S0 REDDITION DE SCHWEINFURT ET DE BAMBERG
d'amende comme indemnité de guerre. Le comte Guillaume de Henneberg, ayant rompu avec les paysans, reçut cinq mille florins en dédommagement des pertes subies. Dans l'évêché de Bamberg, « les généraux élus, les délégués des villes et des districts de l'évêché de Bamberg », prenaient encore le 23 mai la résolution de détruire ou d'incendier les donjons, les places fortes « qui avaient été pour leurs ancêtres et pour eux une cause si funeste d'oppression et d'injustice' ». L'évêque, comme il le mandait au sénéchal, « avait été serré de si près et tellement maltraité par ses propres sujets, que ni lui ni son chapitre ne savaient, tant avait été grand leur effroi, s'ils parviendraient jamais à sauver leurs vies ». Mais l'approche de l'armée alliée fit perdre toute assurance aux insurgés; quatre cents d'entre eux s'enfuirent dans la direction de Nuremberg, et, le 19 juin, le conseil et la population de Bamberg renouvelaient entre les mains de l'évêque leur serment de fidélité. Un traité fut conclu : les vaincus s'engageaient à restituer aux clercs leurs propriétés, à reconnaître leurs privilèges, à rendre tous les objets précieux dérobés aux églises, à payer les dîmes, redevances et taxes comme dans le passé, enfin à livrer toutes leurs armes. Quant aux griefs que la bourgeoisie pouvait avoir contre l'évêque, elle promettait de s'en rapporter à la décision du Conseil de régence ou bien au jugement de la ligue souabe; deux chefs de rebelles furent décapités sur la place du marché; on confisqua les biens de neuf bourgeois, compromis dans l'insurrection2. En l'espace de peu de jours, la révolte était complètement apaisée.
Le 22 juin, le margrave Casimir fut autorisé par le général en chef de la ligue • à punir, décapiter, confisquer, brûler, piller, comme il le trouverait à propos dans la ville et le territoire de Bothenbourg; à châtier tout rebelle selon ses méfaits, et de la manière qui lui paraîtrait la plus équitable ».
rien pour cela; et quand ils s'étaient bien grisés, ce qui était leur principale besoftiie, ils juraient, blasphémaient, brisaient les portes et les fenêtres, ou bien eux et les leurs se conduisaient d'une façon indécente et abominable avec les femmes et les filles, n'épargnant personne, que ce fut une jeune fille, un enfant ou une matrone. Et les bourgeois n'osaient pas se plaindre. Bien que quelques-UDS d'entre eux eussent obtenu à prix d'aryent du capitaine ou d'antres hauts personnages la permission d'être quelque temps délivrés de leurs botes, ils devaient les reprendre aussitôt qu'ils cessaient de payer, et se voyaient enfin obligés de supporter cette charge dans leur maison. Et les bourgeois des faubourgs ne furent pas épargnés; après qu'on eut laissé quelque temps les lansquenets dans la ville, on les cantonna dans les faubourgs. Ce fut alors que les bourgeois de Wurzbourg virent et comprirent ce que c'est que la guerre, et tout le malheur qu'ils avaient attiré sur leur cité. ■
] Schreiben an Nürnberg, mardi après l/ocemjucunditatis(2'i mai) 1525, dans IIÖFLER, Fränkische Studien, t. VIII, p. 268, n° 157.
8 BEHSEN, p. 456*458, Histor. polit. Blätter, t. LXXXV, p. 902.
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A Bolhenbourg, depuis la défaite de Königshofen, les paysans étaient tombés dans le plus profond découragement. Bourgmestre et conseillers avaient ressaisi le pouvoir, et le 7 juin, le conseil envoya des délégués au camp du sénéchal, à Heidingsfeld. Ah! vous voilà! vous humiliez-vous enfin? s'écrièrent les soldats de la ligue eu les apercevant. Il en élait vraiment temps! encore un peu, et nous allions vous chercher chez vous! La ville fut condamnée â payer sept florins d'amende pour chaque maison située à l'intérieur de ses murs d'enceinte (en tout quatre mille florins), et de plus mille florins pour indemnité de guerre. Elle abandonnait à la ligue le châtiment des rebelles. F. tienne de Menzingen, jeune gentilhomme qui avait été l'un des principaux fauteurs de la révolte, tenta de s'évader, mais il fut arrêté et conduit en prison. A mon aide, braves bourgeois! ■ criait-il tandis qu'on l'entraînait; à mon secours, frères chrétiens! Mais une voix lui cria de la foule : « Ami, le temps de la Fraternité est passé! Tous les efforts du margrave pour obtenir la mise en liberté de celui qui avait été autrefois sou intime ami furent inutiles. Le 2tt juin, à la tête de deux mille soldats, Casimir fit son entrée dans la ville. Le conseil lui remit la liste des principaux chefs de l'insurrection. En téfc de cette liste figuraient les prédicants Deutschlin, le moine aveugle Carlstadt, puis Menzingen et Ebrenfried Kumpf, ce dernier coupable d'avoir soutenu Carlstadt, usurpé à Wurzbourg la charge de bourgmestre, et conseillé la destruction de trois châteaux; la liste se terminait parles noms de soixante-trois bourgeois, accusés d'avoir mal parlé de l'Empereur, des princes, des seigneurs du conseil, des autorités, et d'avoir dit hautement et avec menace qu'ils aideraient les paysans à pénétrer dans la ville, chasseraient les conseillers, les • honorables », les riches bourgeois, et partageraient le butin avec les émeutiers. Beaucoup d'inculpés, Ehrenfried Kumpf et Carlstadt entre autres, avaient réussi à s'évader a temps '. Le 30 juin, après que le conseil
