‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 601 sur 630 · SUPPLICE DE MUNZER. CHATIMENT DES REBELLES · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE MUNZER. CHATIMENT DES REBELLES

il est juste que nous rendions grâces au Tout-Puissant, espérant avoir agi pour sa gloire1. »

Münzer, qu'on trouva caché sous un lit à Frankenhausen, fut amené en présence des princes. Interrogé sur le motif qui l'avait porté à égarer et à perdre un si grand nombre d'hommes, il répondit avec hauteur : « que c'était à bon droit qu'il avait conçu le dessein de châtier les princes, puisque ceux-ci s'étaient opposés à l'Évangile du Christ. » Au landgrave qui s'efforçait de lui prouver par des textes de la Bible qu'on est obligé de se soumettre aux autorités constituées par Dieu, il ne répondit rien. Lorsqu'on lui mit les menottes, le duc Georges, l'entendant pousser un cri de douleur, lui dit : Tu souffres, Thomas! Mais combien les pauvres gens, massacrés par ta faute, n'ont-ils pas souffert davantage! Münzer lui répondit avec un rire sauvage : « C'est vous qui l'avez voulu! «

11 fit des aveux complets; après avoir conquis tout le territoire de Mulhauscn, puis la Hesse, il s'était proposé, déclara-t-il, d'établir une complète égalité parmi les chrétiens, et d'expulser ou de mettre à mort tous les princes ou seigneurs qui refuseraient de soutenir l'Évangile et de se joindre à l'Cnion ».

Pendant sa captivité, ses dispositions changèrent complètement. 11 écrivit aux habitants de Mulhausen pour les inviter à se soumettre à l'autorité, disant »en terminant sa lettre : « Avant de quitter ce monde, et pour ôter de mon âme le lourd fardeau qui l'oppresse, je viens vous supplier encore de ne plus vous révolter à l'avenir, afin que le sang innocent soit épargné2. » « Sans y être aucunement contraint, poussé par le mouvement de sa propre conscience », il rétracta toutes ses erreurs, se reprochant surtout d'avoir, par ses discours incendiaires contre les pouvoirs établis, fomenté tant d'émeutes et de séditions pernicieuses; priant « qu'ayant égard au commandement de Dieu, on oubliât le scandale qu'il avait causé, qu'on obéit à l'avenir aux autorités constituées par Dieu, et qu'on lui pardonnât l'exemple funeste qu'il avait donné ». « Il s'accusait surtout d'avoir, par ses prédications, poussé à la révolte, tenté beaucoup d'âmes, et propagé des doctrines fausses, des hérésies, des blasphèmes touchant le Très-Saint Sacrement du Corps de .lésus- Christ et les lois de l'Église universelle. 11 reconnut pour véritable tout ce que la sainte Eglise a toujours tenu et tieut encore pour dogme immuable, et rentra dans l'union et la paix; il déclara vouloir mourir

1 Relation de la bataille de Frankenhausen par Philippe de Hesse, le mardi après Cantate <\G mai) 1.025, dans Kraus, p. 42-43. Le landgrave évalue à six mille l< morts de celte journée, et à six cents le nombre des prisonniers.

5 Seidemann, Thomaê Munter, p. 14G.

en fils obéissant et repentant de la sainte Église, suppliant qu'au nom de Dieu, on voulût bien prier pour sou âme et lui pardonner fraternellement ses torts; il demanda aussi qu'il fût permis à sa femme et à ses enfants de recueillir sou héritage1. 11 se prépara pieusement à la mort, se confessa selon le rite catholique et communia sous une seule espèce. Avant de recevoir le coup mortel, il reconnut une dernière fois ses fautes devant tous, mais en même temps il exhorta les princes qui l'entouraient à se montrer doux et équitables envers leurs sujets, ;ifin qu'à l'avenir de si funestes révoltes pussent être évitées. 11 les exhorta à lire pour leur instruction les livres de Samuel et des Rois, et d'y méditer ce qui y est rapporté sur la mort réservée aux tyrans.

Le compagnon de Mi'iuzer, Pfeiffer, fait prisonnier à Kisenach avec environ cent de ses partisans, mourut aussi de la main du bourreau; " mais il fit une mort d'endurci -, sans préparation, sans repentir, sans sacrements.

