MARIAGE DE LUTHER
comme d'un chien enragé : si tu ne l'abats pas, il te tuera, et tous ceux de ton pays avec toi. • Toute autorité qui ne châtie point du dernier supplice celui qui s'est déclaré contre elle est responsable des meurtres qui se commettront dans l'avenir. 11 n'est pas question ici de patience et de miséricorde! C'est maintenant le temps du glaive, le temps de la colère, et non celui de la grâce! Luther avait nié jusque-là qu'on pût obtenir le ciel par la prière ou les bonnes œuvres, mais maintenant il écrit : « Nous vivons en des temps si extraordinaires qu'un prince peut mériter le ciel en versant le sang, beaucoup plus aisément que d'autres en priant. Rien qu'eu considération des malheureux que les paysans contraignent à entrer dans leur ligue diabolique, l'autorité peut en toute conscience se servir du glaive. » •- C'est pourquoi, chers seigneurs, déchaînez- vons, sauvez-nous, aidez-nous, ayez pitié de nous, exterminez, égorgez, et que celui qui eu a le pouvoir agisse! Si tu meurs pour avoir suivi ce conseil, ton sort est digne d'envie, car tu ne saurais faire une mort plus sainte '. »
« Que de malédictions n'ai-je pas attirées sur ma tête par mon petit livre contre les paysans! » écrit Luther le 15 juin 1Ö2."> à Jean Rubel et à deux au 1res de ses amis; tous les bienfaits dont Dieu a comblé le monde par mou entremise sont oubliés. .Maintenant les seigneurs, les prêtres, les paysans, tous à la fois sont contre moi et me menacent de mort. Mais comme ses ennemis sont des insensés et des furieux , Luther se propose de les rendre plus fous et plus furieux encore ». Il s'était marié-; le 17 juin, il écrivait à l'un de ses amis en l'invitant à ses noces : » Vous savez ce qui m'est arrivé? .le me suis embarlificolé dans les nattes de ma catin! Dieu prend plaisir à émerveiller, à berner, à rendre fou le monde et moi! Préparez-vous, le jour du festin, à aider ma fiancée à bien certifier (pie je suis un homme'! » .Notre Luther , mande à cette date le prédicant Juste Jouas à Spalatin, a pris Catherine de Bora pour femme. J'étais présent à la fête; j'ai vu la fiancée couchée dans son lit, et, à ce spectacle, je n'ai pu retenir mes larmes! En vérité, Dieu est admirable dans ses conseils et dans ses œuvres 4!
lSämmll. Werke, t. WIV, p. 288-294.
2 De Wette, t. in, p. 1-2.
3 De Wette, t. 1 1 1 . p. 9.
* ■ Lutberos noster duxit uxorem Catharinam de Bora. Ileri adfui rei et vidi sponsam in lhalamo jacentem. Non potui me continere, aslaus huic spectaculo, quin illachrymaren, nescio quo affeciu auimum percellente... mirabilis Drus in consiliis eloperibu» suis! spalatini Ann. d.ius MsNCKEN, I. II. p. 645. Mélanchthon i'tx prime tout différemment à propos de ce mariage, dans une letire confidentielle écrite '1 * amerarius, lettre qui témoigne de peu de respecl pour Luther et pour Catherine de Bofa. Il accuse de tout le mal les religieuses échappées de leur