LES ASTRONOMES PEUERBACH ET JEAN MÜLLER
mathématique. Peuerbach composa un second ouvrage sur les éclipses de soleil et de lune, qui fil également époque, et que Régiomontan se chargea aussi de faire paraître.
Peuerbach mourut à peine âgé de trente-huit ans (1461). Régiomontan se rendit peu après en Italie sur l'invitation du cardinal Bessarion. Il y acquit, pendant un séjour de plusieurs années, une connaissance approfondie du grec, entra en rapport avec les orateurs, historiens, philosophes et poètes grecs qui y séjournaient, et composa même dans leur langue des vers pleins de goût1. Il rassembla beaucoup de manuscrits grecs et latins, puis porta toute sou ardeur vers les études théologiques et bibliques. Il avait fait de sa propre main une copie correcte et soignée d'un Nouveau Testament grec qu'il n'avait pu acquérir, et que depuis il porta toujours sur lui. Il professa l'astronomie dans plusieurs Universités italiennes, commenta l'astronome arabe Alfragan, fit à Viterbe et ailleurs d'importantes observations astronomiques, et termina en 1463, dans le cloître de Saint-Georges de Venise, un grand ouvrage de littérature mathématique qui a servi de base à la trigonométrie moderne. Chrétien convaincu et savant illustre, il combattit avec énergie les erreurs extravagantes de l'astrologie.
Régiomontan revint en 1468 à Vienne, riche des nombreux manuscrits et autres trésors littéraires qu'il avait rassemblés, et en possession de presque toute la littérature mathématique de l'antiquité 9. Aussitôt après son retour, il s'occupa d'organiser à Bude pour le roi de Hongrie, Mathias Corvin, amateur et protecteur des lettres, une bibliothèque composée des manuscrits qu'il avait achetés en Grèce pour ce prince. Il retourna ensuite en Frauconie, dans sa patrie cle Nuremberg, pour s'y livrer, dans un travail incessant et paisible, à ses recherches scientifiques. « J'ai choisi Nuremberg pour ma résidence perpétuelle », écrivait-il au célèbre mathématicien Christian Roder, d'Erfurt ; « j'y trouve aisément les instruments particuliers qui sont indispensables a l'astronomie, et il m'y est plus facile qu'ailleurs d'y nouer des relalious avec les savants de tous les pays, car Nuremberg, à cause des perpétuels voyages de ses marchands, peut être considéré comme le centre de l'Europe. »
Ce que l'esprit universel et incessamment actif de Régiomontan parvint à créer à Nuremberg en l'espace de quatre ans seulement, appartient, dans l'histoire du développement de l'esprit humain, aux phénomènes les plus extraordinaires. Le désir de tout savoir, de tout connaître, particulier aux esprits de son siècle, semblait s'être incarné en lui; mais il était en même temps possédé du désir de
1 Gassendi, p. 353-351.
i Voy. Fiedler, p. 7.
répandre autant que possible l'instruction et les connaissances scientifiques. Il se mit donc à l'œuvre, et parvint à enthousiasmer pour les choses intellectuelles et les intérêts élevés une ville populeuse et marchande, si bien qu'il trouva aide et sympathie dans toutes les classes de la société pour les diverses inventions de son zèle.
Afin d'intéresser les bourgeois désireux de s'instruire à ses études et à ses découvertes, il fit des cours populaires sur les mathématiques et l'astronomie, première tentative de ce genre faite en Allemagne. L'horloge de la ville fut réglée d'après un travail entrepris par lui pour mesurer la longueur des jours. Il connaissait à fond la mécanique et la physique, composa des traités sur les miroirs ardents, les canaux, les poids et mesures. Il organisa un grand atelier, où, sous sa direction, toutes sortes d'instruments d'astronomie, machines, rouages, boussoles, globes terrestres et cartes étaient exécutés. Ces instruments eurent plus tard une très-grande importance pour l'astronomie nautique; en peu de temps, Nuremberg fut en état de fournir les meilleures boussoles à tous les navigateurs européens, et ses excellentes cartes étaient très-recherchées par les géographes. Pour encourager encore davantage les sciences, principalement les mathématiques, Régiomontan fonda des prix attachés à la solution de divers problèmes *.
Son élève et ami, Bernard Walther, facteur des marchands Vöhlin et Weiser, lui fournit les fonds nécessaires à l'établissement d'une imprimerie uniquement destinée à l'impression des ouvrages d'astronomie et de mathématiques, et Régiomontan inventa à cet effet un appareil qui lui donne rang parmi les inventeurs de l'imprimerie. Outre les ouvrages scientifiques d'une haute valeur2 qui sortirent les premiers de ces presses, il y fit imprimer un calendrier populaire, le premier de ce genre paru en Allemagne, et qui depuis a servi de type et de modèle à tous les autres. Il projetait de publier la collection des ouvrages des plus célèbres mathématiciens, astronomes et astrologues de l'antiquité et du moyen âge, et se proposait de les enrichir de commentaires et de notes; déjà il avait fait la liste des auteurs qui devaient y figurer3 et avait écrit aux savants compétents d'Allemagne et de l'étranger pour leur demander leur concours, lorsque la mort vint arrêter l'exécution de son dessein 4.
La générosité princière de Bernard Walther lui avait aussi permis de faire construire à Nuremberg le premier observatoire complet qu'ait encore connu l'Europe. II y plaça les instruments inventés et
1 Ashbach, Université de Vienne, t. I, p. 533.
2 Voyez-en la liste dans Ziegler, p. 25-37.
3 Voy. Gassendi, p. 362-363.
4 Voy.AsiiBACH, t. I, p. 551-552.