LIVRES DE PIÉTÉ, É VA NG ÉLIAI R E S
sion, tout chrétien doit s'exciter soigneusement au repentir et à la douleur J. »
Avec les livres d'enseignement religieux el les manuels pour la confession, paraissaient encore en abondance des récits de la vie de Jésus- Christ « tirés des quatre évangélistes et accompagnés de courtes instructions chrétiennes », puis ce qu'on appelait les Plenarks (Livres des Evangiles), qui contenaient des explications en allemand de la sainte Messe. Le nombre des livres de piété, de vies de saints, de légendes pieuses, grossissait d'année en année2 : « Il est très-utile pour les chrétiens instruits, ainsi que pour les ignorants », écrivait le réformateur ecclésiastique Jean Busch, « de posséder et de lirejournellement des livres édifiants sur les vertus et les vices, sur l'Iucarnation, la vie et la passion de Jésus-Christ, la vie, les saintes actions et les tourments des saints apôtres, martyrs, confesseurs et vierges, les homélies et les sermons des saints, car ils nous excitent à l'amélioration de notre vie, aux bonnes mu'iirs, à la crainte de l'enfer et à l'amour de la patrie céleste3. »
« Homme orgueilleux, dit YEvangilc de Bàle (1504), n'as-tu pas honte de ne pas prendre la peine d'acheter de bons livres, lorsque tu peux maintenant les avoir pour si peu d'argent? Tu y apprendrais des choses qui t'attireraient à une véritable humilité et qui nourriraient ton âme, au lieu de dépenser inutilement ton avoir pour des objets de luxe et de vanité *. »
Une attention toute particulière doit être accordée aux livres d'enseignement religieux connus sous le nom de Plenarks. De 1470 à 1519, il en parut quatre-vingt-dix-neuf éditions et remaniements différents, en haut et en bas allemand '. Ces livres contiennent les épitres et les évangiles de l'année ecclésiastique, avec leur explication. Dans les éditions augmentées, on trouve encore le texte allemand des prières de la messe pour tous les dimanches et fêtes, les explications de la liturgie, et des récits instructifs autant que saisissants destinés à graver dans les esprits d'une façon durable et pénétrante les conseils du pieux livre. Si l'on n'avait conservé de cette époque d'autres livres d'enseignement que les Plenarks, ils nous fourniraient à eux seuls la preuve irrécusable que pour l'instruction religieuse du peuple, il fut fait davantage à cette époque que dans les
s Un des plus beaux, le Passioual, ou Vies des Saints, parut chez Koburger, en 1488, à Nuremberg; il est orné de deux cent soixante-deux gravures sur bois. Falk, Druckkuntl, 83-98.
3 BUSCHIUS, p. 926.
4 Üas plenarie liuoch (Bàle, 1514, p. 228).
3 Voy. le catalogue des diverses éditions si soigneusement dressé par Falk, Druckkunst, p. 80-83.
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temps qui Font procédée ou suivie. En effet, quant au fond, ces livres sont supérieurs, sous bien des rapports, à ce qui se publie aujourd'hui dans le même genre, et certains d'entre eux peuvent compter parmi les meilleurs ouvrages qu'ait produits la prose allemande '.
Tous ces livres, destinés à l'usage général du peuple, prouvent évidemment que les enfants et les adultes étaient instruits dans les plus hautes vérités du salut et conduits à une vie chrétienne vraiment solide. Nulle part on n'y entend parler du salut par les bonnes œuvres, d'un culte idolâtre des saints ni d'une doctrine faussée sur les indulgences. A la vérité, dans les histoires mêlées à ces livres d'instruction et de piété, et dans les légendes des saints, il y a un amour du merveilleux qui prend toutes les formes, et se porte bien souvent sur des choses puériles. Mais à travers ces scories brille l'or pur d'une foi inébranlable en la puissance suprême qui anime et gouverne tous les êlres, est partout présente, abrite paternellement les bons, ébranle les chancelants, et brise, dans sa redoutable vengeance, les audacieux et les révoltés. Aussi ce merveilleux ne laissait-il pas que d'avoir une salutaire influence sur la conduite de milliers d'âmes -. « Il n'est pas nécessaire que tu croies toutes les merveilles que tu lis dans les livres pieux », dit le Guide de rame. « Les miracles de la sainte Ecriture sont véritables, et il y en a encore beaucoup d'autres qui sont tout à fait dignes de créance, et que les chers saints opèrent par la grâce de Dieu; mais sache que, dans les livres, beaucoup te sont seulement racontés pour te servir d'exemple et te montrer la splendeur de la puissance et de la majesté de Dieu, qui récompense les bons et punit les méchants 3. »
Dans l'ensemble des livres employés et reconnus par l'Église, nous trouvons la doctrine la plus pure, la plus authentique, la plus orthodoxe. La note fondamentale qui y domine est bien rendue par les paroles d'un Exercice pour se préparer à la sainte Communion, édité à Bâle et souvent réimprimé : « Entre dans l'intime de ton cœur. Trouves-y Jésus crucifié; cache-toi dans ses plaies sacrées. Loin de toi toute confiance en tes propres mérites; tout ton salut ne se trouve que dans la croix de Jésus-Christ. Mets-y donc avec joie ton unique espérance *. « Citons aussi les paroles du cantique par lequel commence le Petit Jardin béni :
Le soleil de la divine ryrace Luit sur nous, plein d'amour.
1 ALZOG, p. 13-04. — Falk, Druekliunst, p. 20-33.
2 Comme le dit très-justement IIurter, Papst Innocenz II/, t. IV, p. .r>37.
* Alzoc, p. "I. — V'oy. les excellentes explica! ions de Munziîxdgugrr, p. 51-72