VICTOIRES REMPORTEES SUR LES REBELLES EN FRANCONIE
milieu de la nuit du 29 au 30 mai, non loin d'Adolzfurt, et précisément au moment où la sanglante bataille allait se livrer. Sa trahison fut pour les paysans le signal de la déroute1. A Königshofen, où l'armée des princes alliés offrit la bataille aux hordes du Neckar et de rodenwald, Georges Metzler, le général en second de 1' « Union chrétienne », chercha également son salut dans la fuite au moment même où l'action allait s'engager \
Pendant cette horrible journée, les paysans, « privés de chef, affolés par la terreur, furent traqués comme un troupeau de sangliers ». » La plupart jetaient leurs fusils, les autres, dans leur épouvante et leur angoisse, ne savaient comment s'en servir; fuir leur semblait la meilleure arme. On en fit un affreux carnage. Une troupe de ces malheureux s'étant jetés dans un bois, pensant pouvoir se défendre en interceptant les chemins, furent mis à mort par les soldats. Les uns grimpaient sur les arbres et étaient abattus à coups de mousquet; les autres étaient massacrés par les piques de la cavalerie, ou périssaient sous les pieds des chevaux. Environ treize cents finirent ainsi3. » « Le chiffre total des victimes fut de trois mille4. Il y eut trois cents prisonniers. L'artillerie, les munitions de guerre furent capturées. - Et les vainqueurs, pleins d'allégresse, parcouraient le champ de bataille, au joyeux son des clairons et des trompettes.
Le 3 juin, Mergenstein se rendit à grâce et à merci ». Le 4, les armées de Franconie, commandées par Florian de Geyer, furent mises en déroute à Ingolstadt, au sud de Wurzbourg ä. « Au village et
1 Voy. Wegele, p. 159-164. — Voy. Stalin, t. IV, p. 304-305, note 3. Le 29 mai, Götz rapportait à Hans Reuter, maire de Bieringen, qui commandait avec lui l'armée de l'Union, qu'il avait obtenu de Dietrich Spiit, au nom de la ligue souabe, la promesse que les paysans, même s'ils avaient commis des actes d'hostilité envers la ligue, seraient reçu>à miséricorde et merci, excepté les moteurs de l'émeute et les meurtriers de Weinsberg. Mais comme les paysans ne voulurent point croire Götz, il s'écria : ■ Plutôt je serai loin de vous, plus je serai satisfait. car, de la manière dont vont les choses, je vois bien que je ne pourrais longtemps mériter vos remerciments! Me mettre en campagne, guerroyer contre les ennemis ne me convient pas, car bien que j'aie soutenu votre cause, je suis engagé, comme vous le savez, avec la ligue, et en récompense de tout le zèle que j'ai montré pour vous, elle me ferait vite mon affaire. Donc, je vous supplie de me décharger de mon fardeau. » « En dehors de cela », poursuit Götz, je n'ai rien à te mander, si ce n'est que la ligue a beaucoup de cavalerie. Uans Berlichingen Rossa.ch, p. 237 — Voy. l'article de Baumgartner sur Götz de Rerlichingen dans les Stimmen aus Maria Luach, 1879, p. 310-313.
1 Voy. BENSEN, p 424.
3 Herolt, p. 109-110.
' < 'est le chiffre que donne Georges de Waldbourg dans sa relation de la bataille. — Voy. Be.nsen, p. 569.
5 Florian de Geyer parvint à se frayer un passage à travers l'armée ennemie, et se rendit dans le territoire de Hall, où, le 9 juin, il succomba dans un duel avec son beau-frère Guillaume de Grumbach, devenu plus tard si célèbre. — Voy. Stalin, t. IV, p. 306.
