TRAITÉ CONCLU PAR LE COADJUTEUR AVEC LES REBELLES
« bon nombre de misérables qui se réjouissaient de conduire à l'abattoir les prêtres, les Juifs et les chevaliers de Saint-Jean, et donnaient à entendre qu'ils n'observeraient les articles qu'autant qu'ils les trouveraient à leur gré. » La maison du grand maître de l'Ordre Teutonique fut menacée de pillage; les compagnons s'emparèrent de plusieurs propriétés foncières appartenant à la ville; ils allaient de maison en maison, cherchant à exciter l'émeute. Un membre du comité révolutionnaire courut sonner le tocsin, voulant, disait-il, mettre sur pied la populace, surprendre les conseillers et traiter avec eux à sa guise. Le vieux bourgmestre, assailli dans sa maison, dut payer une rançon de cent florins; entre le parti radical et le parti modéré, les choses en vinrent bientôt à une lutte ouverte1.
Heureusement, 1' « armée de l'Union >i changea tout à coup son plan de campagne. Ce revirement subit fut pour Francfort « comme un sauvetage opéré au moment du plus extrême péril ».
L'armée, après avoir contraint les neuf villes de l'archevêché de Mayence situées dans l'Odenwald et sur le Rhin à faire partie de 1' « Union », rebroussa chemin, et vint assiéger dans son château le coadjuteur de l'archevêque d'Aschaffenbourg. La bourgeoisie seconda les insurgés de tout son pouvoir. « Nous avions solennellement promis au coadjuteur Guillaume, lorsque nous fûmes informés de la venue des paysans, d'exposer notre corps et nos biens pour Sa Grâce » , avouait plus tard le conseil, « et le coadjuteur avait accepté tous les articles que nous lui avions présentés, nous donnant en outre beaucoup de gracieuses assurances. Mais nous avons pitoyablement oublié nos serments. » Le coadjuteur ayant manifesté l'intention de s'embarquer pour Steinheim avec sa suite et toute la chancellerie, les bourgeois s'ameutèrent, coururent aux armes, s'emparèrent des portes de la ville, élevèrent des barricades avec des charrettes, des tonneaux, des arquebuses, laissèrent pénétrer dans la ville deux cents paysans de Spessart et, secondés par eux, tinrent durant trois jours le coadjuteur prisonnier dans son château, jusqu'à ce qu'enfin il eût consenti à parlementer avec l'Union et à accepter les articles. Ensuite ils proposèrent aux paysans de Spessart d'assaillir les maisons des clercs, promettant de les y aider, d'emporter tout le vin qu'on pourrait y trouver, et de le boire avec eux. Ils poussèrent aussi à la révolte les villageois des environs, et en envoyèrent un grand nombre seconder les bourgeois qui déjà marchaient sur Wurzbourg 2.
1 Pour plus de détails, voy. Kriegk, p, 168-178.
* Ici Schreibung von Montag nach unsers Herrn Fronlcichnamstag (19 juin) 1525, dans May, IIa lagen und Urkunden, p. 145-150. — Voy. la lettre de l'évéque Guillaume à larthevéque Richard de Trêves, vendredi après Misericordiœ (5, mai) 1525, dans kit als, p. 30-31.