S SUCCÈS DE L'ARMÉE ÉVANGÉLIQUE
arriver à Gundelsheim, dans les environs de son château de Hornberg, il viendrait les rejoindre' ».
A Schönthal, des hordes venues des bords de la Tauber et unies aux lansquenets de la bande noire, commandés par Florian de Geyer, rejoignirent 1'« armée évangélique ». Vinrent ensuite les bandes du comté de Hohenlohe et du territoire de la ville libre d'Heilbronn, commandées par le sauvage et incendiaire Jacques Rohrbach, de Böckingen. Jacques, comme Metzler, était depuis longtemps le « frère » de Weudel Hipler, et de moitié dans tous ses complots. Intimidés par ses menaces, les habitants des localités environnantes venaient en foule se joindre à l'Union chrétienne. « Si vous tardez encore », leur avait-il écrit, « si vous refusez de prêter main-forte à l'Évangile, je saurai bien vous contraindre à l'obéissance ; je pillerai, je brûlerai tout ce qui vous appartient! » « C'est ainsi », rapporte Sébastien Franck, < que plus d'un honnête homme s'était vu forcé de suivre les révoltés. » Jacques faisait jurer à ses troupes de l'aider à proscrire moines et prêtres. Après leur expulsion, on se partagerait leurs dépouilles. Le prédicant de l'armée exhortait avec lui les paysans à défendre de cette manière la « liberté évangélique2 ».
Pendant qu'à Schönthal les insurgés se livraient « à des excès, à des débauches qu'eussent désavoués des Turcs », arriva soudain la nouvelle que les - frères chrétiens » des environs de Mergentheim avaient pénétré dans la ville grâce à la complicité des bourgeois, et qu'ils avaient pillé les maisons des chevaliers de Saint-Jean3. « Ce fut une liesse nonpareille. Les insurgés, voyant la fortune leur sourire de tous côtés, se flattaient d'être avant peu les seuls maîtres du pays. »
L'« armée unie de l'Odenwald et de la vallée du Neckar », forte d'environ huit à dix mille hommes et commandée par Metzler, rebroussa vers le sud le 10 avril, et le jour suivant, à Neuenstein et à Waldenbourgj « rangea au devoir chrétien » les comtes Albert et Georges de Hohenlohe. Albert avait proposé aux paysans de s'en remettre à l'arbitrage d'un tribunal souverain, impartial, chargé d'apprécier tous leurs griefs; mais il lui fut répondu que la « sainte
1 Aveux de Dyonisius Schmid, voy. note 4 de la page précédente. Le 19 avril 1525, le <;iainl prévôt du Wurtemberg Frédéric de Freiberg écrivait de Schorndorf au Conseil de régence autrichien que Götz de Berlichingen était le véritable général en chef des paysans, bien qu'on ne le reconnût pas officiellement pour tel. — Voy. Stalin, t. IV, p. 297.
- Voy. Zimmermann, t. II, p. 271-277. — Brnsi:n, 119-222.
■'• Sur le pillage de Mergentheim et du château voisin de Neuhauss, appartenant à l'Ordre Teutonique, voy. OEchsle, p. 138-141.
FORFAITS ItE WEINSBERG. 1525. 529
armée « ne reconnaissait l'autorité ni de l'Empereur ni des Ordres, et ne se guidait que d'après ses propres décisions. Si les comtes refusaient de faire droit à leurs réclamations, leurs propriétés seraient saccagées; ils durent jurer, ta p;enoux, fidélité à l'Union, et s'engager à observer les douze articles. « Frère Albert et vous, frère Georges », leur dit l'un des révoltés, « approchez, jurez de rester parmi nous comme de bons frères, et de ne rien entreprendre contre nous, car désormais vous ne serez plus jamais les maîtres; c'est nous qui sommes à présent seigneurs de Hohenlohe1. » Après qu'à l'instigation de Jacques Kohrbach le couvent de femmes de Lichtenstern eut été pillé, les hordes marchèrent sur Löwenstein, et contraignirent les comtes Louis et Frédéric à entrer dans la « fraternité ». Kevétus d'habits de paysan, tenant à la main des bâtons blancs, ceux-ci se virent forcés de suivre l'armée et durent subir
les plus grossiers traitements. Le 14 avril, les insurgés s'emparèrent
de la petite ville de Xeckarsulm, appartenant à l'Ordre Teutonique;
« tout ce qui était bien d'église fut saccagé ». L'armée se porta
ensuite sur Weinsberg.
A Weinsberg, petite ville du Wurtemberg, le comte Louis Helfreich d'Helfenstein, grand prévôt, commandait une petite garnison d'environ soixante-dix a quatre-vingts cavaliers. A la nouvelle de l'approche des rebelles, il se hâta d'envoyer demander assistance au Conseil de régence autrichien, qui siégeait alors à Stuttgard: mais il n'en obtint aucun secours. « Les bourgeois », écrivait le comte, < bien qu'ils m'aient juré fidélité à la vie et à la mort, donnent lieu à des soupçons qui semblent bien fondés; leur irrésolution fait tout craindre. Les enfants perdus de Weinsberg pactisent avec les paysans, leur enseignent les moyens les plus faciles d'assaillir le château, et leur promettent aide et secours au moment décisif. » Le 16 avril, le matin de Pâques, le comte fut averti que les paysans avaient quitté leur camp dès la pointe du jour, parlant d'aller quérir leurs œufs de Pâques à Weinsberg. Il renforça alors sa petite armée, et disposa tout pour la défense des portes et des abords de la ville. Ayant rassemblé ses reitres, ses cavaliers et les bourgeois de la cité sur la place du marché, il s'efforça de leur inspirer courage et confiance. 11 avait laisse sa femme et son enfant au château, leur dit-il; il allait se mettre a leur tête, décidé à se défendre avec eux jusqu'à la mort. Il leur assura que ce jour-là même il attendait de sûrs renforts. Accompagné de beaucoup de ses cavaliers, il se ren-
1 Herolt, p. 91. Donc les deux comtes restèreot avec les paysans, et cependant ils avaient de bons cliàleaux. forts! Mais noire Seigneur Dieu leur avaii vie tout coura;;e. ■ Voy. QEcmsle, p. 95-108.