VICTOIRES REMPORTÉES SU« LES Kl -HKI.I.KS EN FKANCONIE. 1525. 575
château d'ingolsladt *, raconte Schàrllin de Burtenbach dans ses Mémoires, « nous avons massacré quatre mille paysans. Quatre cents s'étaient réfugiés dans les ruines du château incendié, où ils avaient élevé un fort retranchement; mais nous en sommes vite venus à bout, et, après la victoire, presque tous ont péri; dans une église voisine, deux cents paysans ont été brûlés vifs1. Plusieurs se sont laissé mettre à mort sans aucune résistance, dans l'endroit même où ils s'étaient réfugiés; ils criaient comme des porcs; quelques uns s'enfonçaient la tête dans le sol, s' imaginant qu'on ne les verrait point. Ceuxci se cachaient les yeux pour ne point voir; ceux-là imploraient la miséricorde de Dieu. Ou en fit un tel carnage, sans qu'ils songeassent à se défendre, qu'il semblait qu'une bande de loups vint fondre sur un troupeau d'oies ou de moutons. Vn cavalier en égorgea dix et plus à la lois; ces malheureux se tenaient serrés les uns contre les autres; pas un seul ne se défendit2. Le 7 juillet, Wurzbourg se rendit 3.
1 Lebensbeschreibung des Hitlers Sebastian Schertlin de Burieubach (Francfort, 1877;, p. 1 i.
- IlEUOLT, p. 110.
3 -Jusqu'alors , raconte Laurent Fries 'p. 329), « voici comment les choses s'étaient passées a Wurzbourg : Toute autorité, tout pouvoir avaient été retirés au clergé; il avait du se soumettre aux bourgeois et aux paysans; non-seulement il avait été obligé de s'incliner, de s'humilier, mais encore, pour n'être pas entièrement ruiné, il lui avait fallu solliciter la protection et l'appui de ceux qui avaient en main la puissance. Volontiers les clercs se seraient faits bourgeois, mais on ne voulait pas le leur permettre. Aucun d'eux ne pouvait fuir, et pour pouvoir conserver quelque chose ils étaient obligés de le cacher en j;rand secret. « ■ A présent tout était bien changé. Si auparavant les clercs, dont la vie avait été si douce autrefois, avaient dû implorer les bourgeois, maintenant c'étaient les bourgeois qui imploraient l'assistance des clercs. Ils les suppliaient d'intercéder pour eux auprès de leur commun seigneur, l'évêque. Quelques-uns, à cause de la difficulté des temps, avaient adopté l'habit militaire; mais a présent ils reprenaient leurs habillements ordinaires. Plus d'un bourgeois qui avait coupé ses cheveux et s'était fait faire une blouse aurail bien voulu maintenant retrouver sa chevelure. Quelques membres du conseil allèrent trouver le seigneur Eucharius de Thungen et le seigneur Michel de Saunsheim, chanoines, et les supplièrent, ainsi que leurs confrères, d'implorer leur grâce auprès des princes, ce que firent les deux chanoines; ils écrivirent à l'évêque, et envoyèrent !a lettre à Unterfrauenberg, pensant que l'évêque s'y trouvait. Mais il n'était pas encore au château. » Le bourgmestre et le conseil de la ville lui écrivirent donc euxmêmes (5 juin 1525) : ■ Très-j;racieux prince et seigneur, les dévastations impies que nous avons sous les yeux nous ont toujours été en horreur, et surtout la lamentable effusion du sang, le dommage fait aux terres et aux ;;ens, et particulièrement aux sujets de Votre Grâce, dont Dieu, du haut du ciel, daigne avoir compassion! Nous avons donc, eux et nous, été trouver les paysans révoltés et leur Fraternité, à laquelle ils ne donnent pas un autre but que la défense de l'Évangile, bien qu'ils aient un tout autre motif. Nous avons beaucoup examine la question, et demandé, particulièrement aux conseillers de Votre Grâce, comment de h Iles rébellions pourraient le plus aisément être apaisées. Mais tout cela n'a servi de rien auprès des paysans; ils se sont obstinés dans leur entreprise; ils nous ont contraints d'entrer dans leur Fraternité, ce que nous avons fait pour sauver nos corps et nos vies, mais à la