‹ L'Allemagne et la réforme (volume 4)Chapitre 86 sur 630 · VIE INTELLECTUELLE A NUREMBERG. JEAN MÜLLER · texte numérisé non relu

VIE INTELLECTUELLE A NUREMBERG. JEAN MÜLLER

exerçait les fouctions de recteur de l'Université. Désireux de réformer les études philosophiques, il publia deux volumes in-folio de commentaires sur la dialectique et la physique d'Aristote1. Professeur, écrivain controversiste, il s'acquit une grande réputation dans toute l'Allemagne. L'empereur Maximilien lui demandait avis dans les questions religieuses. Dans une visite qu'il fit à Nuremberg, il fut reçu par le conseil de la ville et par les savants du lieu avec les plus grandes marques de respect et d'honneur 2.

Eck était un homme de l'ancien temps, une nature conservatrice, mais en même temps un fidèle adhérent, un champion zélé des nouveaux efforts de la science, l'ami de toute vraie réforme, un de ces sages esprits qui, tout en aimant le passé, savent mettre à l'écart les choses surannées. Voici les paroles qu'il prononça dans un discours qu'il fit à Ingolstadt (1511) : « Je m'applaudis d'appartenir à un siècle qui a su rompre avec la barbarie, où la jeunesse est excellemment instruite, où les orateurs les plus éminents se servent avec aisance des langues grecque et latine. Nous possédons parmi nous de nombreux savants qui ont réussi à remettre les belles-lettres en honneur, et qui, débarrassant les anciens auteurs de ce qu'ils contenaient de superflu et d'inutile, ont eu l'art de rendre tout ce qu'ils touchent plus brillant, plus pur, plus gracieux; d'excellents écrivains classiques ont été remis en lumière; d'autres, grecs et hébreux, sont mis au jour pour la première fois... Oui, en vérité, nous devons nous estimer heureux de vivre dans un pareil siècle3! »

Parmi les centres intellectuels des villes de l'Allemagne du Sud qui ne possédaient point d'Université, la ville libre de Nuremberg était, à la fin du moyen âge, la première en importance. On l'appelait « le plus précieux joyau de l'empire, le centre où les peuples se rapprochent , le point de jonction des arts et de l'industrie ». Un commerce florissant y avait établi le bien-être et la prospérité; le goût, l'amour des arts et des sciences s'y était développé parmi les riches marchands; les maures des corporations bourgeoises rivalisaient de zèle et d'habileté avec les plus grands artistes; l'art nouveau de la typographie y était cultivé plus qu'en aucun autre lieu.

« Toutes les muses entrèrent par la porte de Nuremberg », lors-

' Heuser, 3a, p. 102. — Wiedi mann, p. 33-34. — Prantl, t. I, i>. 115-129.

- WlEDEMANN, p. 35.

J IIaou.N, Literarische Verhältnisse, t. I, p. 215.

qu'eu juin 1471, peu de semaines après la naissance d'Albert Durer, le réformateur de l'astronomie et des mathématiques, la « merveille de son siècle », .lean Müller (surnommé Régiomontan, par allusion à son lieu de naissance, Königsberg, village de la basse Franconie), vint s'y fixer. 11 fit de cette ville le vrai foyer des sciences mathématiques et physiques, et contribua aussi puissamment à lui mériter le surnom de « capitale de l'art allemand ».

À peine âgé de douze ans, Régiomontan entra à l'Université de Leipzig pour y étudier la philosophie et les mathématiques; deux ans plus tard, il se rendit à Vienne et se mit sous la direction du célèbre Georges de Pcuerbach, le plus illustre des professeurs et savants astronomes de ce temps. Régiomontan n'avait que seize ans lorsqu'il obtint le grade de maitre es arts. Il ouvrit alors à Vienne (1458) des conférences sur l'astronomie et les mathématiques, et plus tard y professa aussi la philologie (1461). En collaboration avec Peuerbach, il travailla, encouragé et soutenu par le cardinal Bessarion et l'évêque Jean de Grosswardein, à plusieurs ouvrages importants qui ouvrirent des voies nouvelles à la science. Peuerbach et iîégiomontan ont établi la science de l'astronomie sur ses véritables fondements : l'observation directe des phénomènes, et le calcul '.

Si les Allemands ne dominaient point les mers et étaient par conséquent incapables de donner à la science un très-large développement, on peut du moins leur attribuer le mérite d'avoir fondé dès le quinzième siècle, par Régiomontan et Peuerbach, la géographie mathématique moderne . L'époque où vécurent ces grands hommes peut vraiment s'appeler le siècle de la géographie. Encouragés et dirigés par le cardinal Nicolas de Cusa, ils furent en Europe les initiateurs de l'observation directe des phénomènes naturels, augmentèrent par leur travail attentif et minutieux le trésor de connaissances acquises par les Grecs et les Arabes, et furent pour beaucoup dans ce développement hardi et grandiose de la pensée dont le système de Copernic fut comme le couronnement2. L'ouvrage de Peuerbach sur les planètes, que Régiomontan fit publier, exerça surtout une grande action sur Copernic. Peuerbach y expose son nouveau système planétaire, y traite des sphères, des mouvements des planètes, explique les problèmes les plus difficiles avec un savoir et une clarté remarquables. L'ouvrage fut, pendant plus d'un demi-siècle, la source principale des études astronomiques, et resta longtemps, dans les écoles de toute l'Europe, comme le manuel de tout l'enseignement

1 \ oy. ASHBACH, Universität Wien, t. I, p. 47:1-493, 541. — FlEDLER, t. I, p. 7. 1 Paroles d'Alex, de Humboldt dans le Cosmos, t. II, p. 315, t. III, p. 74, et YHist. de la Géofjr., de Peschel, p. 343.

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