‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 580 sur 630 · GÖTZ DE BERLICHINGEN, GÉNÉRAL EN CHEF DES REBELLES · texte numérisé non relu

GÖTZ DE BERLICHINGEN, GÉNÉRAL EN CHEF DES REBELLES

« Le Saint-Esprit se déclare pour le peuple, Dieu le veut, tout doit nous réussir! » telle était aussi la conviction des hordes incendiaires qui s'étaient rassemblées dans le margraviat de Bade, et se ruaient sur les couvents et les châteaux. « Ton bien est mon bien, mon bien est (on bien », disait un prolétaire à un comte, « car nous sommes tous frères, tous égaux dans le Christ' ! » Durlach pactisa avec les insurgés et laissa pénétrer environ trois mille hommes dans ses murs. Bientôt, aux paysans badois vinrent s'unir les hordes de Févèchéde Spire venues du Bruhrain; elles aussi s'étaient assemblées pour prêter assistance à la justice de Dieu; elles s'étaient emparées de Bruchsal et y avaient installé un nouveau pouvoir (23 avril). Il avait été décidé qu'a l'avenir, deux de leurs chefs, Frédéric Wurm et Jean de Hall, régneraient sur le pays, dirigeraient et conduiraient tout au nom des paysans. Les « hordes unies des pays de Bade et du Bruhrain » dévastèrent toutes les abbayes et châteaux des environs. <• En somme, les paysans sentaient leur cœur bondir d'allégresse à la vue des ruines qu'ils avaient amoncelées. » Des pourparlers de paix entamés par l'évêque Georges de Spire et le margrave Philippe de Bade, et basés sur les réclamations des révoltés, n'eurent aucun résultat; les voies de fait, les pillages continuèrent de plus belle. Dans le Palatinat, où l'émeute s'était également soulevée presque partout, les énergiques efforts du comte palatin Louis pour apaiser la révolte et mettre fin aux dévastations n'eurent aucun effet durable2.

Après la prise d'IIeilbronn, les hordes des cmeutiers de Francouie, dispersées de côté et d'autre, se réunirent à Gundelsheim, où les chefs tinrent conseil. Wendel Hipler, chancelier et premier secrétaire des rebelles, proposa de solder les lansquenets qui se trouvaient en grand nombre dans les environs, et de les employer à l'instruction militaire des paysans, afin qu'on put s'appuyer sur un noyau de troupes expérimentées. Mais les paysans repoussèrent ce plan,

par les paysans pour général en chef, parce que son conseil et son habileté auraient plongé tout l'Empire dans la détresse, ou bien qu'il eilt tout conquis pour lui-même, étant donné les forces dont il disposait et la faible résistance qui lui était faite. »

1 voy. Zimmermann, t. il, p. 584-586.

s Bauernkrieg am Oberrheim, dan-> Moni , Quellensammlung, t. Il, p. 18-31. — UaaRER. p. 27-34, 36, 50-59. — Voyez HARTFELDER, Bauernkrieg, p. 198. — Geis-.il, p. 275-

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n'étant nullement disposés à partager avec d'autres le fruit de leurs rapines. En revanche, ils adoptèrent le second projet de Hipler, et élirent pour leur général en chef Götz de Berlichingen.Götz, depuis longtemps leur ami \ se présenta donc au camp de Gundelsheim et fut reçu solennellement dans la Fraternité. On lit dans une circulaire datée du 21 avril 1525 : « Moi, Georges Metzler de Ballenberg, général, et les autres chefs des hordes chrétiennes, nous faisons savoir à tous que nous avons reçu dans notre association et Fraternité le très-loyal chevalier Götz de Berlichingen2. » Le plan des révoltés était de soumettre d'abord les territoires de Mayence et de YYurzbourg, puis de se porter vers Trêves et Cologne.

Le 30 avril, l'armée des rebelles, commandée par Götz de Berlichingen et Georges Metzler, parut devant Amorbach, abbaye bénédictine. Les deux chefs déclarèrent à l'abbé et aux conventuels, « avec force menaces et graves paroles », qu'ils étaient venus en qualité de frères chrétiens pour réformer le couvent, et que les religieux devaient « leur remettre de bon cœur tout l'argent comptant, les ouvrages d'orfèvrerie, les joyaux, enfin tout ce qu'ils possédaient, sous peine de perdre la vie ». Peudant qu'on parlementait, la « horde fraternelle » pénétra dans l'abbaye, pilla et détruisit tous les objets de prix qu'ils y trouvèrent : vêtements, vases sacrés, missels précieux recouverts d'or et d'argent, vins et céréales, bestiaux et meubles; l'autel fut profané, le magnifique orgue de l'église brisé. « Et tout cela », dit une relation du temps, « les chefs, et surtout Götz, eussent pu aisément l'empêcher; mais leur propre intérêt les égara; ils crurent que là où était la guerre, le pillage devait jouer le premier rôle. » Götz eut sa part du butin. Un lot de joyaux valant cent cinquanle florins lui fut assigné; la riche crosse de l'abbé en faisait partie, et sa « digne épouse » en arracha aussitôt les perles et les pierreries pour se faire un collier. « Outre cela, les paysans abandonnèrent au chevalier-brigand une somme de cinquante florins. L'abbé, dépouillé de son habit religieux, revêtu d'une blouse de laine que quelqu'un lui avait prêtée par compassion, dut assister au banquet. » On ne but guère que dans les calices, dont seize avaient été dérobés ù l'abbaye. Comme l'abbé ne parvenait pas à dissimuler sa douleur, Götz lui dit avec ironie : « Soyez donc de bonne humeur! ne prenez pas la chose si à cœur, ne vous affligez pas tant! j'ai été moi-même trois fois ruiné, et pourtant je suis encore ici! L'habitude vous manque! » In pauvre paysan apporta trois hanaps, dont l'un d'or massif et les deux autres d'argent doré. !1 les avait, dii-il,

1 Voy. plus h;iut, p. 525.

■ Dans OECHSLB, p. 342.

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