BATAILLE DE FRANKEN HAUSEN. 15 MAI
et les blasphémateurs1 ». Les paysans étaient mal armés, mal équipés; Münzer établit son camp sur un monticule qu'il fit entourer d'un rempart de chariots. 11 s'efforça d'enflammer le courage des paysans et de leur inspirer la cerlitude de la victoire. « Les princes », leur dit-il au moment de l'action, h ruinent vos terres et vous oppriment; ils viennent défendre et rétablir le faux culte des prêtres et des moines; mais Dieu a juré la perle de ces nouveaux Cliananéens ! Me vous laissez pas inlimider parla chair et le sang, attaquez hardiment les ennemis! Dieu est pour nous, vous le voyez, car il nous donne en ce moment un signe certain de sa protection. Cet arc-en-ciel qui se montre dans les nues signifie qu'il vient lui-même à notre secours; ne porlons-nous pas un arc-en-ciel dans noire bannière? Or, par ce même signe, Dieu menace les princes, ces homicides, de sa justice et de son châtiment. Soyez donc sans crainte, et ne songez qu'à bien vous battre ! Dieu ne veut pas que vous fassiez la paix avec les impies! Alors les paysans entonnèrent le cantique : Viens, Esprit-Saint! et, sûrs de vaincre, attendirent le premier choc de l'ennemi. Mais a peine la cavalerie des princes alliés eut-elle brisé leurs faibles retranchements, à peine les premiers d'entre eux furent-ils tombés, qu'ils s'enfuirent dans un inexprimable désordre. Six mille furent impitoyablement massacrés. De ceux qu'on fit prisonniers à l'intérieur de la ville, trois cents furent décapités sur-le-champ. Neos avons couquis Fraukenhausen -, écrivait le landgrave Philippe le 16 mai au lendemain de la bataille, » et nous avons passé au fil de l'épée tout ce que nous y avons trouvé de rebelles; la ville a été saccagée. Ainsi donc, avec l'aide de Dieu, nous avons remporté la victoire, ce dont
1 • On peut à peine s'expliquer - , remarque l'équitable Stuorfl ip. 105), • l'extrême apathie des princes dorant les premiers mois des émeutes. Pourquoi assistèrent-ils passivement à de telles dévastations? l'eut-êlre faut-il chercher la raisim principale de l'indifférence dont ils firent preuve (en particulier l'électeur Frédéric de Saxei dans le fait que les premières al laques des rebelles furent dirigées sur les couvents, les prêtres, les moines et les religieuses, et qu'ils ne voyaient pas sans une certaine satisfaction la puissance et la richesse du clergé attaquées. . I.e li avril 1525, alors que depuis longtemps la populace des villes ei des campagnes avait exercé de tous cotés d'affreux ravages, Frédéric, déjà atteint de la maladie dont il mourut, écrivait à son frère lean, pour satisfaire aux instantes prières du duc (ieorges de Saxe, que les princes feraient peut-être hien d'unir leurs forces pour arrêter la révolte. « Il faut opposer la force à cette puissante rébellion. Peut-être a-t-on donné sujet aux pauvres de se soulever ainsi, surtout en interdisant la parole de Oie u ; peut-être les pauvres outils été opprimés de beaucoup de manières par nous autres autorités spirituelles et temporelles. Si telle est la volonté de Dieu, il peut arriver que le pouvoir passe aux mains du peuple. Si au contraire ce n'est pas sa divine volonté et ne doit pas revenir à sa gloire, nous verrons bientôt les choses changer de face. • — Strubel, p 126. L Électeur mourut le 5 mai, en pleine tourmente révolutionnaire. La sanglante guerre de religion qu'il avait prédite le jour de Noèl 1517 éclatait à ce moment de tous côtés.