Cependant les princes alliés, auxquels s'était joint le nouvel électeur, Jean de Saxe, s'étaient emparés de Mulhaiiseu. Tète nue et pieds nus, tenant à la main dc^ hâtons blancs, les bourgeois se présentèrent dans le camp des princes alliés et leur remirent les clefs de la ville. Mulhauseu (les droits de l' Empereur et de l'Empire réservés) dut jurer obéissance à l'Électeur, au duc (Georges et au landgrave Philippe, payer quarante mille florins d'indemnité de guerre, un tribut annuel, abattre ses donjons, ses murs et forteresses, restituer au clergé tout ce qui lui avait été eulevé, et dédommager la noblesse des pertes subies. Plusieurs chefs de la révolte furent décapités; en peu de temps, L'insurrection était complètement domptée dans les différents territoires des princes. A Langensalza, quarante rebelles périrent sur l'échafaud. A Erfurt, l'ancien conseil reprit ses fondions, et se montra sans pilié et sans miséricorde pour ceux-là mêmes (pie, si peu de temps auparavant, il avait traités de frères, et fait servir d'instruments à sa honteuse politique.

< La barbarie dont on use envers les pauvres gens », écrivait Luther les 2.i et 30 mai à propos des représailles dont les paysans étaient l'objet, est chose vraiment lamentable. Mais comment

' Bekentnus, Bl. A., 1-3.

foire? II fallait être sévère, et Dieu veut qu'une crainte salutaire soit imprimée aux coupables, autrement Satan ferait bien pis encore! >>

Ouelle raison aurait-on de montrer aux paysans une si grande clémence? S'il se trouve des innocents parmi eux, Dieu saura bien les protéger et les sauver, comme il a fait avec Lot h et Jérémie. Si Dieu ne les sauve pas, c'est donc qu'ils sont criminels; le moindre mal qu'ils aient pu commettre, c'est de se taire, de laisser faire, de consentir. S'ils l'ont fait par stupidité ou par peur, ils n'en sont pas moins coupables, et ils ont mérité le châtiment de Dieu, tout comme celui qui, par crainte des hommes, renie le Christ. Et si je me montre si dur envers eux, c'est surtout parce qu'ils ont forcé et contraint les peureux et les faibles à partager leur rébellion, ce qu'ils ne cessent encore de faire tous les jours. Qu'on leur donne de la paille d'avoine à manger, car ils n'écoutent pas la parole, ils n'ont pas l'ombre de bon sens! Puisqu'il en est ainsi, il faut leur faire comprendre leur devoir par l'arquebuse et le fouet, et certes ils l'ont bien mérité! Prions pour eux, afin qu'ils apprennent à se soumettre; mais il n'y a pas lieu de beaucoup les plaindre! Croyez-moi, laissez les carabines fredonner à leurs oreilles, sans cela ils feront mille fois pis. " « Celui qui a vu Münzer peut bien dire qu'il a vu le diable en chair et en os, dans sa plus grande furie! O Seigneur Dieu, s'il règne un tel esprit parmi les paysans, il est grand temps de les égorger comme des chiens enragés! » Et comme à cause de semblables paroles on traitait Luther d'hypocrite, de flatteur de princes, il témoigna qu'un tel reproche lui plaisait fort, et qu'il s'en faisait gloire1.

Ce nouvel écrit était intitulé : Contre les hordes homicides et pillardes des paysans. « L'autorité chrétienne '■, disait Luther, « doit s'efforcer de traiier en toute justice et loyauté avec les rebelles insensés, bien qu'ils ne le méritent pas; mais si les bons procédés restent insuffisants, il ne laut pas hésiter à se servir de l'épée. » S'étant montrés déloyaux, parjures, menteurs, rebelles, scélérats, infâmes, les paysans avaient plus d'une fois mérité la mort dans leurs corps et dans leurs âmes. Aussi non-seulement l'autorité, mais le premier venu avait-il le droit et le devoir de les mettre à mort, car un homme qu'on peut convaincre du crime de rébellion est au ban de Dieu et de l'Empereur, et tout chrétien peut et doit l'égorger, et fera bien de le faire, parce que, vis-à-vis d'un rebelle, chacun est investi des pouvoirs de juge cl de bourreau. « Donc celui qui en a l'occasion peut égorger, exterminer soit publiquement, soit en secret, le rebelle qu'il rencontre, et bien se persuader que rien n'est plus venimeux, plus pernicieux, plus diabolique qu'un révolté. Il en est de lui

' De Wette, t. II, p. 666, 669-670, 671.

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