1 Le récit que nous a laissé Carlstadt de sa fuite est intéressant. * A Thttngersbeim, entre Wurzlxuirg et Carlstadt, j'aperçus -, raconte-t-il, un groupe de paysans; ils étaient armés d'arquebuses et d'autres armes, .le les entendis dire que si quelqu'un du nom de Carlstadt venait a passer avec sa Femme, ils mettraient la niai n sur ses bagages. A Sie tt en, a un demi-mille de Carlstadt, un paysan me reconnut, et nie dit que Luther et moi, nous étions cause de lout le mal. Mais je me débarrassai de cet homme et d'autres encore avec de bonnes paroles. ■ \on loin de Thüngen, quelques paysans voulurent le dévaliser, lui et sa femme : «A Froniensbach, des voleurs faisant partie des hordes de paysans me reconnurent, délibérèrent entre eux. et décidèrent, la veille de la Trinité (M) juin), qu'ils me lieraient à un arbre dans la foret de Spessart et me mettraient à mort, pour s'emparer ensuite des effets qui nous restaient encore, à ma femme et a moi. • Mais ce dessein fut révélé a temps à Carlstadt, et il parvint à s'évader. — Voy. l'article de su-it/ >ur Gérard Westerbourg, p. 69-70. A la prière de Luther, Caris tadt obtint la permission de rester en Saxe, à la condition qu'il rétracterait ses
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et la populalion eurent renouvelé leur serment de fidélité, dix bourgeois lurent décapités sur la place du marché. Casimir ayant fait un dernier effort pour sauver Menzingen, Deuschlin et le moine aveugle, le conseil déclara avec fermeté qu'il lui était impossible de souscrire au désir du prince, parce que, s'il épargnait ces criminels, tout le monde aurait le droit de lui reprocher d'avoir commis la veille une criante injustice envers ceux qui avaient été mis à mort. D'ailleurs, ces trois hommes ayant été les véritables fauteurs de la révolte, on ne pouvait leur foire grâce. Casimir fut obligé de sacrifier ses protégés; leurs têtes tombèrent le jour suivant; quatre bourgeois et deux chefs de paysans curent le même sort. Le conseil exerça plus tard d'autres rigoureuses représailles. Un prédicant des environs, qui avait assuré aux paysans qu'il avait le pouvoir d'envelopper Rothenbourg d'un brouillard si épais que trois cents hommes pourraient y pénétrer sans être aperçus, fut attacbé au pilori, marqué au fer rouge et fouetté de verges. Plusieurs rebelles eurent les yeux crevés ou les doigts coupés. La maison du tondeur de drap Kilian Etsclich, qui avait servi de lieu de réunion aux insurgés, fut rasée; à la place où elle avait été, on sema du sel. Cent ans après, le « sol maudit » était encore un lieu d'épouvante pour le peuple. Ehren fried Kumpf fut condamné à payer une amende de quatre cents florins; on lui restitua son capital, mais on lui défendit d'habiter Rothenbourg. Il mourut fou.
La misère était générale. Un grand nombre de gentilshommes, empêchés par un jugement rendu par la ligue sonabe de faire valoir auprès de la ville leurs droits à des indemnités de guerre, ne se faisaient aucun scrupule de chercher un dédommagement à cet arrêt, en pillant, brûlant, rançonnant dans les environs.
Le margrave Casimir, en vertu d'une convention signée le 3 juillet 1 Ô2ô, obtint, comme indemnité de guerre, la cession des villages appartenant à la ville, dans le territoire d'Aisch, et beaucoup d'autres situés en dehors de la landwehr1.
erreurs, et s'engagerait à ne plus écrire ni prêcher. Il s'établit d'abord à Segrena, puis à Kemberg, où il tint longtemps une boutique ambulante de bière el d'eau-de-vie. L'opinion généralement reçue que, dans les années qui suivirent, il ne chercha plus à faire triompher sa doctrine de l'Eucharistie, est erronée. Voy. Justification, dédiée au chancelier Brück à Weimar (mercredi d'après suint Laurent), 12 août 1528, dans la Zeitschrift fur wissenschaftliehe Theologe, t. VII, p. 99- 112. L'éditeur, E. Labes, remarque • qu'elle semble pleine de dignité et de modération, comparée aux invectives de Luther. Carlstadt, en effet, ne se plaint pas des critiques dont ses opinion, sont l'objet; il se borne a déplorer que la doctrine qu'il défend, et qui lui tient tout autant au cœur qu'à Luther la sienne, ail été brutalement rejetée sans avoir été examinée. »
1 Thomas Zweifel, dans Baumanx, Quellen aus hotenbourg, p. 469. — Voy. Bknskn,