LUTHER CONTRE LES PAYSANS
« Que si mon sentiment vous semble trop dur, si vous le trouvez violent, emporté, injuste, je vous répondrai que j'ai le droit de parler ainsi, car uu révolté n'est pas digue qu'on parle raison avec lui; il ne veut rien entendre. Ce n'est que par le poing qu'il faut répondre à ces bouches maudites, jusqu'à ce que la sueur leur sorte par le nez! Les paysans ne veulent rien écouter, ils ne souffrent pas qu'on les avertisse ; donc il laut leur frotter les oreilles avec des pierres d'arquebuse, et faire voler leur tète en l'air! A de tels écoliers convient une telle férule! Si l'on dit qu'en cette question je manque d'humanité et de miséricorde, je répondrai : Cessez vos bavardages! 11 s'agit maintenant de la parole de Dieu, qui veut que le souverain soit honoré et les révoltés détruits, et Dieu est cependant tout aussi miséricordieux que vous! » .. C'est pourquoi mou petit livre est équitable et restera tel, quand bien même le monde entier s'en scandaliserait. Ce que j'ai écrit, je le répète encore : Les paysans obstinés, endurcis, aveuglés, qui ne veulent pas être repris, personne ne doit en avoir pitié; que celui qui en a l'occasion les hache, les empale, les égorge, les assomme comme des chiens enragés, et qu'on vienne ainsi eu aide à ceux qui, par leurs méchants conseils, seraient ruinés, séduits et tentés! Exterminer les insurgés, c'est travailler à la paix et à la sécurité générales. «
Si quelques semaines auparavant ' il avait affirmé que le joug pesant et intolérable des princes et des seigneurs avait été la seule cause de la révolte, il était à présent convaincu que la volonté de Dieu s'était révélée pendant la guerre, de façon que les paysans en retirassent une utile leçon; jusque-là, leur vie avait été trop douce; n'ayant pas su apprécier les bons jours, il leur fallait maintenant apprendre à bénir Dieu de leur sort; désormais quand ils auraient à donner uue vache à leur seigneur, ils s'estimeraient très-heureux de pouvoir garder l'autre eu toute sécurité. Ils avaient oublié le prix de la paix, de la tranquillité. Ils ignoraient combien l'on doit se trouver satisfait lorsqu'on peut manger eu paix son morceau de pain et boire son coup de vin sans inquiétude; puisque autrefois ils n'avaient pas su se montrer reconnaissants des bienfaits de Dieu, il était juste qu'ils eu subissent a présent la peine, afin que la démangeaison de L'émeute ne les reprit pas de sitôt.
Les princes et seigneurs, selou la manière dont Luther envisageait
écrivait pour se justifier : • Veuillez m'excuser auprès de Luther. On m'assure qu'on me représente à ses yeux comme ayant mal et injustement a};i en intercédant pour les paysans. Mais je voyais et j'entendais dire que des innocents étaient emprisonnés, qu'on n'usait pas envers eux «le mesures équitables, et que la torture était employée >, etc. — Strobbl, T/iomai Mûnser, \>. i >5. 1 Voy. plus haut, p. 513.
570 VICTOIRES REMPORTEES SUR LES REBELLES, lr.25.
maintenant la question, devaient «i leur tour retirer une leçon salutaire des événements qui venaient de se passer; à l'avenir, ils devaieut se montrer fermes et gouverner avec rigueur. « Avant l'insurrection », disait Luther, « nulle main énergique ne savait tenir les rênes; Tordre n'était nulle part, le peuple avait perdu tout respect, toute crainte. Tout était permis, et tout allait à la dérive; chacun ne faisait que ce qui lui plaisait. On se refusait à payer les dîmes; on ne se plaisait que dans les festins, les débauches, les riches habits, l'oisiveté; il semblait que tous fussent devenus seigneurs. » - De même que l'àne doit être étrillé, le peuple doit être maté; Dieu le sait bien; aussi a-t-il mis entre les mains de l'autorité, non la queue d'un renard, mais un glaive. »
A la fin de sa lettre, il répète encore : « Ce que j'enseigne et écris restera vrai, dût le monde en crever de dépit ' ! »
« Moi, Martin Luther », écrivait-il bien des années après, « j'ai exterminé tous les paysans insurgés; j'ai moi-même ordonné leur supplice, et tout leur sang retombe sur moi. Mais je le fais remonter jusqu'à notre Seigneur Dieu, car c'est lui qui m'a ordonné de parler comme je l'ai fait s! »
Antérieurement à la journéede Frankenhausen, le sénéchal Georges, à la tête des troupes alliées de Souabe, avait remporté une brillante victoire sur une armée de paysans de dix à vingt mille hommes, près de Böblingen (12 mai 1525). Ce succès décisif avait suffi pour apaiser entièrement la révolte du Wurtemberg. Melchior Nonnenmacher, le même qui avait joué du fifre au moment du meurtre du comte d'Helfenstein, et Jacques Wirt, qui avait porté le premier coup a la victime et, revêtu du pourpoint de damas du comte, avait insulté à la douleur de sa malheureuse épouse, furent faits prisonniers; tous deux, liés à des arbres, furent lentement brûlés. .Jacques Kohrbach, pris après le combat tandis qu'il fuyait, fut chargé de fers et condamné au môme supplice. « Les représailles ne furent pas moins barbares que les crimes avaient été féroces. » Le 17 mai, le duc Antoine de Lorraine, qui considérait la guerre comme une croisade entreprise pour la défense de l'Église catholique3, mit en
1 Ein Sendbrief von dem harten Büchlein wider die Bauern. Sämmtl. Werke, t. XXIV, p. 205-.'519.
* Sämmtl. Wirke, t. LIX, p. 284-285.
1 II Alu FELDEN, Bauernkrieg, p. 120.