‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 76 sur 630 · JEAN DE DALBERG · texte numérisé non relu

JEAN DE DALBERG

célèbre dans le monde entier, fut créée par lui; il possédait en outre une bibliothèque privée, riche en ouvrages grecs, latins et hébreux, qu'il mettait sans nulle réserve à la disposition de tout travailleur désireux d'y faire des recherches. Jean Reuchlin, que Dalberg avait attiré auprès de lui, appelle cette bibliothèque un trésor unique en Allemagne, et, plein de reconnaissance, nous apprend qu'il a toujours pu en jouir à son gré et en toute liberté '.

Lorsque Jean Reuchlin (né à Pforzheim en 1455) vint à Heidelberg (1496), il comptait déjà parmi les illustrations de la science. Entouré d'un auditoire considérable d'hommes faits et de jeunes gens, il avait professé le grec et le latin à l'Université de Bâle dans sa jeunesse. Personne ne peut lui disputer le mérite d'avoir été en Allemagne l'un des premiers savants dont l'exemple, l'influence, les constants encouragements, ont fait comprendre ^'importance et la nécessité de l'étude de la langue et de la littérature grecques, et donné une inviolable place à la langue d'Homère dans le haut enseignement ». En Italie, sa connaissance du grec lui avait valu la considération de tous les hommes cultivés. Sa réputation comme écrivain est également établie. Le dictionnaire latin qu'il avait publié à Bâle, étant à peine âgé de vingt ans, paraissait presque chaque année en édition nouvelle. Il traduisit en allemand deux discours de Démosthène et une partie de l'Iliade, beaucoup d'autres auteurs grecs en latin et un ouvrage sur les quatre idiomes du grec. De plus, il occupait comme jurisconsulte à la cour du comte Ebrard de Wurtemberg une position cousidérée, avait dirigé dans beaucoup de diètes les affaires de son maître, et reçu de nombreux témoignages d'honneur. Voulant honorer sa vie sans tache et la'noblesse l'élévation de son caractère, l'empereur Maximilien lui avait conféré la noblesse en l'élevant et l'avait élevé à la dignité de comte palatin de l'Empire.

A Heidelberg, où il séjourna plusieurs années après la mort d'Ebrard, il fut nommé par Dalberg directeur de la bibliothèque de l'Université, et par le comte palatin Philippe, conseiller électoral et premier gouverneur de ses fils. En 1498, il commença à professer l'hébreu et ouvrit une voie nouvelle à cette branche de la science.

L'étude de l'hébreu n'était cependant nullement négligée dans l'Église lorsque Reuchlin commença à professer.

L'ordre donné par le Pape au concile de Vienne (1312), d'établir des chaires d'hébreu, de chaldéen et d'arabe, à Rome, Bologne, Paris, Oxford et Salamanque, n'était pas resté sans écho en Allemagne. En 1477, le Dominicain Pierre Schwarz avait publié une

1 Gf.iGKI\, Studium der hebräischen Sprache, p. 12. 8 Geiger, fieuchling, p. 100.

introduction grammaticale à l'étude de l'hébreu1. Rodophe Agricola traduisait les psaumes sur le texte original. A Xanten, Cologne, Colmar, Mayence 2, on voit l'étude de l'hébreu se poursuivre avec ardeur; à Tubingen, les théologiens Conrad Summenhart, Paul Scriptoris \ l'avaient professé, ainsi que Grégoire Reisen, à Fribourg. Jean Eck, qui l'étudia exclusivement pendant six ans, était élève de ce dernier*. Arnold de Tungern, plus tard adversaire de Reuchlin, peut être cité, comme lui, parmi les savants qui remirent en honneur les études hébraïques 5.

Mais c'est à Reuchlin qu'appartenait la gloire impérissable d'avoir fondé en Allemagne l'étude véritablement scientifique de l'hébreu; et sa grammaire, accompagnée d'un dictionnaire, présente la première méthode complète pour l'étude de cette langue °.

Reuchlin, dans ses investigations scientifiques, était dirigé, comme les savants dont nous avons précédemment parlé, par un esprit profondément religieux. Pour lui aussi la science ne devait avoir qu'un but : affermir et approfondir la foi. Fils soumis de l'Église, il se tenait plein de dévouement à ses côtés, et soumettait à son jugement ses écrits, son système scientifique, toujours prêt à retirer ce qu'il avait pu avancer d'erroné7. Par ses recherches savantes, par ses commentaires sur le texte original du Nouveau Testament, il entendait créer un contre-poids salutaire à l'étude exclusive des auteurs de l'antiquité; mais ce qu'il avait le plus à cœur, c'était de prouver aux théologiens de son temps la nécessité de l'étude de l'hébreu. « On tient la langue hébraïque pour barbare », disait-il; « il est vrai qu'on n'y trouve pas de belles phrases, de manières élégantes de s'exprimer, mais il n'y a que les curieux qui recherchent ces choses. Les hommes de travail et de science n'y donnent point d'attention. L'hébreu est une langue limpide; rien ne l'a falsifiée; elle est concise et laconique. C'est la langue dans laquelle Dieu a parlé aux hommes, et dans laquelle les hommes se sont entretenus avec les anges. Pour la comprendre* on n'a pas besoin de la fontaine de Castalie ni du chêne de Dodone. En dehors de ce quelle rapporte, il n'existe aucun souvenir de l'humanité avant la guerre de Troie, et ce ne fut que cent cinquante ans après Moïse qu'Homère et Hésiode ont chanté. Et malgré son antiquité,

1 Voy. Hoker, Bibl. de Heilsbrunn, p. 212. 9 Falk, Wissenschaft und Kunst, p. 332. ' Linsenmann, Summenhart, p. 17-18. — 82 N° 12.

* GEIGER, Studium der Hebräischen Sprache, p. 19, 23, 30. — Voy. Falk, Zur Bcurtheiltmg des fünf zehnten Jahrhunderts, p. 418.

5 Voy. MÖBLER, Jahrbuch der Theologie (Francfort, 1834, t. I, p. 77).

6 Voy. le travail intitulé : Reuchlin und das Jüdenlhum, dans le Jüdischer Zeilschrift de Geiger (Breslau, 1870, t. VIII, p. 241-2G3). — Sur les erreurs cabalistiques de iteuchlinfç, voy. encore dans le tome second de cet ouvrage, p. 37-39.

7 Geigeu, Jteuchlmg, p. 147.

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