JACQUES \VI MPI! KLING
dans les écoles. C'est cet esprit qui donna naissance aux nombreuses fêtes scolaires, aux représentations théâtrales si fréquentes alors1, à la fête de saint Grégoire ou jeu de l'évêque, à celles du carnaval, de saint André, de saint Nicolas, de Noël », fêtes qui dans leur gaieté franche et spontanée exerçaient une action si bienfaisante sur la jeunesse, et lui donnaient l'heureux sentiment du plaisir de vivre.
L'école florissante dirigée à Schlestadt par Louis Dringenberg, et qu'on avait surnommée la « perle de l'Alsace », avait une importance encore plus grande que les établissements du Rhin dont nous avons déjà parlé. Elle tenait le premier rang en Allemagne parmi les écoles où la lecture des classiques et les études historiques concernant l'histoire nationale étaient poursuivies avec le plus de zèle3. Elle comptait souvent de sept à huit cents élèves*; et parmi ceux-ci, à côté d'un Jean de Dalberg et d'un Geiler de Kaisersberg, nous voyons apparaître le futur « instituteur de l'Allemagne », Jacques Wimpheling5.
Wimpheling naquit à Schlestadt en 1450. C'est une des plus influentes et des plus attrayantes personnalités de la fin du moyen âge. Non que son caractère fût aussi bienveillant, irréprochable, élevé au-dessus de tous les malentendus d'ici-bas que celui d'un Agricola ou d'un Hégius; il était, au contraire, mordant et âpre dans la discussion * , souvent imprudent dans ses paroles, et maladroitement hardi dans ses sorties. Outre cela, s'il faut en croire ses propres aveux sur lui-même, la maladie et l'excès de travail le rendaient de temps en temps injuste et amer. Mais sa conduite noble et désintéressée, son infatigable activité comme professeur et écrivain, sa constante et prompte bonne volonté pour le bien, lui avaient gagné les cœurs de ses contemporains 7. Wimpheling n'était pas seulement un savant, c'était aussi un publiciste; sa grande énergie morale, son
1 KniF.GK, p. 98-99. — Voy. la Germanie de Pfeiffer, t. F. p. 135. — Falk. Die Schul und Kinder/este im Mittelalter (Francfort, 1880,'. — Xettesheim. p. 145-157.
2 Voy. klUEGK, Bûrgrrthum, t. I, p. 435-442. 5 Id., Bürgerlhum, neue Folge, p. 93-94.
* Wimpheling, De arte impressoria, fol. 17.
5 En 1517, l'école comptait neuf cents élèves. — Roiiiug. p. 207-209. — SciuiEiHER, t. I, p. 119-121. — Radkk, Gesch. der Stadt Freiburg, t. I, p. 530.
6 (ÎOEDECKE, Xarrenbeschicörung , t. XII-XIV.
7 Sur Wimpheling, voy. les travaux de Wiskowatoff et de Schwarz, puis Aufsalt in den Histor, PolU. ßlätttrn, t.LXI , p. 593-613.
incorruptible amour de la vérité, son noble esprit de patriotisme le rendaient particulièrement propre à populariser la science, cbo^e dont jusque-là on s'était encore peu soucié. Son savoir, comme ses facultés littéraires, furent uniquement consacrés à son propre perfectionnement, à l'élévation de l'esprit national dans toutes les classes du peuple, à la réforme des abus ecclésiastiques et à la gloire de son pays. « A quoi bon tous les livres, écrit-il, à quoi bon les plus savants ouvrages, les plus profondes recherches, s'ils ne servent qu'à flatter la vanité de leurs auteurs, et ne font, ni ne veulent faire progresser le bien général? Une science si aride, si inutile, si nuisible, venue de l'orgueil et de l'égoïsme, ne peut que produire une présomption coupable et que fomenter toutes les mauvaises inclinations et toutes les passions impures. Si ces sentiments dominent dans l'âme d'un auteur, sesécritsne sauraient exercer unebonne influence. » « A quoi toute notre science peut-elle nous servir », demande-t-il à un autre endroit, « si nous n'avons pas les nobles intentions qui y correspondent? A quoi bon tout notre travail, s'il ne nous conduit à la piété; toute notre science, si elle ne nous donne l'amour du prochain; toutes nos lumières, si nous ne devenons humbles? Pourquoi l'étude assidue, si elle ne nous remplit d'urbanité? »
La meilleure manière, selon lui, d'atteindre les résultats les plus pratiques et les plus utiles, c'est de se vouer à l'instruction; car c'est de la meilleure éducation de la jeunesse que doit sortir la vraie réforme, non-seulement celle de l'Église, mais encore celle de l'ordre légal dans la société et dans la famille. « Le véritable fondement de notre religion », écrivait-il en dédiant à son ami le prévôt du chapitre de Spire, Georges de Gemmingen, l'un de ses écrits pédagogiques, « le soutien de toute vie honorable, l'ornement de toute condition, la prospérité de la chose publique, la connaissance solide de la doctrine sacrée, la victoire assurée sur l'impureté et les passions, tout cela repose sur une éducation bien entendue, à laquelle on a su apporter des soins intelligents. »
Aussi la formation de la jeunesse était-elle le souci dominant de sa vie; si Hégius, dont il ne prononçait le nom qu'avec vénération, fut le plus grand pédagogue allemand de son siècle, Wimpheling fut le plus parfait des écrivains pédagogiques de l'époque et l'un des plus excellents promoteurs d'un enseignement perfectionné, basé sur uue manière essentiellement chrétienne d'envisager le monde et la vie. Aussi Reuchlin l'appelait-il « une colonne de notre religion », et après sa mort, Beatus Rhenanus, faisant son éloge, disait de lui : « Wimpheling, en aimant, encourageant et protégeant l'éducation de la jeunesse, a travaillé plus que personne en Allemagne au progrès de la science. » A l'exemple d'TKneas Sylvius, qui avant son élévation