G02. — Voy. BENSEN, p. 63-104. — HÖFLER, Fränkische Studien, t. VIII, p. 2G9, n° 161.