LUTHER CONTRE LES PAYSANS
De même que Luther regardait son mariage comme l'œuvre de Dieu, il considérait son livre comme inspiré par Dieu même '. C'était de par l'ordre du Seigneur, disait-il, qu'il s'opposait aux paysans, et il ne voyait dans ceux qui le blâmaient et l'accusaient à ce sujet que les complices des rebelles : « 11 faut conseiller à ceux qui critiquent mon pelit livre », dit-il dans une lettre adressée au chancelier de Mansfeld, Gaspard Müller, « de tenir leur gueule fermée, et de veiller sur eux, car certainement leur cœur est en secret révolté. Ils sont du parti des rebelles : ceux qui les plaignent les justifient et ont pitié de ceux dont Dieu n'a pas pitié, qu'il châtie et veut perdre. Celui qui soutient ainsi les coupables, soyez sûr que, s'il en trouvait l'occasion et l'heure, il préparerait de nouveaux attentats, depuis longtemps résolus au fond de son âme. Aussi l'autorité doitelle se saisir de tels personuages, et veiller à ce qu'ils se taisent, et soient bien avertis qu'il ne faut pas plaisanter en un tel sujet*. »
couvent qui demeuraient chez Luther. « Luther », écrit-il, « est un homme extrêmement ardent (àvrip wç \).âiiGza sù/priç), et les religieuses ont employé envers lui toutes sortes de ruses, si bien qu'elles en sont venues à bout. La cohabitation la efféminé et enflammé de passion, bien que ce soit un homme énergique et d'un grand caractère. » « C'est ainsi qu'il est tombé dans le panneau. » Mélanchthon espérait que le mariage améliorerait Luther et le calmerait (Ort ô ߣo? o-jToo-i ctîij.vote 7)ôv aù-rôv 7iocV,crEi). Cette lettre, copiée sur le texte original, a été communiquée par W. Meyer, dans les Sitzungsberichten der Münchener Académie der Wissenschaften philosoph. philolog -und historische Classe, 1876, p. 601-604. — Voy. K. Germanls. IU/urmatorenbilder (Fribourg, 1883), p. 285, note 20.
1 » Dominus me subito aliaque cogilautem », écrivait-il le 20 juin à Venceslas Link; « conjecit min; in conjugium cum Catherina Borensi moniali illa. » Le 22 juillet, il écrivait au même ami : « Bene vale in Domino, ,1e suis lié et emprisonné par Catherine, et je suis couché sur la funèbre litière (jeu de mot intraduisible : Ich liege auf der Bore [Bahre]), scilicet mortuus mundo. Salutat autem te tuamque Catenam mea Catena. » Et à Spalatin le 16 juin : « Sic me vilem et contemptuni his nuptiis feci, ut angelos ridere et omnes daemones flere sperem. Necdum niundus et sapientes agnoseunt opus Dei pium et sacrum et in me uno faciunt id impium et diabolicum. » — De Wette, t. III, p. 3, 10, 18.
5 Luther écrivait à Amsdorf à propos de son livre : « Ego vero non tam misereor nostrorum sociorum, qui me judicantes suum simul spiritum sanguinarium et seilitiosum produnt. Quare gaudeo sic Satanam indignari et blasphemare, quoties a me tangitur. Qui enim sunt nisi Satanae illae voces, quibus me et Evangelium traducere nititur?... Erit forte tempus, ut et mihi liceat dicere : Omnes vo> scandalum patiemini in ista nocte. » « Ego sic sentio, melius esse omnes rusticosca-di, quam principes et magistratus, eo quod rusiici sineauctoritate Dei gladium aeeipiunt. Quam nequiliam Satanae sequi non polest nisi mera satanica vastilas regni Dei, et mundi principes, etsi cadunt, tarnen gladium auctorilate Dei gerunt. Ibi ulrumque regnum consistere potest, quare nulla misericordia, nulla patientia rusticis debetur, sed ira et indignatio Dei et hominum iis, qui non acquiescunt monitis, nec oblatis conditionihus acquissions cedunt, sed furore Salariai solo pergunt omnia miscere, quales sunt isti Thuringici et Franconici. Hos ergo justificare, horum misereri, illis favere, est Deum negare, blasphemare et de cœlo velle dejicere. • — De Wette, t. II, p. 671-672. Le prédicant de Zwickau, Hausmann, qui, sur la demande de l'électeur de Saxe, et contrairement aux conseils de Luther, s'était montré clément envers les paysans,