KM EUT ES DANS LE WURTEMBERG
Le 22 avril, l'armée de l'Union quitta le camp d'Heilbronn pour opérer sa jonction avec plusieurs autres bandes qui, pendant ce temps, commandées le plus souvent par Florian de Geyer, avaient soumis à la « Fraternité » les contrées du Neckar, du Kocher et du .laxt, soit par la force, soit du libre consentement des populations. Une partie de ces bordes assaillit et pilla Scheuerberg, château appartenant aux chevaliers de Saint-Jean et situé sur la montagne qui surmonte Neckarsulm, et Horneck, donjon de Dietrich de Cleen, grand maitre de l'Ordre Teutonique. Les révoltés pénétrèrent ensuite au cœur du Wurtemberg.
Là, plusieurs hordes s'étaient déjà formées -■■ pour ie soutien du droit et de la justice, pour la cause du saint Évangile et de la parole de Dieu ». L'une d'elles était entrée le 25 avril à Stuttgard, d'où le Conseil de régence autrichien s'était hâté de s'enfuir. D'autres avaient soumis presque toutes les villes de la forêt Noire wurtembourgeoise. Dans la ville libre de Hall, les paysannes, accourues des environs, choisissaient d'avance les maisons qu'elles se promettaient d'habiter. -< Avant peu », disaient-elles aux bourgeoises de la ville, * nous aussi nous serons de grandes dames! » Néanmoins la ville essaya de résister; mais ses paysans fraternisèrent avec les bandes de la seigneurie de Limpurg, qui avaient leur quartier général à Gaildorf, et qui, brûlant et pillant sur leur passage, jetaient l'épouvante parmi tous ceux qui avaient encore quelque chose à perdre. Ces hordes s'intitulaient V « Union générale », et prétendaient ne s'être associées que par un motif fraternel de charité chrétienne, pour établir le saint Évangile et pour extirper les abus ». La rage de destruction des insurgés se donna surtout carrière au couvent de Lorch, auquel ils mirent le feu le 12 mai; ils n'épargnèrent même pas les tombes des empereurs de la maison de Hohenstaufeu. Le capitaine d'une compagnie formée dans les villages du territoire de Gmünd marcha avec trois cents hommes contre le château impérial de Hoheuslaufen, le pilla et y mit le feu. Partout vainqueurs,
hussites qui, au quinzième siècle, se firent remarquer par leur cruauté, leur féroce soif de vengeance, on trouverait difficilement son égale. Auxiliatrice et conseillère de Jacques Rohrhach, elle ne respirait qu'incendie, pillage, meurtre. Elle marchait a la tête <ie> bordes armées dont elle enflammait le courage : « Dieu était pour 1rs paysans, ils devaient marcher joyeusement, hardiment ! ■ Llle avait prononc sur eux des sortilèges; aucune pique, hallebarde ou balle ne pouvait leur nuire. Zimmermann, t. II, p. 400, célèbre la ■ llofm. ni n ., et rappelle la Jeanne d'Arc de la guerre des paysans! «Triste opprimée, femme héroïque sortie des huttes du Neckar, être fatal, à l'âme énergique et sauvage, cœur passionné, aimant et haïssant avec la même vigueur, avec ton Dieu le veut! sur les lèvres et ton ante éprise <lc vengeance, de guerre et de liberlé, comme tu vivrais dans la légende et dans l'histoire, Comme la musique et l'éloquence l'auraient glorifiée, si ta cause avait triomphé, ou si du moins lu n'avais pas pris naissance dans la hutte du paysan !
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les paysans se persuadaient que Dieu était avec eux et prenait luiméme leur défense. Les conseillers de Gmünd furent invités à plusieurs reprises à se joindre à la « Fraternité ». « Si vous hésitez », leur écrivaient avec menace les bandes de Gaildorf, « de par la justice divine et le courage que Dieu nous a mis au cœur eu nous révélant sa sainte parole, nous marcherons contre vous, et ne vous regarderons plus que comme des impies et des ennemis de Dieu. »
Mais les paysans du Wurtemberg dissuadèrent les incendiaires de Gaildorf de pénétrer plus avant dans le pays. « Ils se sentaient en état », disaient-ils, « de purifier eux-mêmes les couvents et les coffresforts du duché. »
« Voilà déjà le septième jour que je marche avec les paysans », disait le général de la horde de Stuttgard à un enseigne qui lui amenait un renfort de deux cents hommes; «j'ai cru d'abord qu'ils ne se proposaient que le règne de l'Évangile, mais je vois bien à présent que la plupart d'entre eux ne songent qu'au vol et au pillage. »
Le duc Ulrich, qui avait conclu depuis longtemps une alliance en règle avec les insurgés du Hegau et de la forêt Noire, et qui, d'Hohentwiel, leur avait envoyé toute son artillerie, ne se trouvait pas en personue parmi les bandes dévastatrices de Wurtemberg; mais son conseiller et chargé d'affaires, Fuchs de Fuchstein, marchait avec le quartier général et rendait compte au duc de tous les mouvements de l'armée. Lorsque les révoltés se furent emparés de Sulz, ville appartenant au comte de Geraldseck, Ulrich, alors à Rothweil, où il s'était établi avec sa cavalerie, fît dire à Fuchstein « qu'il devait s'efforcer de soustraire la ville à la domination du comte, car autrement les hordes n'agiraient pas fraternellement envers lui ». « Lorsque vous êtes sur le point de livrer bataille », disait Ulrich aux paysans, « faites toujours votre possible pour que les choses se passent rondement et que l'assaut soit donné avec entrain et vigueur, car cela est très-important. Si nous agissons avec énergie, nous ne pouvons douter qu'avec l'aide du Seigneur la victoire ne soit nôtre '. Dieu est pour nous! »
1 Zimmermann, l. II, p. 337-385 — Wagnf.u, p. 233-244. — Staun, t. IV, p. 288- 295. Parlant de son alliance avec les paysans, Ulrich écrivait le 29 avril 1525 à schaffhouse : » comme Dieu et la nature nous permettent d'adopter et de chercher cous les secours possibles pour recouvrer notre bien, nous nous sommes mis d'intelligence avec l'assemblée des paysans, maintenant réunie dans le Hegau et la forêt Noire, el nous avons reçu d'eux l'assurance qu'ils nous aideraient a recouvrer noire terre et nos gens avec toutes nos propriétés, nous permettant ainsi de rentrer dans notre droit.» — Schukibeu, Bauernkrieg, t. II, p. 69. Sur le séjour d'Ulrich à Kothweil, voyez la Chronique de Villinger, dans Mo\e, Quellensammlung, t. Il, p. 85. Voyez la lettre d'Ulrich à Fuchstein du 7 mai 1 525 dans ÛEschle, p. 349. « Beaucoup disaient., écrit le chroniqueur de Berne Anshelm, t. VI, p. 287, « que Dieu avait permis que le duc ne fût pas choisi