‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 610 sur 630 · LE MARGRAVE CASIMIR D'ANSPACH-BAIREUTII ET LES INSURGÉS · texte numérisé non relu

LE MARGRAVE CASIMIR D'ANSPACH-BAIREUTII ET LES INSURGÉS

daus son château d'Onolzbach. Ce ne fut que le 13 mai qu'il en sortit, à la tête de sept cents cavaliers et de mille fantassins, pour aller établir sou camp à Markt Erlbach, et là, il noua d'actifs pourparlers avec les chefs des révoltés, qui assiégeaient alors Wurzbourg. Le 10 mai, le comte Guillaume de Henneberg, lui-même du parti des paysans et zélé partisan du nouvel Évangile, représenta au margrave .< qu'il serait maintenant très-facile, avec l'aide des troupes insurgées et du landgrave de Hesse, de transformer l'évêché de Wurzbourg en principauté temporelle, et de faire d'un margrave de Brandebourg un duc de Frauconie ». « J'ai appris aujourd'hui de bonne source », écrit le 25 mai le chancelier Eck à son maitre le duc Guillaume de Bavière, « que le margrave, qui s'était contenté jusqu'ici d'assister aux événements, espère maintenant tirer bon parti de la détresse de Nuremberg et de la malheureuse situation des évéques de Wurzbourg et de Bamberg. » Des espions, envoyés par le conseil de Nuremberg dans le camp des révoltés, rapportèrent que les paysans étaient fort bien disposés pour Casimir, et parlaient de porter la guerre, non dans ses Étals, mais à Nuremberg. Jusqu'au 17 mai, ils restèrent persuadés que le margrave recevrait les douze articles, et deviendrait bientôt « un frère chrétien1 ».

Mais l'approche de l'armée palatine, sa jonction avec la ligue souabe, et surtout la bataille de Königshofen, avaient fait prendre un aspect tout nouveau aux événements. Casimir devint tout à coup le violent adversaire des bourgeois et des paysans révoltés, et marcha contre eux, « portant partout le meurtre et l'incendie ». Le 8 juin, à Kitzingen, il fit, en un seul jour, crever les yeux à cinquante-sept bourgeois; un peu plus tard, à deux frères; ces exécutions étaient publiques, et se passaient au milieu des lamentations des femmes et des enfants; un grand nombre d'insurgés eurent les doigts coupés2. La plupart des pauvres mutilés moururent prompte-

1 Voy. Jörg, p. 610-615. — Bensex, p. 345, 385, 401, 404. — La liste des châteaux et des couvents détruits se trouve à la p. 566. — Voy. Baumann, Quellen aus Iioienburg, p. 619. Castell était au nombre de ses châteaux. « Lorsqu'il fut assailli, le comte était au château de Frauenberg. La comtesse et ses cinq enfants, dont l'aîné n'avait que six ;ins, furent chassés de chez eux, et comme, par crainte des paysans, tout le monde leur refusait un abri, ils se cachèrent pendant quatre semaines sous le noyer de Léonard llertlin, vivant d'aumônes. La comtesse envoya son petit enfant, âgé de trois mois, avec sa nourries, au château de Breuberg, où demeurait son père, le comte Michel. En chemin, la nourrice fut reconnue, et un paysan se disposait déjà à écraser contre li muraille le « fils du seigneur », lorsque la nourrice le sauva, en jurant qu'il lui appartenait. » — Bensen, p. 402, noie.

* Holzwart, qui porte à soixante-dix le nombre de ces infortunés, rapporte : ■ Plerique, antequam oculis privarenlur, rogahant, uti potius vel strangularentur vel decollarentur, se enim potius oplare mortem, quam tarn miseram et Jumine orbatam ducere vitam, sed nullus vel ad graviora vel ad leviora sup-

lîEDDITION DE S C II \Y E I N F U RT ET DE BAMBERG. 1.025. 579

ment; le peu qui survécurent, après qu'on les eut dépouillés de tout ce qu'ils possédaient, furent relégués a dix milles de Ditzingen; ils s'en allaient par petits groupes, formant un spectacle digue de pitié; ils traversaient le pays se tenant Tun l'autre par la main, et mendiant. Un chanoine d'Anspach écrivait d'Onolzbach à l'un de ses parents (8 mai 1525) : Le margrave fait décapiter ou passer au fil de l'épée les capitaines de compagnies; il confisque les biens des absents, rançonne les habitants, e! fait incendier beaucoup de villages; cette rigoureuse répression ne cesse point. Dès qu'un révolté se présente, l'échafaud se dresse sur la place du marché; les supplices sont très- fréquents, ici et ailleurs; beaucoup de rebelles ont eu les doigts coupés. On a ôté aux paysans leurs armes, munitions et vivres. Des centaines de fourgons, chargés de tout ce qu'ils avaient dérobé aux couvents, aux châteaux et aux églises, ont été dirigés sur Onolzbach, et cela forme un gros butin, comme je l'ai vu moi-même de mes propres yeux. » Dans les tristes événements qui se succèdent, on n'entend parler que de sanglantes rixes, de dures calamités; le nombre des veuves et des orphelins augmente tous les jours. Le sang innocent coule à flots, car beaucoup ont été eut rainés comme malgré eux dans la sédition, espérant toujours que ceux qui étaient cause de tout le mal seraient prompteraent atteints par la justice de Dieu '. Pour payer la solde de ses troupes, le margrave confisqua l'argent, les joyaux, les vases sacrés, les cloches des abbayes placées sous sa juridiction2.

Le 13 juin, l'armée de Casimir vint s'unir, devant Schweinfurt , à l'armée de la ligne souabe, commandée par le sénéchal Georges qui, la veille, avait quitté Wurzbourg. Schweinfurt ne fit point de résistance, et ses bourgeois s'engagèrent à payer chacun dix florins

pliria exorare poterat; ajebat enim (le margrave) illos jurasse, se ne quidem aspecturos marchioneiii, igilurse illorum vous consulturuni, ne, si quando se aspicianl, perjuri liant. ■ — BaumjlNN, Quellen, p. 685.

J Lettre de die Joris pott Pentheeosten, (8 juin) 1525, dans QEschle, p. 12D- J31.

2 llöFLER, Fränkische Studien, t. VIII, p. 206, n<" 153 et 15*.

1 Laurent Fries rend compte comme il suit de ce qui se passa après le départ de l'armée des alliés (p. 337) : ■ Ouand donc les princes et les alliés furent partis avec leurs hommes d'armes, Pévéque de Wurzbourg prit à sa solde nue troupe de lansquenets dont le capitaine se nommait Gaspard de Uotenh.ui. Ces lansquenets lurent logés dans la ville et dans les maisons bourgeoises, ei chargés de réprimer loute tentative d'émeute au cas où il s'en produirait. Or, la solde et le vin étaient bous; aussi les lansquenets chérissaient-ils leur oisiveté. Bientôt ils commencèrent à faire du tapage et du désordre, et les bourgeois devaient les régaler et les abreuver, sachant trop que, sans cela, ils auraient à s'en repentir. Les soldats leur parlaient d'une façon rude et grossière, ainsi que les valets et vauriens qu'ils attiraient dans les maisons. Ils s'invitaient l'un l'autre dans leurs logements; ils se livraient à la bonne chère, et ne payaient

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