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LES ASTRONOMES PEUERBACII ET JEAN MULLER. IIS

perfectionnés par lui pour l'observation des astres. Le premier de tous les astronomes occidentaux, il détermina la hauteur, la grandeur des comètes, la durée de leurs évolutions, et fit entrer « dans le domaine de la science positive et de l'observation ces corps restés jusque-là à l'état d'énigme ». Il perfectionna l'astrolabe, découvrit l'instrument nommé bâton de Jacob, et établit le premier sur une base savante les annales d'astronomie appelées Ephémérides. Il rattacha l'astronomie allemande à la nautique espagnole, et ses travaux, ses inventions, contribuèrent puissamment à cette découverte d'un monde nouveau qui fut le plus glorieux événement de son siècle. La part qu'il y prit n'est pas seulement intellectuelle; en effet, sans l'astrolabe perfectionné et le bâton de Jacob, grâce auxquels les distances purent être mesurées d'après la hauteur du soleil, il n'eût pas été possible aux grands navigateurs de l'époque, Colomb, Vasco de Gama, Cabot, Magellan, de s'aventurer sur l'Océan au delà de leurs prédécesseurs et de faire leurs admirables découvertes. Les Ephémérides de Régiomontan, calculées pour trente-deux ans, accompagnèrent Colomb et Vespuce dans le nouveau monde, et c'est d'elles que Colomb se servit pour prédire aux Indiens une éclipse de lune. Le livre des Ephémérides, dès son apparition (1475), excita un tel enthousiasme qu'on l'achetait pour ainsi dire au poids de l'or. Les Vénitiens en firent le commerce jusqu'en Grèce, et dans toutes les bibliothèques on s'estimait heureux d'en posséder le moindre fragment1.

Parmi ceux qui se faisaient gloire d'être les disciples de Régiomontan, le Nurembergeois Martin Behaim brille au premier rang. Cosmographe et navigateur, il prit personnellement part aux voyages de découvertes, et dès 1492 indiquait sur son globe terrestre la route précise que suivit six ans après Vasco de Gama, doublant le cap de Bonne-Espérance pour arriver aux Indes orientales. C'est Behaim aussi qui fit naître dans la pensée de Magellan l'idée première du détroit qui porte son nom. Nous savons d'après des documents indiscutables, et Magellan a lui-même affirmé à plusieurs reprises, que ce fut en étudiant une carte de Behaim qu'il le pressentit pour la première fois; dès lors la pensée de s'en servir pour parvenir aux îles Moluques s'éveilla dans son esprit*.

La réputation de Régiomontan était déjà européenne, lorsque le pape Sixte IV le nomma évoque de Ratisbonne, et par unrescritdesa propre main l'appela à Rome pour la réforme du calendrier Julien. Obéissant à cette invitation, Régiomontan quitta Nuremberg pour se rendre à Rome, où il fut reçu avec les plus grands honneurs (1475);

1 Voy. Charles Rittei\, Hist. de la Géogr.. p. 254-255. — Peschel, Hist. de la Géogr.. p. 360. — Zif.gleu, p. 79-80, 92-98. — Ghillany, p. 37-40. — De Reumont, Milihcilungen, dans le Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, 1879, p. 103-104.

* Ghillany, p. 51, 55. G8, 72. — Ashbach, p. 556. — Gassendi, p. 368.

mais ily trouva l'année suivante, comme il terminaitsatrenteetimième année, une mort prématurée. Telle était l'importance qu'avait aux yeux de tous la vie de ce grand homme, qu'on voulut voir une coïncidence mystérieuse entre sa mort et l'apparition d'une comète1.

« Rome cache dans ses murs », écrivait Wimpheling à un cardinal romain (1507), « la dépouille mortelle d'un Allemand que la patrie pleure encore aujourd'hui comme l'un de ses plus glorieux enfants. Par son génie, Régiomontan appartient au monde entier, et les peuples étrangers envieront à l'Allemagne la gloire de lui avoir donné naissance. C'était une noble nature; sa vie sans tache lui assure la couronne de la vie éternelle2. »

A Nuremberg, où Régiomontan était vénéré comme un père et un bienfaiteur, la nouvelle de sa mort plongea toute la population dans une affliction profonde.

Sous son influence, la vie intellectuelle s'était épanouie; les arts avaient pris un essor puissant; la ville, sous le rapport des sciences, était devenue une étoile de première grandeur.

Un attrait irrésistible poussait alors les intelligences vers la rigueur et la précision des sciences exactes. Un goût extraordinaire pour le calcul et la géométrie se faisait jour dans toutes les classes de la société. Bernard Walther, Jean Werner, Conrad Heinfogel, disciples illustres de Régiomontan, continuèrent avec succès l'œuvre de leur maître. Walther fut après lui le plus célèbre astronome allemand de son siècle; pendant un long espace de temps, aucune Université ne put être comparée à Nuremberg pour le nombre et le mérite des savants formés par ces grands hommes dans les sciences des mathématiques, de l'astronomie, delà physique et de la cosmographie.

Les esprits mêmes que leurs aptitudes et leurs vocations semblaient devoir éloigner des sciences positives, comme Willibald Pirkheimer et Albert Durer, par exemple, ne pouvaient résister à la force du courant qui entraînait toute leur génération vers les mathématiques et l'astronomie. Avec une ardeur qui semble l'apanage exclusif de ce siècle, ils se vouèrent à ces sciences, et y acquirent de si grandes connaissances, qu'on peut ajouter leurs noms à ceux des mathématiciens les plus remarquables de l'époque. Durer, par ses livres sur la géométrie et par la belle carte céleste admirablement dessinée, puis gravée sur bois, qu'il exécuta d'après les données de Stabius et de Heinfogel. rendit un important service aux mathématiques et à l'astronomie. Pirkheimer aida Schoner dans la fabrication d'instruments astronomiques perfectionnés, et fit éditer les œuvres d'Archimède

1 AuiAcn, p. 556. — Gassendi, p. 368.

* De arte iwpressoria, fol. 19.

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