UNIVERSITÉ DE BALE. HEYNLIN VON STEIN
lui doit sa première imprimerie, établie par les typographes connus alors sous le nom de frères allemands ». De concert avec le célèbre réaliste Guillaume Fichet, il assura aux savants grecs qui étaieut venus s'établir à Paris après les bouleversements de leur pays, les conditions de vie les meilleures et les plus agréables. 11 entretint avec ritalie des rapports actifs, acheta de nombreux mauuscrits, et sut, en les confrontant soigneusement, arriver à rétablir la pureté d'un grand nombre de textes. Il avait autrefois grandement contribué au développement intellectuel d'Agricola et de Reuchlin, et tous deux, avec les expressions les plus sincères de vénération et d'estime, témoignent de leur reconnaissance envers leur ancien maître. Il réussit à fonder à Berne une maison d'éducation et d'enseignement dont la direction fut confiée au moine Nicolas Weidenbusch, célèbre aussi par ses connaissances médicales. Prédicateur de l'Évangile, Heynlin combattit avec zèle les vices et les dérèglements de son temps dans les chaires de Berne et de Bàle '.
Il était, dans cette dernière ville, le centre intellectuel d'un groupe de savants éminents, professeurs d'Universités ou littérateurs. Citons parmi eux des hommes parvenus plus tard à la plus haute célébrité : Sébastien Brant et Geiler von Kaisersberg. Nommons aussi Guillaume Tex loris, d'Aix-la-Chapelle, professeur de théologie, dont Trilhème loue l'éloquence et l'esprit indépendant, et le coadjuleur de l'évèque de Baie, Christophe von Utenheim, si activement zélé pour la réforme de l'Eglise. Le théologien Jean de Gengenbach, qui occupait depuis 1474 la première chaire érigée en Allemagne pour l'enseignement de la poésie et des arts libéraux, faisait aussi partie de ce groupe. L'archidiacre Jean Bergmann (d'Olpe, en Westphalie) se montra le Mécène intelligent et désintéressé des amis d'Heynlin. Il établit une imprimerie à ses frais pour populariser les écrits de Brant, de Reuchlin, de Wimphcling, et en donna au public d'excellentes éditious, ornées des chefs-d'œuvre de la gravure sur bois. L'imprimeur Jean Amerbach le seconda avec désintéressement dans ses vues, et de son côté retira un grand fruit des conseils et de l'aide d'IIeynlin, sous lequel il avait autrefois étudié à Paris.
Après une existence agitée, Heynlin se retira à la Chartreuse de Bàle, dans la vallée de Sainte-Marguerite (1487), et consacra les neuf dernières années de sa vie à la prière et au travail solitaire. Dans cette dernière période de sa vie il publia presque tous les ouvrages des Pères de l'Église (saint Augustin, saint Ambroise et saint Jérôme) et enrichit plusieurs ouvrages de Cicéron d'introductions et de sommaires. Ses travaux sur la philosophie d'Arisîote prouvent combien
1 La Bibliothèque de Bâle conserve encore cinq in-quarto de ses sermons.
le système du Stagyrite lui était familier; il souhaitait ardemment le voir mieux compris de ses contemporains. Son Traité sur la Sainte Messe eut vingt éditions différentes en l'espace de douze ans, à Rome, Cologne, Strasbourg, Bâle, Leipzig et ailleurs '.
« Comme un géant courageux de la foi », écrivait à son sujet Wimpheling, t. il était toujours armé et prêt au combat ; il a livré plus d'une rude bataille; mais au fond de son cœur il était toujours incliné vers la paix. Ses labeurs furent bénis de Dieu. Il ne prenait jamais en main un livre ni une plume sans s'être auparavant recueilli devant Dieu dans la prière. Il avait si souvent lu et médité la sainte Ecriture qu'il la savait prseque entièrement par cœur. Son âme était pure comme celle d'un enfant. Jouer avec les enfauts était sa récréation préférée lorsqu'il se sentait fatigué d'un long travail2. »
Lorsque Heynlin mourut regretté de tous, il n'y eut, parmi les nombreux amis qu'il avait en dehors du cloître, que le plus intime d'entre eux, Sébastien Brant, à qui il fut permis d'assister à ses derniers moments (1496).
Sébastien Brant, né à Strasbourg, en 1457 3, avait commencé sa carrière à Bâle, comme professeur des deux droits, et de concert avec Ulrich Krafft (maître d'Ulrich Zasius), avait donné l'élan à l'étude de la jurisprudence à l'Universué. En même temps, au grand applaudissement des étudiants, il professa les humanités, et se fit connaître ci apprécier par ses poésies latines, la publication de plusieurs auteurs latins et les efforts qu'il fit pour propager les études humanistes chrétiennes. C'est à lui que la littérature et la science doivent la première édition des œuvres de Pétrarque, qu'il a glorifié dans une enthousiaste poésie latine4. Il donna aussi ses soins à toute une série d'éditions d'anciens livres de droit, prit une part active à la publication des célèbres concordances de la Bible (1496), puis à l'édition de la Bible en six volumes in-folio parue en 1498 avec les commentaires de Nicolas de Lyra 5.
L'esprit de Brant n'était nullement porté à une science purement théorique. Il allait toujours droit au but pratique et, dans les tendances de son temps, saisissait de préférence le côté populaire, poli-
1 VisCHER, p. 157-165,18?. - WaLCBNER, p. 279-288. — ZarNCKE, la Nef des
fous, de Brant, fol. XX, XXI. L. Geiger, Rcuchlin, p. 10-13. - Schreiber, t. I,
p. 234. — HAIN, n° 2899-9918. Voy. les vers adressés par Brant à Heynlin,
dans UCarmina de ce dernier, p. 140-141, et les Chroniques de Bâle, t. I, p. 342-347,
- De arte impressoria, p. 23.
3 Voy. Schmidt, p. 6.
* Voyez-en la trad. dans Geiger, dans le Zeitschrift fur deutsche Kulturgeschichte^
5 Voy. Scumidt, p. 17-20. — Goedeke, t. XL