‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 576 sur 630 · FORFAITS DE WEINSBERG · texte numérisé non relu

FORFAITS DE WEINSBERG

dit à l'église, assista à la messe et reçut la sainte commuuion. Mais l'office divin n'était pas encore terminé qu'on vint lui annoncer que six à huit mille paysans étaient ameutés devant les murs de la ville, et demandaient à ce que le « château et la cité fussent livrés à la sainte armée de l'Union ». Une « vieille sorcière », « la Hofmann noire de Böckingen », avait prononcé des sortilèges sur l'armée des révoltés, et prétendait lavoir rendue invulnérable. Les bandes de Florian Geyer escaladèrent le château « comme des chats », et l'eurent bientôt mis à sac. Aidés des bourgeois qui leur avaient ouyert les portes, ils furent promptement maîtres de la ville : chevaliers et cavaliers se défendirent héroïquement jusque devant la porte de l'église, mais enfin il fallut céder au nombre. « Tout ce qui portait bottes et éperons » fut condamné à périr, et les prêtres furent passés au fil de l'épée. « Les paysans, ivres et fous, se disputaient, parmi les cris et les rixes, les ostensoirs, les calices, les vases d'argent, les vêtements sacerdotaux, et autres objets précieux. » a II semblait que l'eu fer eut déchaîné ses pires bandes; des atrocités vraiment sauvages furent commises. » Jacques Rohrbach, qui s'était chargé de la surveillance des prisonniers, résolut de mettre l'occasion à profit pour « inspirer une salutaire terreur à la noblesse ». Lui et ses compagnons décidèrent qu'ils ne feraient grâce à aucun seigneur, noble ou cavalier, et les passeraient sans exception au fil de l'épée, déclarant en même temps que tout paysan qui oserait prendre le parti d'un noble serait immédiatement massacré. Le comte d'Helfenstein fut condamné à être « passé par les piques • au son des tambours, avec vingt-qualre de ses gentilshommes et quelques-uns de ses plus fidèles serviteurs1. On conduisit les condamnés dans une prairie située devant la porte basse de la ville; là, on leur signifia leur sentence. La comtesse d'Helfenstein, fille naturelle de l'empereur Maximilien, se jeta alors aux genoux de Rohrbach, tenant entre ses bras son fils âgé de deux ans; elle le conjurait en pleurant de lui accorder la grâce de son mari; mais Rohrbach la repoussa durement, et un paysan blessa « le petit seigneur d'un coup de son épée ». Le comte, pour sauver sa propre vie, lui ayant offert une rançon de trente mille florins, Rohrbach lui dit : « Quand bien même tu nous donnerais deux lonnes d'or, il faut mourir! » L'ancien joueur de fifre du comte, Melchior Nonnenmacher, se tenait devant lui, soufflant joyeusement dans son instrument : « .Je t'ai si souvent fait de la musique lorsque lu étais à table », lui disait-il, » n'est-il pas juste que je te régale

1 II ressort des aveux de Pierre Dohaim, fait prisonnier à Ulm en 1525, qu'à peine la dixième partie de l'armée des paysans fut informée du meurtre du comte. GEchsle, p. 107.

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