ROTHENBOURG FAIT ALLIANCE AVEC LES PAYSANS
menaça le conseil de sonner le tocsin, .de courir aux armes et d'aller grossir l'armée rebelle, s'il refusait de laisser entrer les frères chrétiens. Les lansquenets de service dans la ville déclarèrent à leur tour qu'aussitôt l'arrivée des paysans, ils abandonneraient leur poste. Au sein même du conseil, le parti révolutionnaire était le plus fort; taudis que des pourparlers étaient entamés, ce parti, pactisant avec les ouvriers révoltés, décida que tout ce qui appartenait aux prêtres séculiers (bien que ceux-ci eussent renoncé a l'habit ecclésiastique et consenti à faire corvée comme les autres) serait saisi; que les vivres trouvés chez les clercs, céréales et vins, seraient immédiatement partagés, de manière que chaque bourgeois pût en avoir sa part; qu'on vendrait l'orfèvrerie d'église et les calices, et que du prix qu'on en retirerait on payerait la solde des bourgeois. 11 restait à peine aux prêtres dépouillés, aux moines et aux religieuses une croûte de pain à mettre sous la dent, et, dans la ville, jeunes et vieux se livraient à la bonne chère et s'enivraient comme des brutes. Les rues étaient jonchées de gens qui, ne pouvant plus se soutenir sur leurs jambes, se couchaient le long des murs; on voyait parmi eux beaucoup de jeunes enfants. » Le 14 mai, la ville conclut un traité avec les paysans de Franconie. On lit dans les articles de ce contrat : « En premier lieu, l'armée de l'Union se propose d'établir le règne de la sainte parole de Dieu et la doctrine évangélique; dorénavant l'Évangile sera prêché purement et clairement, sans aucun mélange de doctrine ou de prescriptions humaines. Ce que le saint Évangile approuve doit être approuvé; ce qu'il rejette, rejeté. On ne payera à aucun seigneur ni dime, ni redevance, ni droit régalien, ni taxe quelconque jusqu'à ce que les très-savants docteurs de la sainte, divine et véritable Écriture aient établi la réforme. Les châteaux qui nous ont fait tant de mal, les donjons et les forteresses qui ont fait supporter jusqu'à ce jour à l'homme du peuple de si effrayantes charges, seront détruits ou incendiés. Cependant ce qui s'y trouve de transportable reviendra à ceux qui voudront être nos frères, et n'auront rien entrepris contre l'armée de l'Union. Les fusils qui seront trouvés dans les châteaux seront remis à l'armée. Les nobles, ecclésiastiques ou séculiers, et aussi les roturiers, seront tenus à l'avenir d'observer les lois des paysans et des bourgeois unis; ils partageront en tout le sort du peuple. Les nobles devront restituer à l'Union les biens des clercs qu'ils se sont appropriés, ainsi que les biens des seigneurs qui auraient osé s'opposer à l'armée sainte, et cela sous peine de perdre la vie, ou de voir leurs propriétés confisquées. Et pour conclure : ce que la réforme et la loi nouvelle, ce que les docteurs versés dans la sainte Écriture auront décidé, comme il a été dit plus haut, tout prêtre, tout laïque devra désormais s'y con-
INSURRECTION EN TM URINGE. 1525. 551
former. « Rotheubourg jura d'observer fidèlement le traité pendant cent un ans. Les meilleures pièces d'artillerie de la ville et d'abondantes munitions lurent livrées aux émeutiers. L'ancien bourgmestre Erhenfried Kumpf, partisan des doctrines de Carlstadt, qui avait activement travaillé à réconcilier la ville avec les insurgés, « souhaitant fort la mise en pratique de l'Évangile », se rendit bien équipé à Wurzbourg dans le camp des révoltés, qui donnaient alors l'assaut à la citadelle de la ville. Wurzbourg, disait Kumpf, ayant été opprimé par l'Empire à cause de la tyrannie de ses évoques, sa citadelle devait être rasée '.
Pendant que ces insurrections désolaient la haute Allemagne, la révolte éclatait en Thuringe.
Mulhausen en était le principal foyer. Thomas Münzer et son compagnon Henri Pfeiffer3 y avaient soulevé l'émeute populaire eu septembre l.">23. Les églises et les couvents avaient été pillés; les tableaux, les ornements d'autel emportés, les reliques indignement profanées3. Les deux prédicants enseignaient aux personnes de toute classe qui se pressaient autour d'eux, « que l'on n'était pas obligé d'obéir à l'autorité, que l'on ne devait à personne dime ou redevance quelconque, et qu'il fallait persécuter et proscrire tous les Ordres religieux ». « La parole du Seigneur >•, disaient-ils, vous est annoncée maintenant dans toute son intégrité et pureté. Vous avez fait disparaître les autels et les images de l'idolâtrie; mais il
1 Thomas Zweifel, dans Bauhann, Quellen aus Rotenburg, p. 3i(i. — Yoy. Bensbx, p. 224-256, 261. Pendant l'assaut de Frauenberg, où les paysans perdirent un temps précieux et leurs meilleures forces, Sébastien de Rotenhan, au dire de Laurent Fries, se conduisit en héros. - Les nobles du conseil de l'évêque tirent tant pour donner du courage à leur maître, qu'ils lui persuadèrent de mettre en état de défense son château de Frauenberg, ce qui arriva en effet. Mais parmi tous les gentilshommes et serviteurs de l'évêque, ce fut le seigneur Sébastien de Rotenbau, chevalier, sénéchal, qui eut le plus de part au bon succès de l'entreprise. Un tel homme devrait être désigné à L'admiration de la postérité, car en vérité ce chevalier, parsesaetes loyaux et mâles, a bien mérité d'être loué a jamais. ■ Fries donne d'amples détails sur l'activité intelligente de Rolenh in, et dit en concluant : « C'est la vérité que j'ai entendu dire, non à une seule personne présente à la defense, mais publiquement et en particulier, et par beaucoup, que si ce Rotenhan avec ->es conseils prudents, se^ discours. ses consolations, ses mesures, ses exhortations, ses travaux, n'eût pas été là, Frauenberg (sans parler de l'aide de Dieu, qui a fait lu des miracles) aurait été endommagé gravement par les paysans. ■
- \ oy. plus haut, p. 395.
3 Muklhmisir Chronik . p. 36j.