ÉTUDES HISTORIQUES A STRASBOURG
partie de l'Asie, fut longtemps professeur de grec à Strasbourg, sa ville natale. « J'ai reçu dans mon enfance beaucoup de sages conseils du docteur Kaisersberg », a-t-il dit dans la prélace de sou Histoire évangélique, « soit dans ses sermons, prêches à Strasbourg, soit dans sa maison; ils m'ont été extrêmement utiles, et je leur dois de n'être pas regardé comme un mondain. Plaise à Dieu que ce jugement soit vrai ' ! »
C'est surtout lorsqu'il fut donné à Geiler d'attirer à Strasbourg ses deux plus intimes amis, Sébastien Brant et Jacques Wimpbeling, que son goût pour les éludes historiques et humanistes prit tout son développemen et exerça le plus d'influence. Brant, sur sa recommandation, fut appelé de Baie pour venir prendre à Strasbourg les fonctions de syndic du Conseil (1500), et bientôt après eut à remplir la charge de secrétaire de la ville et de conservateur des archives. Quant à Wimpheling, à la prière de Kaisersberg, il établit sa résidence à Strasbourg pendant de longues années, et travailla de concert avec lui à la publication des œuvres de Jeau Cerson.
Wimpheling et Brant, aussi enthousiasmés pour le passé de l'Allemagne que pour la littérature classique, fondèrent à Strasbourg une société savante dont le principal but était le progrès des études historiques nationales. Secondés par de jeunes travailleurs qu'ils désignaient, ils préparèrent un recueil de tous les documents relatifs à l'histoire du Haut Rhin, recueil qui, dans leur pensée, devait être accompagné d'explications biographiques et ethnographiques. « Nous nous proposons », écrivait Wimpheling en 1507 en parlant de cet ouvrage qui malheureusement ne fut pas terminé, « d'offrir à notre ville natale, à « notre pelitc patrie, l'hommage que nous lui devons, nous, ses fils reconnaissants. Quel lieu sur la terre pourrait nous être plus cher que le sol qui nous a vus naître, sur lequel nous avons grandi, auquel se ratlachcnl tous les souvenirs de noîre jeunesse! Ce sol nous renseignera sur la vie de nos pères; il cache leurs ossements, et en étudiant son passé, nous apprendrons à connaître nos propres origines s. »
A l'instigation de Geiler, Thomas Wolf le jeune conçut le plan d'une histoire de Strasbourg depuis ses premières origines, et Wimpheling composa une histoire des évèques de la même ville; Brant rassembla des matériaux pour l'histoire contemporaine, disposa en notes quotidiennes les annales delà ville, et s'acquit le grand mérite
1 DöLLiNGEn, Reformatio», t. F, p. 547-548. — Sur les savants amis de Geiler, . voy. Dacheux, |>- 284-471. — I.indkmann, p. 120-134. - De arte iwpressoria, fol. 17.
d'avoir remis de Tordre dans ses archives '. Dans un écrit que Wimpheling publia en 1501 intitulé : l'Allemagne, hommage à Strasbourg et au Rhin, dédié au conseil de la ville, il considère comme le devoir spécial d'une bonne administration municipale « la rédaction exacte » des livres de chroniques, dans lesquels doivent être consignés pour la postérité » tous les événements importants et tous les souvenirs intéressants la ville », pour l'utilité et le bien des générations futures, l'enseignement et l'encouragement de la jeunesse, la protection de la liberté et la fidèle conservation des privilèges accordés à la ville par les papes et les empereurs. Il sollicite du conseil avec chaleur, au nom des intérêts les plus élevés de la cité, qu'un collège y soit fondé et que la science y soit encouragée 2. Dans son amour pour son pays, Wimpheling s'efforce d'établir la preuve que les pays occidentaux du Rhin ont toujours appartenus à l'Allemagne, et que par conséquent les Français ne peuvent élever aucun droit à la possession de l'Alsace.
Son patriotisme s'exprime aussi avec chaleur dans son Abrégé de l'hisloire d'Allemagne jusqu'à nos jours , composé d'après le travail préparé par le chanoine de Colmar, Sébastien Murrho (1502). « J'admire toujours, dit-il, l'honnêteté des anciens auteurs, et je me détourne de ces historiens modernes qui me semblent toujours des flatteurs. Car au lieu de se borner à ne rien raconter de faux, à ne rien taire de vrai, pour ne pas être soupçonné de préférences, de parti pris, de dispositions partiales et hostiles, ils ont coutume, quand ils parlent des Allemands, d'énumérer leurs vices, et même les moindres; quant à leurs vertus, ou ils les passent sous silence, ou s'ils en parlent, c'est avec un visible mauvais vouloir, et en leur mesurant un éloge qui leur appartient justement. Pour nous, nous sommes fiers d'appartenir à la race des Germains, dont les actions admirables et glorieuses vont élre rapportées dans ce livre. »
Cet ouvrage est la première histoire générale d'Allemagne qu'un humaniste ait composée. Au point de vue d'une érudition approfondie, elle reste certainement bien en arrière des ouvrages analogues d'un lrenicus ou d'un Hcalus Rhenanus; mais elle donna néanmoins un vigoureux élan à la sérieuse étude du passé national. Dans une exposition animée, attrayante, Wimpheling, pour fortifier chez les Allemands le sentiment de leur propre valeur et exciter la jeunesse au désir des actions généreuses, célèbre le glorieux passé du peuple allemand, avec lequel, selon lui, aucune autre nation de la
1 Voy. Citron, der deutschen Studie, t. VIII, p. 65-G8. — WENCKEH, Apparalus Archivorum, p. 15-1 fi.
' Wiskow uoki', p. 101-102; IIokawitz, Nationale Geschichtsschreibung, p. 71-72.