EMEUTE A BAMBERG
sous l'argent, nos acîes souillés et impurs à côté de la sainte grâce de Dieu? Cela ne s'appelle-t-il pas restreindre et outrager la grâce? N'est-ce pas là ignorer le prix de la Passion et du sang de Jésus- Christ, l'insulter, le blasphémer? Quelqu'un trouve-t-il que j'ai tort? Qu'il me dise, alors, ce qu'il entend par injure et blasphème! Nul ne ravage plus la vigne du Seigneur que ceux qui devraient la cultiver avec le plus d'amour. Ils ont chassé le Christ de sa vigne pour se substituer à lui; ils disent qu'ils sont les lieutenants de Jésus- Christ, tandis que les véritables apôtres du Seigneur sont persécutés par eux. • . Mais le Christ se lèvera, il viendra les juger, et il leur dira : C'est vous qui avez ravagé ma vigne, et la dépouille des pauvres est dans votre maison! Du temps des apôtres, le règne de l'Antéchrist avait déjà commencé, mais maintenant sa domination est toute-puissante. Les papes, les cardinaux et les évèques persécutent la parole de Dieu; voilà pourquoi je les tiens pour de vrais Antechrists, et pourquoi le Sauveur les nomme voleurs et homicides. On laisse les pauvres sans abri, sans l'eu, sans aliments, et l'on construit aux saints, qui sont morts depuis longtemps, de vastes maisons de pierre; ou leur apporte de l'or, de l'argent, des pierres précieuses et jusqu'à des animaux et des charrettes de vivres. Nous dépouillons les vivants pour ensevelir nos morts. Si nous étions vraiment chrétiens, non* vendrions les ostensoirs, les calices, les ornements d'église; à l'exemple des douze apôtres, nous gagnerions notre vie par le travail de nos mains, comme nous pourrions, et les pauvres seraient secourus1.
Des discours de ce geurc obtenaient naturellement l'approbation d'un grand nombre. Le 11 avril i ">2ô, les plus remuants soulèvent l'émeute : ils sonnent le toscin, élisent des chefs, prennent possession des portes de la ville, contraignent les paisibles bourgeois, les nobles, les prêtres, à se charger du service de la cité, à faire les corvées, à garderies portes. Leurs émissaires se répaudent dans les environs, et somment les villageois de se joindre à eux. Dès le lendemain, plusieurs milliers d'émeutiers sont déjà réunis. Lorsque l'évéque Weigand de Hedvvitz refuse, comme ils le demandent, de sanctionner la confiscation des biens du clergé et de la noblesse, s'excusant sur ce qu'il ne lui est pas permis d'agir ainsi avant qu'un jugement préalable ait été rendu », les rebelles courent à son cliâtcau et le saccagent. Deux jours durant, le peuple pille, à la ville et à la campagne, les maisons de la plupart des chanoines et des préires séculiers. Seule, la cathédrale, défendue par de braves bourgeois, est épargnée. Le t ■> avril, un accord est conclu.
1 Dans HBLLBB, p. 105, 173-175. 185, 190-193.