‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 78 sur 630 · JEAN TRITHÈME · texte numérisé non relu

JEAN TRITHÈME

de sa bibliothèque avaient, pour la plupart, attirés de bien loin, et auxquels il abandonnait sans restriction le libre usage de ses trésors; il était d'un abord facile, et tous pouvaient profiter de la sage et charmante conversation de celui qui avait rassemblé et mis en ordre tous ces beaux livres1. » Alexandre Hégïus fit le pèlerinage de Sponheim dans un âge déjà très-avancé, tout exprès pour consulter la bibliothèque de l'abbé Trithème et jouir de son saint et agréable commerce. De toutes les parties de l'Europe, savants, docteurs, prélats, princes et nobles affluaient chez lui et s'y donnaient rendezvous. « Les visiteurs viennent en grand nombre, rapporte Trithème; quelques-uns restent un mois, d'autres deux et trois mois, d'autres une année entière, et peuvent s'adonner dans notre monastère, sans bourse délier, à leur amour pour les études grecques et latines *2. » Théologie, philosophie, histoire naturelle, médecine, histoire, littérature, l'activité d'esprit de Trithème embrassait tout; et son ardent labeur parait encore plus merveilleux, si l'on se rappelle que sa capacité de travail aurait pu être absorbée par les nécessités de la vie pratique, car non-seulement il avait la sollicitude du monastère dont il était le supérieur, mais il s'était constitué le zélé réformateur de son ordre. Mais c'était précisément cet esprit réformateur, c'était le zèle enflammé de son âme pour la perfection de ses frères, qui lui donnaient l'énergie nécessaire à de si incessants travaux. Dans sa pensée, ils ne devaient être que les instruments du perfectionnement moral qu'il rêvait3. « Comment pouvons-nous désirer nous reposer ou rester oisifs, écrit-il dans son Introduction à la véritable méthode d'enseignement K, si nous réfléchissons à tout ce que nous avons à faire chaque jour pour nous et pour les autres; à la fragilité de notre vie, à la promptitude avec laquelle la mort mettra fin à tout le travail par lequel nous opérons notre salut, grâce au secours divin et aux mérites du Rédempteur? Oue nous agissions par la parole ou par la plume, souvenons-nous toujours que nous sommes les prédicateurs de la vérité, les apôtres de la charité, et que cette charité doit établir la paix en nous et répandre le salut et la bénédiction de Dieu sur les autres, autant que cela est en notre pouvoir. Cette pensée nous rendra tolérable et léger le plus rude travail, et les peines les plus accablantes nous deviendront douces et aimées. Une science qui n'est pas animée d'un tel esprit conduit au mal, souille notre cœur, remplit noire être d'amertume, trouble le inonde. » Il exprime la même pensée dans une lettre adressée à son frère. « La vraie

1 De arte impreuoria, p. 19.

- Trith. Chron. Sponh., p. 395, 408, 413, 116.

3 Voy. SlLBEIUUGBL, p. 236-2Ü. — Voy. SCHNEEGANS, p. 287-293.

1 De vera iludiorum ralione, fol. 2.

science, dit -il, est celle qui conduit à la connaissance de Dieu, améliore nos mœurs, restreint nos convoitises, purifie nos inclinations, accroît l'intelligence de tout ce qui est nécessaire au salut de l'âme, et enflamme notre cœur d'amour pour notre Créateur. »

Les livres d'édification, les travaux sur la théologie pastorale, les discours et lettres spirituelles de Trithème mettent dans tout leur jour ses nobles aspirations, ses vues sur les plus difficiles et les plus hauts problèmes de la vie '. Nous y trouvons les effusions d'un cœur rempli de la piété la plus intérieure, des méditations profondes, d'admirables témoignages de cet esprit grave et élevé dans lequel l'étude de la sainte Écriture était alors cultivée et encouragée.

Trithème, d'accord en cela avec les meilleurs théologiens de son siècle, pensait que les études théologiques devaient être rattachées davantage à la sainte Écriture, et que la théologie routinière et surannée de la scolastique avait besoin d'être rafraichie et rajeunie par une connaissance plus approfondie de la Bible. Comme eux, Trithème était persuadé qu'une vie pure donne seule la juste intelligence de l'Écriture, et qu'elle ne peut être interprétée que dans le sens ou l'Église, guidée par le Saint-Esprit, l'a toujours entendue. « Pour l'étude de la Bible », écrit-il à un ancien condisciple, « la charité et la pratique de la vie chrétienne, la solitude et le repos sont indispensables; car la sagesse de Dieu n'habite que chez un homme vertueux, ne s'harmonise qu'avec un esprit sage, remplit le cœur pacifique, et chérit ceux qui sont doux, calmes et purs de cœur. Si la sainte Écriture ne semble pas toujours démontrer avec une clarté suffisante toutes les vérités de la foi, c'est que si elles y paraissaient avec évidence, l'autorité de l'Église aurait une moindre portée, et que le mérite de la sainte obéissance serait en partie perdu. Mais l'Église et la sainte Écriture réunies marchent de concert; l'Église confirme la sainte Écriture, et la sainte Écriture confirme à son tour l'Église; car le même esprit qui a fondé l'Église a aussi inspiré l'Écriture. Aussi saint Augustin disait-il : « Je ne croirais pas à « l'Évangile si l'Église ne m'en faisait une obligation. » L'Église seule, dans les cas douteux qui regardent la foi, a le droit de l'interprétation, et celui qui ose se détourner de cette interprétation a déjà renié l'Évangile du Christ2. »

Les promoleurs du nouveau mouvement .intellectuel, les apôtres d'une science éclairée, s'efforçaient de quitter l'ornière usée de ce formalisme sans vie que suivait depuis plus d'un siècle la théologie; mais d'un autre côté, ils s'appliquaient à rattacher leurs efforts à ceux

1 Voy Roland, dans le CUUianeum, p. 112-U8.

2 Voy. SlLBERNAGEL, p. 213.

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