‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 85 sur 630 · UNIVERSITE DE TÜBINGEN · texte numérisé non relu

UNIVERSITE DE TÜBINGEN

menhart (f 1502), innovateur plein de zèle, donnait pour base à l'interprétation de la sainte Ecriture l'étude des langues originales. Son traité sur les « Contrats » et son livre sur la « Dime » contribuèrent puissamment aux progrès de l'économie sociale'. Quant à (Gabriel Biel (t en 1495], c'était à l'Université de Tübingen l'un des savants les plus influents. Il appartenait à l'école des nominaux et fut du petit nombre de ceux qui produisirent un système de théologie dont l'orthodoxie ne lut jamais attaqué par aucun théologien catholique2. Les adversaires les plus déclarés de lascolastique louaient la simplicité d'expression, la clarté et la concision de son style 3. On l'avait surnommé « le roi des théologiens ». Les ouvrages de Summeuhart, Biel, Jean Trithème, Heynlin von Stein, Georges Bcich et d'autres encore prouvent bien que les hommes les plus distingués de l'école scolastique de la fin du quinzième siècle étaient loin des vaines spéculations, des futiles jeux d'esprit de leurs prédécesseurs, et savaient se préoccuper des questions et des nécessités de la vie pratique. Les idées de Biel sur le prix des denrées, sur le salaire des travailleurs, les questions monétaires, etc., sont encore aujourd'hui dignes d'attention et d'intérêt. Son travail sur les monnaies est un véritable livre d'or *. Voici comment il s'y exprime sur l'altération des monnaies par les princes, altération qui n'était que trop fréquente : « Le prince a bien, il est vrai, le droit de battre monnaie, dit-il ; mais une fois qu'elle est mise en circulation, elle ne lui appartient plus, elle est à ceux qui l'ont reçue en échange de pain ou d'un travail quelconque. Lorsque le prince décrie une monnaie, la reprend à bas prix et en émet au même taux une autre de moindre valeur, il fait un acte déloyal, c'est une iniquité qui appelle la réforme; il se livre à une exploitation du peuple injuste et tyrannique, tout aussi répréhensible que s'il achetait du blé à un prix fixé par lui pour le revendre ensuite plus cher. » Biel condamne avec la même fermeté les vexations que les grands font subir à leurs subordonnés dans les lois qui se rapportent aux eaux, bois et pâturages. Il blâme sévèrement les seigneurs de tous les dégâts occasionnés par leurs chasses, et se plaint surtout de ce qu'ils imposent aux paysans l'obligation de conserver le gibier, qui porte

1 Moll. Voyez dans LInsenmann l'excellente biographie de Summenhart, 2-68, sur la manière dont summeuhart reconnaissait et combattait les abus ecclésiastiques. — Voy. dans le même ouvrage, p. 69-76.

2 Linsenmann, Gabriel Biel, p. 221.

3 Voy. Erhard, t. I, p. 192-194.

4 Voy. ce que dit Koscher sur Biel, dans le rapport fait à la Société royale saxonne de science et de philologie, t. XIII, p. 165-174. — Contzen, Geschichte der volksicirtscha/ll, Literatur des Mittelalters, p. 161-166. — Voy. aussi Falk, Die ooïkswirthschaftl der Ile/ormationszeil, dans les Zeitschrift fur Deutsche Anschauungen hullurgeschichle, 1874, p. 167-206.

nu si grand préjudice à leurs champs. Dans un temps où l'absolutisme des princes allait toujours croissant, Biel leur répète très à propos " que les princes sont faits pour le peuple, et que pressurer le peuple par des impôts est un crime abominable, devant Dieu et devant les hommes ».

La quatrième Université de fondation nouvelle de l'Allemagne du Sud, Ingolstadt, fut, dès les premières années de son existence, considérée comme l'un des établissements d'enseignement les plus remarquables de l'époque. De nombreux étudiants y affluaient, venus d'Italie, de France, d'Espagne, d'Angleterre, de Hongrie et de Pologne. Parmi les humanistes les plus distingués dont elle était tière, Jacques Locher, surnommé Philomusus, se rendit particulièrement célèbre par ses traductions. On lui doit plusieurs livres d'enseignement, et ses éditions d'auteurs classiques accompagnées de commentaires, rendirent de grands services à la philologie l. Jean Turmaier, surnommé YAventin, contribua aux progrès des études classiques dans leurs différentes branches, et fonda à Ingolstadt une Académie de littérateurs; ses ouvrages historiques lui valurent plus lard le surnom de Père de l'histoire nationale. Jean Bïchenstein, d'Erlangen, fut aussi une illustration de cette Université, et de concert avec son maître Reuchlin remit en honneur la langue et la littérature hébraïques 2.

Mais le -avant qui exerça l'action la plus étendue à Ingolstadt, c'est le professeur de théologie Jean Eck. 11 était doué de facultés véritablement extraordinaires; son esprit était d'une vigueur et d'une souplesse exceptionnelles. A peine âge de quinze ans, il donnait souvent à Fribourg six heures de cours ou de répétitions de philosophie par jour, ce qui ne l'empêchait pas de suivre les cours des plus célèbres théologiens et juristes. Dès sa première jeunesse il entretenait avec ses plus célèbres contemporains, Braut, Geiler von Kaisersberg, Peutinger, Reichlin, Wimpheling, Zasius et d'autres, des relations d'amitié et de science, et devint bientôt lui-même un profond théologien, un philosophe éminent 3. A vingt-quatre ans, il était professeur de théologie à Ingolstadt, et deux ans après,

1 Voy. Hehle, t. XVIII, p. 34-39. — PràNTX, t. I, p. 133.

' '.i m. en, Studium der hebraïschens-prache, p. 48-05. — Phantl, t. I, p. 136-137.

1 WlEDEMAW, 8-31.

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